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Pour ce nouvel article de la série "Un Oeil Sur...", place à un réalisateur aussi visionnaire et éclectique que, dans l'ensemble, mal connu du grand public (malgré qu'au moins trois de ses films soient très très connus et même franchement reconnus comme étant des classiques absolus), j'ai nommé John Boorman, réalisateur britannique né en 1933 à Londres, toujours de ce monde (et heureusement) et toujours en activité, son dernier film remontant à 2014. Boorman a commencé sa carrière à l'âge de 18 ans comme critique de cinéma dans des revues spécialisées et à la radio avant de devenir, en 1955, monteur pour une chaîne de TV. Il a démarré sa carrière de réalisateur en 1965 avec un film intitulé Catch Us If You Can, interprété par le Dave Clark Five, un petit groupe de pop anglais de l'époque qui tentera, comme d'autres, de concurrencer les Beatles. Je n'ai jamais vu ce film, qui a sans aucun doute dû sortir en France vu qu'on lui a attribué un titre français, Sauve Qui Peut.

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Je ne sais donc pas du tout ce qu'il vaut, mais j'imagine que, comme beaucoup de premières oeuvres (voir Kubrick, par exemple), ça ne doit pas être le meilleur film de Boorman. C'est apparemment une comédie, avec des passags musicaux, et pour ce qui est de l'histoire, j'imagine une histoire à la Quatre Garçons Dans Le Vent. Désolé si je fait l'impasse, dans l'article, sur ce film que je ne connais pas, et que je n'ai par ailleurs pas spécialement envie de regarder. Notons qu'après ce film, Boorman s'envole pour les USA, où il fera ses deux films suivants. Apparemment, Sauve Qui Peut marchera bien en Angleterre, suffisamment pour lui permettre de faire son film suivant aux USA !

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Et le film suivant, sorti en 1967, pardon, mais c'est un authentique classique : Le Point De Non-Retour, un film qui, en 1999, sera l'objet d'un remake pas vraiment officiel (mais l'intrigue s'en rapproche énormément), Payback (par Brian Helgeland, avec Mel Gibson). Adaptation d'un roman de Donald Westlake (publié sous le pseudonyme de Richard Stark), le film est interprété par Lee Marvin, Angie Dickinson, Keenan Wynn et Carroll O'Connor. Brillant et novateur (fortement influencé par le psychédélisme, il est assez expérimental, riche en couleurs, cadrages insensés, etc, ce qui lui sera sans doute un peu reproché à l'époque), le film raconte l'histoire d'un truand, génialement interprété par Marvin dans un de ses meilleurs rôles, qui, au cours d'un casse, est laissé pour mort par ses complices. Il se remet, et va chercher à se venger et à récupérer sa part du pognon... Un film intense, court (90 minutes seulement) mais prenant de bout en bout, un véritable monument du genre, sublimé par un Lee Marvin tout simplement impérial, dans un de ses plus grands rôles. Avec son final situé sur l'île-prison (déjà désaffectée) d'Alcatraz (je crois que c'est le premier film à utiliser Alcatraz comme décor, avant L'Evadé D'Alcatraz, avant L'Inspecteur Ne Renonce Jamais, et bien évidemment, bien avant Rock) et son intrigue tirée au cordeau, Point Blank est un chef d'oeuvre. A noter que Marvin ne tue personne dans le film, malgré les apparences. Regardez bien le film pour en avoir la preuve : des morts, il y en à, mais lui a les mains 'propres' !

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En 1968, Boorman récidive dans sa collaboration avec Lee Marvin (ça sera cependant le dernier film qu'ils feront ensemble ; Boorman voulait lui confier un rôle principal dans Délivrance, Marvin refusera car se sachant trop vieux pour le rôle, mais les deux sont restés amis) pour Duel Dans Le Pacifique. Ce film, tourné dans des condition difficiles sur une île située dans l'archipel des Palos, vers les Philippines, ne contient que deux acteurs, l'autre étant Toshiro Mifune. Rare à la TV, n'existant apparemment en DVD (en France du moins) que dans une édition franchement minable ne proposant que la VF et d'une qualité visuelle rebutante, ce film, qui n'offre que peu de dialogues et la moitié d'entre eux sont en japonais (quand le film sortit, aux USA, les répliques de Mifune n'étaient pas sous-titrées, et ce fut fait pareil, au Japon, pour les répliques de Marvin, histoire d'accentuer le côté choc des cultures), se passe sur une île déserte dans le Pacifique, durant la Seconde Guerre Mondiale (front du Pacifique). Un aviateur américain (dont on ne connaît pas le nom) se crashe sur l'île. S'y trouve déjà un marin japonais (dont on ne connaît pas le nom...) y ayant fait naufrage. Chacun va essayer de prendre l'ascendant sur l'autre, ce sont des représentants des deux pays en guerre, et ils vont, dans un sens, poursuivre cette guerre au stade du microcosme. Mais ils vont apprendre à se supporter, se connaître (malgré le choc des langues ; Mifune, de plus, ne parlait pas vraiment anglais)... Boorman avait, pour le film, tourné une séquence finale montrant les deux hommes, redevenus ennemis, s'éloigner l'un de l'autre, sur l'île, bien décidés à ne plus se rencontrer pour éviter de s'entretuer. Pour la sortie américaine, les producteurs le forcèrent à tourner une fin alternative, montrant les deux hommes mourir dans le bombardement de l'île. Ce qu'il dira toujours regretter. Un film méconnu et absolument remarquable, critique de la guerre et de la connerie humaine (on est différents, donc on ne peut pas être amis, etc). Les deux acteurs sont parfaits. 

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Après ces deux films américains, Boorman retourne en Angleterre. Il va faire ce qui deviendra son incontestable marque de fabrique : frapper là où on ne l'attend pas. Après deux films sombres (un polar et un film de guerre/survival), Boorman réalise, à Londres, Leo The Last, un film qui, à l'heure actuelle, n'existe toujours pas en DVD en France (quant au Blu-ray, n'en parlons pas), ni même en Angleterre. Interprété par Marcello Mastroianni et Billie Whitelaw, ce film, une fable philosophique, a obtenu le Prix de la mise en scène à Cannes en 1970 et a été tourné dans une rue désaffectée, destinée à la démolition (ce qui arriva bel et bien), située dans le populaire quartier de Notting Hill Gate, quartier essentiellement constitué d'immigrés jamaïcains. Boorman obtint la permission de tourner le film dans ce quartier qui devait être démoli, et ils firent construire une aire de jeux pour enfants en remerciements. Le film raconte l'histoire de Leo, un riche héritier coupé de tout, ne parvenant pas à se lier avec les autres ni à ressentir de compassion ou de sympathie, qui vit dans une maison située dans un quartier pauvre et noir de Londres. Vraie anomalie dans le quartier, il va, peu à peu, se familiariser avec ses voisins, allant jusqu'à aider Salambo, une jeune femme forcée de se prostituer. Son dévouement pour cette jeune femme va entraîner, dans son entourage (sa fiancée, issue de la haute société ; ses 'amis' et relations) une totale incompréhension. Mastrioanni (qui ne parlait pas anglais avant de faire ce film, et l'a appris pour le coup) est parfait, et le film, malheureusement d'une totale rareté (je l'ai vu en salles, dans un cinéma d'art et d'essai, il y à bien 15 ans, je m'en souviens encore même si je ne l'ai pas revu depuis, le film étant introuvable), est sans doute un des plus beaux de Boorman. Hélas, il ne sera pas un grand succès commercial, malgré sa récompense cannoise et son acteur principal, plutôt du genre tête d'affiche. A voir absolument...si vous y arrivez. A quand le DVD, putain ?

Delivrance

Boorman, en 1971, retourne aux USA pour y faire l'adaptation (c'est, à la base, un film de commande, et Boorman n'était pas le réalisateur initialement pressenti, ça devait être Sam Peckinpah) du roman Délivrance de James Dickey (qui joue le rôle du shérif dans le film). Délivrance, qui sortira en 1972 et sera un immense succès, est un film d'aventures, de suspense et de survival interprété par Jon Voigt, Burt Reynolds, Ned Beatty et Ronny Cox. Charley, le fils de Boorman (il a quatre enfants), joue le rôle du fils de Voigt, à la fin, et rejouera dans d'autres films de son papounet. Film qu'il vaut mieux éviter de voir avant de filer en week-end nature que l'on passera sur un canoé, c'est un chef d'oeuvre de suspense qui raconte le calvaire de quatre amis citadins qui filent, en week-end, dans le Georgie profonde, afin de faire du canoé sur une rivière tant que celle-ci existe encore (en effet, la construction d'un barrage, non loin, entraînera l'inondation de la vallée où se trouve la rivière). Au cours de leur virée (à deux canoés), deux d'entre eux se font prendre à part, au cours d'une halte, par deux locaux armés de fusils qui vont les frapper et violer l'un d'entre eux. Les deux autres arrivent, tuent les locaux, cachent les corps, décident de ne pas en parler aux autorités. Le cauchemar ne fait que commencer... A la base prévu pour Brando et Lee Marvin (qui refuseront, question d'âge), le film, doté d'une musique inoubliable au banjo (et de plusieurs scènes cultes, comme la séquence de la falaise, le final...et le 'duel de banjos' au début du film, entre Ronny Cox et un enfant local attardé), est monumental. C'est un des films les plus connus du réalisateur et un de ses plus gros succès.

Zardoz

Le succès monumental de Délivrance va entraîner, pour Boorman (qui repart pour l'Angleterre, et même pour l'Irlande, il y à trouvé une belle maison, qui va devenir son fief familial), de belles retombées. On lui accorde carte blanche pour son prochain projet. A la base, il avait l'intention d'adapter Le Seigneur Des Anneaux, en 1970, mais renoncera rapidement en raison du côté assez inadaptable, surtout pour l'époque, du roman (Peter Jackson y parviendra, les technologies du cinéma ayant évolué). C'est avec un scénario totalement original, signé de sa main, qu'il va revenir, en 1973 (le film sortira en 1974 dans certains pays comme, je crois, en France) avec Zardoz, un film de science-fiction totalement ahurissant. Le film a été tourné non loin de chez lui, en Irlande, et devait à la base être interprété par Burt Reynolds, qui, malade du dos, refusera le rôle. Sean Connery, qui tentait à l'époque de briser son image de James Bond, prend le rôle. Le film est aussi interprété par Charlotte Rampling, Sara Kestelman, Niall Buggy et John Alderton. S'inspirant en partie du roman Le Magicien D'Oz de L. Frank Baum (le titre du film, mais aussi des éléments de l'intrigue : le faux magicien), le film, qui sera un bide à sa sortie (tant commercial que critique), est aujourd'hui un peu réhabilité, mais quand même le plus souvent considéré comme un nanar (ce qu'il n'est absolument pas). Ce n'est pas un chef d'oeuvre absolu non plus, il possède des défauts, notamment une très grande propension au fouillis. Résumer le film est compliqué en si peu de lignes (pour cet article, donc), mais en gros, l'action se passe en 2293. La société a évolué en castes. On a les pauvres gens (les Brutes). On a des Brutes qui, pour le compte d'un dieu du nom de Zardoz qui apparaît de temps en temps et les fournit en armes et en ordres, régulent les Brutes (les Exterminateurs) pour éviter qu'ils ne se reproduisent trop, et les tiennent en esclavage. Et on a, vivant dans un Vortex, une caste supérieure, les Immortels (car, grâce à un cristal et à des recherches, ils ont réussi à atteindre l'immortalité), qui vivent dans l'opulence. Zed, un Exterminateur curieux, se cache dans la grande tête de pierre de Zardoz à l'occasion d'une de ses apparitions, et parvient à pénétrer le Vortex, suscitant à la fois la crainte et la curiosité chez les Immortels... Profondément original, tant du point de vue de l'histoire que du visuel, mis en musique via, notamment, la 7ème Symphonie de Beethoven, Zardoz est un OVNI. Certes, la vision d'un Sean Connery quasi nu, torse recourvert de bandes de munitions, crinière noire en queue de cheval et slip rouge, peut faire sourire (et à participé au statut injustifié de nanar), mais des films aussi dingues, aussi originaux, aussi libres que celui-ci, vous en connaissez beaucoup (les Jodorowsky mis à part, qui vont encore plus loin) ? Je n'ai pas honte de le dire, j'adore Zardoz, c'est mon préféré de Boorman, et un de ses plus importants. Culte. 

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Après ce film insensé qui a sûrement du faire regretter aux financeurs de Boorman le fait de lui avoir filé carte blanche, Boorman va accepter un film de commande : la suite du triomphe commercial L'Exorciste que Friedkin réalisa en 1973 (et marcha autant que Zardoz foira). C'est en 1977 qu'il réalise donc L'Exorciste II : L'Hérétique. Bide commercial à sa sortie, le film est considéré comme une vraie merde, et comme le moins réussi des trois volets (l'auteur du roman initial, William Peter Blatty, réalisera lui-même L'Exorciste III en 1990, suite directe du premier film, qui n'aborde absolument pas les faits relatés dans L'Hérétique, et qui se base sur un autre roman de Blatty, par la même occasion). Si, effectivement, L'Hérétique n'est pas immense, c'est toutefois un très bon film d'horreur et de fantastique, assez original encore une fois. Le film, qui a subi les affres d'une production difficile (deux versions du film ont été écrites, le final définitif n'est pas celui que Boorman avait imaginé), est interprété par Linda Blair, qui reprend son rôle de Regan (elle ne jouera pas dans le troisième film), Richard Burton, James Earl Jones, Paul Henreid dans son dernier rôle, Louise Fletcher, Kitty Winn, Ned Beatty et Max Von Sydow qui, dans des séquences de flashback, reprend son rôle du Père Merrin. Le film raconte l'histoire du Père Lamont qui, enquêtant sur la mystérieuse mort du Père Merrin au cours d'un exorcisme difficile sur une jeune fille, va découvrir que cette jeune fille, Regan, possède toujours en elle, latent, le démon qui la possédait, Pazuzu. Il va tout faire pour la sauver et chasser définitivement ce démon. Très mal reçu à sa sortie, le film est original, trop sans doute, et effectivement, c'est le moins bon des trois volets (le dernier volet, de 1990, très très flippant, possède des défauts, ceci dit). Burton n'est pas super convaincant dans le rôle principal. Mais la touche boormanienne est cependant bel et bien là. Une curiosité. 

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1981 : Boorman réalise ce qui est encore aujourd'hui considéré comme son chef d'oeuvre : Excalibur. Tourné non loin de chez lui, en Irlande, le film se base sur la légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde. Il se base en fait sur plusieurs oeuvres littéraires (Chrétien de Troyes, Mallory...) et picturales sur le sujet, et en est une sorte de somme. Interprété par des acteurs absolument remarquables mais peu connus dans l'ensemble (on a certes Helen Mirren et Gabriel Byrne, mais Nigel Terry, Nicol Williamson, Nicholas Clay ne sont pas très connus mis à part pour ce film ; à noter que deux enfants de Boorman, Katrine et Charley, jouent dans le film ; Katrine joue Ygraine (mère d'Arthur) et Charley joue Mordred enfant, tandis que Robert Addie le joue adolescent. Magnifiquement mis en musique (rarement le "O, Fortuna" du Carmina Burana de Carl Orff aura été aussi bien utilisé au cinéma, rarement une musique aura aussi bien collé à un film ou une scène) et en images, le film, le plus long de Boorman à l'époque (2h20), sera un très gros succès commercial et sera super bien accueilli par la presse. C'est clairement un des plus grands films, si ce n'est le plus grand (dans un autre  registre, réaliste et nihiliste, La Chair Et Le Sang de Verhoeven est un autre classique du genre) film sur le Moyen-Âge. Un film dont on ne se lasse pas, rempli de scènes immenses et cultes (inoubliable final, qui transpire la légende arthurienne par tous ses pores), de décors sublimes, de costumes très réalistes (ce sont de vraies armures, les acteurs ont certainement dû en chier des briques triangulaires à tourner ce film). Un monument absolu, tout simplement.

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 On passe à 1985. En cette année-là, Boorman, encore auréolé du succès de son Excalibur, réalise, sur un scénario de Rospo Pallenberg (qui avait déjà collaboré avec Boorman sur le précédent film, mais aussi sur L'Hérétique et Délivrance (en assistant), La Forêt D'Emeraude. Le film est interprété par Powers Boothe, Charley Boorman (fils de qui vous savez) et Meg Foster. Tourné au Brésil (compte tenu du sujet il valait mieux aller tourner là-bas que dans les bois irlandais proches de la maison du réalisateur !), le film, qui sera un gros succès commercial, est une sorte de western initiatique se passant en forêt amazonienne. L'histoire est sublime : Bill Markham est un ingénieur américain, qui arrive au Brésil afin de construire un barrage hydraulique en bordure de la forêt amazonienne. Son fils Tommy, 5 ans, est enlevé par des indiens d'une tribu, les "Invisibles". Alors que Bill va le rechercher en vain, Tommy estélevé par la tribu, selon leur culture. Arrivé à l'âge adulte, il part seul en forêt pour un rite initiatique. Il retrouve son père, le découvre blessé et le ramène dans le village de sa tribu, mais refusera de repartir avec lui une fois son père guéri... Hymne à la vie sauvage et à la nature, plaidoyer contre la déforestation qui, déjà, à l'époque, faisait des ravages, ce film est une preuve supplémentaire du talent du réalisateur, c'est une oeuvre sublime inspirée d'une histoire vraie (la nationalité de l'enfant enlevé par les indiens, dans la réalité, est péruvienne). Deux ans plus tard, autre sublime film, Hope And Glory (alias La Guerre A 7 Ans), un film interprété par le jeune Sebastian Rice-Edwards, mais aussi par Sarah Miles, David Hayman, Sammi Davis et Geraldine Muir. On y trouve aussi Jean-Marc Barr et Katrine Boorman, une des enfants du réalisateur. Le film se passe durant la Seconde Guerre Mondiale, en Angleterre, et contient des éléments autobiographiques (Boorman, enfant, a connu les bombardements) : la vie d'un garçon de 7 ans et de sa famille (le père est parti au combat) durant la guerre, vie rythmée par le manque, les bombardements, les soldats, la destruction. Pour un petit garçon, le côté dramatique de la guerre est peu important, à côté de l'aspect 'grand spectacle' et aventureux. Nommé cinq fois aux Oscars, Hope And Glory est encore une fois une incontestable réussite pour Boorman. 

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En 1990, Boorman réalise Tout Pour Réussir. Comédie dramatique, le film est interprété par Dabney Coleman, Uma Thurman, Crispin Glover, Joanna Cassidy, Christopher Plummer (dans le rôle d'un personnage surnommé, en VO, Shitty, et en VF, la Merde !), David Hewlett et Suzy Amis. Peu connu, ce film dont l'affiche française n'est pas sans faire penser à La Forêt D'Emeraude se passe à New York. Le film raconte l'histoire d'un entrepreneur spécialisé dans la démolition d'immeubles, et dont le projet immobilier ambitieux qu'il envisage de mettre en place est contrecarré par la protection étonnante d'une maison située au coeur d'un pâté de maisons en cours de démolition. Tant que cette maison reste en place, son projet est impossible à réaliser. Et il ne peut pas faire démolir cette maison ! Un jour, il découvre une de ses filles parmi les manifestants oeuvrant pour le maintien de cette maison... Film amusant mais mineur, c'est une comédie dramatique et romantique assez sympathique, mais qui ne restera pas dans les annales. Bien plus réussi est Rangoon, sorti en 1995 (entre temps, Boorman réalisera aussi des courts-métrages), interprété par Patricia Arquette, Frances McDormand, Spalding Gray et U Aung Ko. Comme son nom l'indique, le film se passe en Birmanie et est une sorte de version boormanienne, et birmanienne (les deux mots se ressemblent), de La Déchirure, le chef d'oeuvre de Roland Joffé. L'action se passe durant les évênements politiques survenus en 1988 en Birmanie, une guerre civile lancée par des manifestations étudiantes et qui ont abouti, dans la violence, au retour d'une junte militaire (et ce, juqu'au retour, en 2012, d'Aung San Suu Ki suite à sa libération deux ans plus tôt). Le film raconte l'histoire d'une jeune femme, meurtrie par un drame personnel (son mari et son fils ont été assassinés), qui part en Birmanie pour souffler un peu, se changer les idées. Mais elle arrive au moment de la guerre civile et à la suite de la perte de son passeport, est contrainte de rester à Rangoon, la capitale. Mais la situation est telle qu'elle va devoir essayer de fuir le pays. Un excellent film, aujourd'hui assez méconnu, et qu'il faut voir. Pas le meilleur de Boorman (et je sais que je vais tuer le suspense, mais à mes yeux, le dernier chef d'oeuvre du réalisateur date de 1985), mais vraiment un bon film.

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En 1998, Boorman prouve encore une fois qu'il peut, à l'envi, changer de genre. Après une comédie romantique, après un drame de guerre, place à un film en noir & blanc sur un criminel irlandais, Martin Cahill, un braqueur qui était surnommé Le Général en raison du soin particulier qu'il mettait dans ses cambriolages. Cahill, on le voit dès le début du film (le reste est constitué de flash-backs), a été abattu en 1994 par des membres de l'IRA à la suite d'un vol de tableaux appartenant à des membres de l'organisation. Le film, Le Général, est interprété par Brendan Gleeson, acteur irlandais qui va devenir quasiment un fidèle de Boorman, par Jon Voigt, qui n'avait pas collaboré avec Boorman depuis Délivrance, par Maria Doyle Kennedy et Sean McGinley. C'est un très bon film, assez aride mais passionnant, à la fois sur le banditisme et sur les troubles en Irlande (IRA, UVF), excellemment bien interprété par un Brendan Gleeson impeccable. Pas le meilleur de Boorman encore une fois, mais il serait dommage de passer à côté. Trois ans plus tard, en 2001 donc, Boorman réalise The Tailor Of Panama (même en France, le film est sorti sous ce titre anglophone), adaptation d'un roman de John Le Carré (un spécialiste de l'espionnage) et interprété par Pierce Brosnan, Geoffrey Rush, Brendan Gleeson, Jamie Lee Curtis, Catherine McCormack, Harold Pinter, Daniel Radcliffe (la même année, il interprétait Harry Potter pour la première fois). L'histoire d'unespion britannique qui, à la suite d'une aventure sentimentale malheureuse (il a couché avec la maîtresse d'un ministre espagnol, alors qu'il était en poste à Madrid), est envoyé en anction à Panama. Là, il va faire la connaissance d'un tailleur britannique ayant de nombreuses relations, et qui est en fait un escroc spécialiste en bobards. Les deux vont organiser un coup monté d'envergure : faire croire aux USA et au Royaume-Uni que les autorités locales vont reprendre le contrôle du Canal et qu'une révolution populaire ne va pas tarder à éclater... Comédie d'espionnage parodique (le fait que l'espion britannique un peu raté soit joué par celui qui, à l'époque, jouait encore James Bond n'est pas anodin), c'est un film amusant, mineur mais sympathique. 

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En 2004, Boorman recollabore avec Brendan Gleeson pour In My Country, film interprété par Juliette Binoche et Samuel L. Jackson (Gleeson a le troisième rôle). Le film est basé apparemment sur une histoire vraie, celle d'une poète et journaliste sud-africaine afrikaner, Anna Malan, qui, durant la période de la réconciliation en Afrique du Sud (suite au retour de Mandela), et plus particulièrement au moment de la Commissionde la vérité et de la réconciliation en 1995, a entretenu des relations sentimentales avec un journaliste afro-américain. Deux personnes, de nationalités et de couleur de peau différentes, qui s'aiment dans un pays tout juste sorti d'une longue et sombre période (l'Appartheid) et encore en "convalescence". Un film sur la différence, les préjugés et les fautes de l'Histoire, coproduit par l'Afrique du Sud. In My Country n'est pas un film très connu (d'une manière générale, les films de Boorman faits après 2001 sont assez confidentiels), et son scénario, d'après un livre de Antjie Krog (une poètesse sud-africaine afrikaner), est signé Ann Peacock, qui est à moitié sud-africaine elle-même. Un très beau film. Ce qui n'est pas vraiment le cas du film suivant de Boorman, sorti en 2006, The Tiger's Tail. Le film est interprété par Brendan Gleeson (quand je disais que cet acteur était devenu un récurrent chez Boorman !), Kim Cattrall, Ciaran Hinds et Sean McGinley. L'histoire d'un promoteur immobilier de Dublin, ayant réussi sa vie professionnelle (mais sa vie privée, entre une femme qui n'est pas heureuse et un fils rebelle, n'est pas aussi folichonne) qui voit cependant sa vie basculer quand le conseil municipal de Dublin décide d'arrêter les frais quant à la construction d'un stade, projet pour lequel il s'est personnellement endetté afin de le mener à bien... Sincèrement, je me suis ennuyé devant ce film assez bien interprété par Gleeson, mais qui compte assurément parmi les plus mineurs des films du réalisateur (qui n'a pas fait tant de films mineurs que ça, au final).

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Bien plus réussi est Queen And Country, sorti en 2014, à ce jour le dernier film du réalisateur (qui, en 2018, a 85 ans). Le film est interprété par Callum Turner, Vanessa Kirby, David Thewlis Richard E. Grant, David Hayman, Tamsin Egerton, mais pas par Brendal Gleeson, une première depuis presque 20 ans ! Le film se passe en Angleterre en 1952 et est la suite directe de Hope And Glory, film qui s'inspirait en partie de l'enfance de Boorman (on notera la similarité entre les titres des deux films, qui semblent comme deux facettes d'une même pièce). le jeune Bill a désormais l'âge de faire son service militaire. Ayant pour crainte l'idée de peut-être partir sur le front en Corée, Bill va s'amouracher d'une jeune aristocrate dépressive et va découvrir la dure vie militaire. Le film est un complément très réussi à Hope And Glory, il est plus sombre (si on peut dire ; disons, plus adulte) que le précédent, mais tout aussi réussi. C'est vraiment une belle réussite de plus (après un film assez moyen) pour un réalisateur attachant et vraiment talentueux, un de mes réalisateurs préférés au final. Même s'il a signé ses chefs d'oeuvre essentiellement dans la première partie de sa carrière, l'ensemble de celle-ci est des plus intéressante et passionnante.