L_Exorciste_III_La_Suite

Spoilers...

Il y à des films qui ne donnent pas forcément envie d'être vus, et des affiches qui, au contraire, donnent furieusement envie de voir le film. Le film que j'ai choisi d'aborder aujourd'hui est dans les deux catégories. Tout d'abord, cette affiche, curieuse, aux couleurs étranges, représentant un grand escalier avec un homme dressé tout au sommet, donne envie de voir le film, même si on se doute un peu que l'on ne verra pas forcément une image pareille, telle quelle (avec les couleurs étranges) dans le film, que c'est jute un effet graphique. Et puis, on voit le titre du film, L'Exorciste, La Suite, et quand on sait qu'il y en à déjà eu une, de suite, on sait que c'est forcément L'Exorciste III. Et quand on sait que le second volet, L'Exorciste II : L'Hérétique (1977, de Boorman, abordé ici il y à quelques jours), n'a pas vraiment convaincu, on se demande bien comment un troisième volet le pourrait. Mais, mais, mais... Ce troisième volet est réalisé par celui qui a signé le roman initial L'Exorciste en 1971 (que Friedkin a si brillamment adapté en 1973) et qui a, en 1983, signé le roman qui donnera ce troisième film (roman qui, en titre original, s'appelle Legion). J'ai nommé William Peter Blatty. Quand l'auteur du roman de base et de sa suite décide de faire lui-même le film et pas seulement d'en écrire le scénario adapté (car il est aussi crédité comme tel), on peut se dire que le matériau de base sera respecté. Avant de continuer à parler du film, je tiens à reparler rapidement de son affiche : enfant puis adolescent (j'avais 8 ans quand le film est sorti, dans les 10 quand il est sorti en VHS), je passais souvent devant la vitrine d'un petit vidéo-club (vous vous rappelez ce genre de boutique, qu'Internet a littéralement tué ?), matin et soir sur le trajet pour aller au collège (ou tout simplement, pour me balader, il n'était pas loin de chez moi), et parmi les VHS exposées dans la vitrine, celle de ce film. Cette image de cet escalier curieusement coloré, avec cet homme en haut, ce titre de film (je n'avais pas encore vu le film initial, mais je le connaissais de réputation), cette accroche ('oserez-vous revenir ?'), tout me donnait envie de voir L'Exorciste, La Suite

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Après un deuxième volet intéressant, curieux mais pas totalement réussi (je l'aime beaucoup, mais c'est vrai, ce n'est pas un grand film) et qui s'éloignait vraiment du premier film malgré que l'on y retrouvait Linda Blair dans le rôle de Regan adolescente, Blatty, qui n'était quasiment pas crédité pour ce deuxième film (fait sans sa participation, il n'approuvait pas le scénario, mais il est crédité ne serait-ce que parce que certains des personnages et évênements sont issus de son cerveau), a donc décidé de faire sa suite au roman et au film à succès. Ce fut donc le cas en 1983 pour le roman et en 1990 pour ce film qui l'adapte, interprété par le grand George C. Scott, mais aussi par Ed Flanders, Brad Dourif, Nicol Williamson, Scott Wilson et Jason Miller. Le titre français du film, L'Exorciste, La Suite (le chiffre 3 n'apparaît que dans le titre original) veut bien dire ce que ça veut dire : on oublie tout ce qui se passe dans L'Hérétique de Boorman, film qui ne marcha pas du tout et recueillit des critiques assassines par ailleurs, pour imaginer une histoire centrée en partie sur les faits relatés dans le premier volet, et mettant en scène le personnage du flic qui enquêtait sur une mort mystérieuse, dans le premier volet, le lieutenant Kinderman (joué par Lee J. Cobb dans le premier film, et ici par George C. Scott). Cobb, dans le premier film, jouait avec une certaine bonhomie ce personnage de flic à la fois tenace et bon enfant, bourru et curieux, un peu caricatural (surtout dans le roman : l'écriture sèche et froide de Blatty rend les personnages parfois difficiles à encaisser et à apprécier), cinéphile n'aimant pas aller seul au cinéma. Cobb aurait dû jouer dans le second volet, mais mourra entre temps. Toujours mort en 1990, il est donc remplacé par Scott, qui aurait très bien pu jouer le rôle dans L'Exorciste de Friedkin. Quand je relis le roman L'Exorciste (l'original), c'est avec le visage de Scott, pas celui de Cobb, que je l'imagine Kinderman, tandis que pour les autres personnages, c'est avec les visages des acteurs du film de Friedkin que je me les représente. 

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L'action se passe à Georgetown (banlieue de Washington, D.C.), en 1990. Le lieutenant Bill Kinderman (George C. Scott, alors âgé de 63 ans, et dans son dernier grand rôle, probablement : la suite de sa carrière, qui était de toute façon derrière lui à ce moment, ne sera constituée que de rôles mineurs dans les  TVfilms, et il est mort en 1999) est sur les dents : une série de meurtres (un jeune garçon noir, et deux prêtres, l'un des deux étant le Père Dyer, son ami depuis 17 ans, qu'il a rencontré au cours de son enquête tournant autour de l'exorcisme de Regan MacNeil), des meurtres sanguinaires et blasphématoires, sèment la terreur. Les victimes sont décapitées, crucifiées. Le modus operandi utilisé par le tueur rappelle celui d'un serial killer exécuté il y à 17 ans, le tueur du Gémeaux, et pour Kinderman, cela semble impossible, car le modus operandi, tel que le tueur le pratiquait, n'a jamais été révélé à qui que ce soit (pour éviter de faux aveux, la police avait modifié certains détails, comme on le fait toujours), ce qui signifie que les trois nouvelles victimes n'ont pas pu être tuées par un copycat. Dyer, la dernière victime, était hospitalisée (pour des examens) au moment de son assassinat, et des empreintes trouvées sur le lieu du crime conduisent à une pensionnaire de l'aile psychiatrique de l'hôpital, une vieille dame catatonique et inoffensive. Kinderman va cependant axer son enquête dans les lieux, car parmi les pensionnaires, dans la section de haute sécurité, se trouve, depuis 17 ans, un homme étrange, dont on ignore le nom, qui fut découvert catatonique et qui semble avoir repris, progressivement, du poil de la bête (au point de devenir dangereux). Cet homme, qui dit parfois des choses étranges ('sauvez le Sauveur'), Kinderman va s'en rendre compte en le visitant, est le sosie parfait, mais avec une quinzaine d'années en plus, du Père Karras, qui exorcisa Regan autrefois et est mort, la nuit de cet exorcisme, en tombant, accidentellement, dans l'imposant escalier de pierre situé au bord de la maison où vivait la famille MacNeil. En interrogeant cet homme sans nom, Kinderman va se rendre compte qu'en réalité, il n'est ni Karras, ni quelqu'un d'autre, mais quelque chose de totalement différent...

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Je vais être clair : L'Exorciste, La Suite (ou L'Exorciste III, car après tout, le titre original est The Exorcist III !) est, avec Prince Des Ténèbres de Carpenter et deux-trois autres heureux élus, un des films les plus flippants que je connaisse. Mais je veux dire, vraiment. Loin d'être parfait, ce film, plus réussi que L'Hérétique de Boorman (que j'aime beaucoup, je le redis ici, mais qui est quand même assez brouillon et trop en décalage avec les deux autres opus de la saga initiale), possède quelques défauts. Mais il possède aussi et surtout une ambiance glaçante et quelques séquences tout simplement flippantes, notamment celle du couloir de l'hôpital, photo ci-dessus. On y voit une infirmière faire son travail, aller de chambre en chambre et, d'un coup, déboulant très rapidement d'un angle mort de la caméra, une forme en blanc qui fonce vers l'infirmière, silencieusement, dans son dos. On a beau avoir vu le film plusieurs fois, l'effet est toujours aussi saisissant. De même que cette séquence de rêve éveillé de Kinderman, qui se retrouve dans un décor assez effarant (une statue de saint dont le visage est doté d'un rictus sardonique à la Joker de Batman ; c'est d'autant plus angoissant que la caméra de Blatty ne joue pas à fond sur ce détail, on voit la statue, mais pas en gros plan, pas en plein cadre, juste en élément du décor ; mais ça saute aux yeux), ou bien cette séquence inaugurale dans l'église, avec le Christ du crucifix qui ouvre les yeux quand le Mal pénètre les lieux... Et que dire, photo ci-dessous, de cette ahurissante et courte scène où une des pensionnaires, à l'insu de Kinderman qui ne la remarque pas, marche au plafond, au-dessus de lui ? Ou de ce petit oiseau qui meurt, d'un coup, comme ça, dans la chambre d'un prêtre exorciste (dont la croix sur le mur vacille et tombe, ensanglantée, au même moment) ?

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Des passages de ce genre, à la fois hyperréalistes et plongeant dans un surnaturel glauque, L'Exorciste III en regorge. A la pelle. Ces séquences, ces détails, concourent à faire de ce film un joyau méconnu du cinéma d'angoisse, un film vraiment terrifiant, plus que le premier volet, un film qui, du long de ses 105 minutes, vont vous faire dresser les cheveux sur le cul et les poils sur la tête. Ou l'inverse. Et je n'ai pas encore parlé de Brad Dourif. Proprement génial, cet acteur, habitué aux rôles de dérangés ou de mecs juste un petit peu bizarres (Le Malin de Huston, Mississippi Burning, Grima dans Le Seigneur Des Anneaux, Dune, Vol Au-Dessus D'Un Nid De Coucou qui l'a révélé), interprète ici le Gemini Killer, qui apparaît, dans la cellule du patient anonyme aux allures de Karras (joué par celui qui l'interprétait dans le premier volet, soit Jason Miller), à Kinderman et lui raconte, par le menu, au travers d'une terrifiante séquence, ses méfaits. Pas de visuel sanglant dans cette séquence, juste Dourif, assis sur sa couchette, dans la pénombre, qui parle. Les mots font parfois plus peur que leur représentation graphique. Cette scène, qui paraît durer des mois tant elle est éprouvante (elle dure dans les 10 ou 15 minutes), est de celles qu'on n'oublie pas, un des meilleures d'un film franchement angoissant, pas totalement réussi (George C. Scott est excellent dans son rôle de vieux flic tenace et bougon, à la limite de la terreur au fil de son enquête, mais tous les acteurs ne sont pas aussi exemplaires, et la réalisation est parfois efficace, et parfois un peu trop statique ; Blatty est écrivain, à la base, pas réalisateur), mais tout de même largement supérieur à tout ce que l'on a pu lire ou dire à son sujet (souvent en négatif ou demi-teinte). Bref, à défaut d'être un chef d'oeuvre, L'Exorciste, La Suite, qui ne parle absolument pas de ce que l'on voit dans L'Hérétique et, au final, très peu de ce que l'on voit dans L'Exorciste, est un excellent petit film d'horreur. A noter que le roman initial, Legion, est très bien lui aussi.