roman-polanski

Nouvel article de la série des "Un Oeil Sur...", qui résume une filmographie. Pour ce nouvel épisode, après Cronenberg, après Eastwood, après Peckinpah, j'ai décidé d'aborder le cas de Roman Polanski. Il y à des choses à dire, en bien comme en mal, sur ce réalisateur. Sa vie, comme le moyen jeu de mots de mon titre d'article le dit, est un vrai roman. Il a surtout connu des drames, des tragédies même, et il est toujours là. Né à Paris en 1933, Polanski est de nationalité polonaise (franco-polonais, en fait), et s'appelle en réalité Rajmund (ou Raymond) Thierry Liebling. Son père fait transformer leur nom de famille en Polanski, et Raymond, par prononciation, est appelé Roman. A l'âge de 3 ans, sa famille repart en Pologne. On est donc en 1936. 3 ans plus tard, la guerre éclate. Polanski et sa famille vit dans le ghetto de Cracovie. Il échappe à la déportation, mais pas ses parents ni sa soeur, qui, son père mis à part, ne reviennent pas des camps. Premier drame. Polanski, enfant, dans le ghetto, découvre le cinéma, des films allemands sans intérêt, propagandistes pour la plupart, mais le goût du cinéma est là, en lui. En 1946, il intègre une troupe de comédiens, et entre aux Beaux-Arts en 1949. En 1953, il rencontre Andrzej Wajda, les deux deviennent amis. En 1955, il intègre une école de cinéma à Lodz, et rencontre un musicien de jazz, Krzysztof Komeda, qui, jusqu'à sa mort en 1969, fera les musiques de ses films. Premier mariage en 1958 (divorce trois ans plus tard). 

le-couteau-dans-l-eau-affiche_403342_45677

Il réalise son premier long-métrage (après plusieurs courts) en 1962 : Le Couteau Dans L'Eau. Sorte de Plein Soleil made in Polanski (l'action se passe sur un petit yacht) le film, en noir & blanc, interprété par des acteurs peut-être connus en Pologne mais totalement inconnus autrement (et qui ne sont que trois au casting), raconte l'histoire d'un couple fortuné qui, sur leur yacht, embarquent un jeune étudiant rencontré par hasard sur la route et à qui ils proposent de faire une croisière avec eux. Leurs relations vont de plus en plus s'envenimer au fil de la croisière... Mis en musique par Komeda, doté d'un scénario et de dialogues signés (pour le scénario, en partie ; pour les dialogues, entièrement) par Jerzy Skolimowski, le film possède une ambiance à la Bergman, sombre et oppressante. Pour un coup d'essai dans le long-métrage (le film dure 90 minutes), c'est un coup d'essai réussi, pas le meilleur film de Polanski mais une première oeuvre talentueuse, originale et intéressante. Le film a été nominé aux Oscars et aux BAFTA (en 1964 pour les deux nominations) et a remporté un prix à la Mostra de Venise en 1962. Peu après, Polanski s'installe à Paris, sa ville natale, et y fait la connaissance du scénariste Gérard Brach, qui va devenir un ami et un collaborateur très régulier. Les deux essaient de vendre des scénarii, sans succès, et Polanski part s'installer à Londres.

repulsionafffrcul-de-sac

Polanski va attendre 1965 pour son deuxième film, Répulsion. Film donc britannique, on y trouve Catherine Deneuve, Yvonne Furneaux, John Fraser, Ian Hendry, Patrick Wymark et Helen Fraser. Encoe une fois en noir & blanc (le premier film en couleurs sera pour 1967), Répulsion, interdit aux moins de 18 ans à sa sortie, est une oeuvre forte sur une jeune femme, jouée par Deneuve, qui vit, avec sa soeur, dans un appartement londonien. De caractère assez renfermé, elle déteste l'amant de sa soeur, et sa présence l'empêche de dormir, de vivre même. Elle est schizophrène et on sent bien que, tôt ou tard, elle va totalement déraper dans la folie. C'est le premier volet d'une trilogie officieuse (trois films indépendants dans leurs histoires, mais reliés par un détail), celui des appartements maléfiques, les deux autres sont Rosemary's Baby et Le Locataire. Répulsion, magistralement interprété par une Catherine Deneuve qui sera, par la suite, rarement aussi bluffante, est un film sombre, doté d'un remarquable scénario de Brach et Polanski. Il sera un très gros succès et a aidé à lancer Polanski. Son film suivant, aussi britannique, sort en 1966 et est interprété par Donald Pleasence, Lionel Stander, Françoise Dorléac (soeur de Deneuve, dont le vrai nom est Dorléac), Jacqueline Bisset, Jack McGowran et Iain Quarrier : Cul-De-Sac. Totalement différent du précédent film, c'est une comédie noire, satirique et totalement dingue (pour l'époque) et parle de deux truands maladroits qui s'installent, en pleine cavale, dans une propriété située sur une presqu'île, et vont s'immiscer dans la vie des deux châtelains, uniques habitants du coin, et faire de leur vie auparavant bien rangée un vrai bordel. Le film a été tourné sur l'île de Lindisfarne, dans le comté de Northumberland, et le tournage fut compliqué : météo capricieuse, budget étroit, manque de considération de l'équipe technique vis-à-vis du réalisateur et de certains acteurs... Le film est très réussi, et transpire cette tension sur le tournage. 

le_bal_des_vampires_affiche_1

Encore un an plus tard, Polanski s'offre pour la première fois la couleur avec Le Bal Des Vampires, qui sera un très gros succès (bien des années plus tard, le film sera adapté en comédie musicale). Film dont le titre original est interminable (The Fearless Vampire Killers, Or Pardon Me But Your Teeth Are In My Neck), c'est une comédie fantastique à l'atmosphère lugubre, gothique à la Hammer, et aussi profondément délirante, comme si Mel Brooks avait tourné pour la Hammer ou la Amicus. Polanski s'offre un petit plaisir : il interprète un des rôles principaux, première fois qu'il jouera dans un de ses films. Les autres acteurs sont Jack McGowran, Sharon Tate, Ferdie Mayne, Iain Quarrier, Ronald Lacey, Jessie Robins et Fiona Lewis. Sharon Tate et Polanski tomberont amoureux sur le tournage, se marieront. Le film raconte l'histoire d'un chasseur de vampires et de son adjoint maladroit qui arrivent en Transylvanie, non loin d'un château, celui de Von Krolok, qui s'avère être un buveur de sang redoutable... Musique géniale de Komeda, acteurs sensationnels, scènes cultes, dialogues et personages hilarants (le tavernier qui fait mine de ne pas comprendre pourquoi il y à autant d'ail dans son établissement et sa cuisine)... Le film est un petit chef d'oeuvre ! On notera que la MGM, qui distribua le film (au début du film, le fameux lion est transformé en vampire de cartoon aux dents sanguinolentes), fera couper, pour l'exploitation américaine, pas mal de scènes et en fera rajouter d'autres. Le résultat des test-screenings sera si calamiteux que le film finira par sortir tel que Polanski le souhaitait !

Rosemary_s_Baby

Un an plus tard, Polanski s'offre sa première adaptation de roman : Rosemary's Baby. L'auteur du roman, Ira Levin, dira par la suite que Polanski s'est évertué à adapter, scrupuleusement, le roman, respectant les dialogues, et allant même jusqu'à respecter les décors et costumes décrits dans le livre, allant jusqu'à demander à Levin dans quel numéro d'un magazine d'actualités se trouvait la publicité pour des chemises décrite dans une page du roman (détail que Levin inventa pour le roman, au passage) ! Le film, tourné aux USA (son premier tourné là-bas, mais aussi un de ses derniers), est une oeuvre fantastique troublante et oppressante interprétée par Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon, Maurice Evans et Sidney Blackmer. Polanski voulait au départ donner le rôle principal à Sharon Tate, mais les studios préfèreront Farrow. L'histoire est connue : un jeune couple sans enfant s'installe au Bramford (dans la réalité, le film est tourné au Dakota, qui fut l'immeuble où Lennon passera la fin de sa vie), un vieil immeuble new-yorkais. Leurs voisins sont assez étranges, mais sympathiques (un vieux couple du genre envahissant). Un soir, après avoir mangé, Roemary se sent bizarre, et sombre dans une sorte de semi-coma, elle s'endort et fait un rêve totalement dingue. Peu de temps après, elle se découvre enceinte. Ses voisins, les Castevet, vont la chérir de petites attentions. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'ils sont satanistes, et qu'elle est enceinte du diable... Dernier film dont la musique est signé Komeda (les vocalises du générique sont de Mia Farrow), et c'est une musique enivrante, Rosemary's Baby est un chef d'oeuvre de paranoïa, un des plus grands films de Polanski.. et effectivement, une quasi parfaite adaptation du remarquable roman de Levin. Un an plus tard, Sharon Tate, enceinte de Polanski, est assassinée (ainsi que d'autres personnes) dans sa villa des hauteurs de San Francisco, par une bande de malades dirigée par un certain Charles Manson. Nouveau drame, et pas des moindres, dans la vie du réalisateur, qui va mettre deux ans avant de remonter la pente et de refaire un film.

polanskis-macbeth-posterquoi

Ce film, produit par Playboy (oui, le magazine érotique de Hugh Hefner !), une première pour le magazine, c'est Macbeth, qui sortira en 1971, et a été tourné en Angleterre. Troisième adaptation majeure (après le film éponyme d'Orson Welles en 1948 et le film Le Château De L'Araignée de Kurosawa en 1958, qui en reprend la trame en l'adaptant à la sauce nippone) de la fameuse pièce de théâtre de Shakespeare, mais au moins sa dixième adaptation en tout (la première remonte à 1908 !), ce film est interprété par Jon Finch, Francesca Annis, Martin Shaw et Terence Bayler, et à sa sortie, ce film très sombre et violent sera source de critiques de la part de la presse (on reprochera au réalisateur la violence du film, deux ans après le drame l'ayant personnellement touché et qui était encore dans toutes les mémoires). C'est une excellente adaptation de la pièce. En dépit du financement un peu scabreux (Playboy), il y à remarquablement peu de sensualité dans le film. Certes, Francesca Annis (Lady Macbeth), au cours d'une scène, erre nue dans son château, comme une somnambule, mais mis à part ça, le film est plutôt sombre et violent que sexy, c'est une des plus noires dépictions du Moyen-Âge avec La Chair Et Le Sang de Verhoeven. Un de mes films préférés du réalisateur, à défaut d'être un de ses plus connus. L'année suivante, Polanski se laisse aller, totalement : tourné en Italie, coproduction entre l'Italie, la France et l'Allemagne, Quoi ? est une comédie totalement délirante interprétée par Sydne Rome, Marcello Mastroianni, Hugh Griffith, Romolo Valli et Polanski lui-même (dans un petit rôle pour lequel il s'est laissé pousser une très peu esthétique moustache), et doté d'un scénario co-écrit avec Brach. Echec commercial et critique à sa sortie, ce film totalement à part, clairement pas un chef d'oeuvre, raconte les déboires d'une jeune Américaine qui se réfugie dans la villa (située sur la Côte méditerranéenne italienne) d'un vieil Anglais afin d'échapper à un viol. Dans la villa (une immense propriété appartenant au producteur du film, Carlo Ponti) vivent une galerie de personnages étranges et loufoques, une vraie faune avec laquelle elle va devoir composer. Un film qui semble inspiré par Lewis Carroll, une oeuvre drôle mais déroutante, mineure et aussi cintrée que son titre le laisse présumer (il a été pas mal improvisé). Une curiosité. 

Chinatown-affiche

En 1974, Polanski nous offre un de ses meilleurs films, tourné aux USA, et par ailleurs le dernier film américain du réalisateur : Chinatown. Se déroulant dans le Los Angeles des années 30, le film est un régal de film noir à l'ancienne (mais en couleurs) interprété par Jack Nicholson (qui, au début des années 90, réalisera lui-même une suite au film, nettement moins aboutie mais intéressante), Faye Dunaway, John Huston, Polanski dans un court mais inoubliable rôle de truand tailladant le nez de Nicholson, John Hillerman, Perry Lopez et Burt Young. Le scénario est de Robert Towne, qui aurait dû réaliser le film, mais Nicholson proposera Polanski à la place, et ce dernier, échaudé par le bide commercial de ses deux précédents films, accepte. Chinatown sera un beau succès, et est une vraie merveille, qui possède tous les thèmes du film noir : un détective privé tenace qui enquête dans un milieu douteux, une intrigue complexe qui multiplie les faux-semblants, les fausses pistes et les secrets inavouables en enfouis, des personnages louches, une atmosphère oppressante... On ne se lasse pas de ce film, qui mérite amplement, malgré qu'il ne soit pas de la même génération, de figurer aux côtés du Faucon Maltais ou du Grand Sommeil. C'est le dernier film de Polanski tourné aux USA. En 1977 (entre temps, il a réalisé un film en France, voir plus bas), il est accusé de viol sur mineure, sera rapidement incarcéré, puis sera libéré sous caution, et ne reviendra dès lors plus aux USA, pour échapper au procès, et s'installe définitivement en Europe. Encore un fait marquant dans sa vie, pas un drame comme la Shoah ou la mort de sa femme, mais un fait divers qui va entacher sa réputation personnelle (même si, de son côté, la fille dire toujours avoir été consentante, elle était tout de même mineure).

le-locataire

En 1976, un an avant ce fait divers scandaleux, Polanski tourne, en France (à Paris), mais avec un casting en partie anglophone (le film a été tourné en partie en anglais), Le Locataire, adaptation d'un excellent roman de Roland Topor, sur un scénario de Brach et Polanski. Roman interprète le rôle principal (la seule fois dans sa filmographie que Polanski joue le rôle principal), un employé de bureau d'origine polonaise assez timoré qui loue, dans un vieil immeuble respectable, un appartement vacant depuis peu (la précédente locataire, une jeune femme apparemment dépressive, s'est défenestrée). Rapidement, il va devenir la cible de ses voisins, qui vont le harceler pour qu'il ne fasse pas de bruit, faire sans cesse des allusions à la précédente locataire, et le pauvre homme va, progressivement, basculer dans la folie. Le film, immense, est un chef d'oeuvre de tension psychologique, une oeuvre flippante par moments (la scène des toilettes, nocturne, vous retournera la tête), angoissante au possible. Un film qui rend fou. Les acteurs sont prodigieux : outre Polanski, très très convaincant, on a Isabelle Adjani, Melvyn Douglas, Shelley Winters, Jo Van Fleet, Lila Kedrova, Bernard Fresson, Rufus, des apparitions rapides de Michel Blanc, Josiane Balasko, Bernard-Pierre Donnadieu, Claude Piéplu, Gérard Jugnot, Romain Bouteille, Eva Ionesco, Jacques Monod... Pour moi, ce film est  le meilleur du réalisateur, en tout cas un de ses cinq plus grands films. Sa musique (à base d'un glass-harmonica, un assemblage de verres de cristal qu'on fait 'chanter' avec les doigts), signée Philippe Sarde, qui apparaît rapidement dans la scène du cinéma, est immense et participe à l'atmosphère oppressante et étrange. Un film à voir à tout prix, d'autant plus qu'il n'a pas eu de chance à sa sortie (pas un succès monumental). Un an plus tard, le scandale arrive, et Polanski va mettre deux ans avant de refaire un film.

c7397062f3b85e83ddd9dab5d56ca7d2--roman-polanski-46f85fd186c1e

Ce film, sorti donc en 1979, c'est Tess, adaptation du roman Tess D'Uberville de Thomas Hardy. Long de 3 heures (le film le plus long du réalisateur), c'est un film qu'il voulait faire depuis un moment, envisageant de donner le rôle à Sharon Tate, et le film lui est dédié. Produit par Claude Berri, c'est un des plus beaux succès commerciaux et surtout critiques du réalisateur, et il est interprété par Nastassja Kinski, Peter Finch, Leigh Lawson. Arielle Dombasle joue un petit rôle. Je sais, on s'en fout. Le film se passe dans l'Angleterre victorienne et raconte la vie d'une jeune fille de paysans qui, après avoir appris que sa famille descendrait d'une ancienne famille aristocrate ayant perdu ses terres et sa fortune, va essayer de réussir sa vie dans la grand monde en cotoyant des cousins fortunés, en essayant de se faire accepter d'eux. Mais la frontière entre ses origines rurales et la vie aristocrate est trop dure. Magistralement interprété, le film est aussi et surtout un enchantement visuel, une sublime reconstitution de l'Angleterre du XIXème siècle, à la photographie impeccable (par moments, on pense à Barry Lyndon ou aux Duellistes). Bien que long, Tess est une splendeur et est, globalement, passionnant. Le tournage et surtout le montage (qui prendra un an) seront si épuisants pour Polanski qu'il pensera arrêter le cinéma. Il va en tout cas mettre 7 ans (à la sortie du film et jusqu'à la sortie du suivant) avant de faire un autre film. Ce film, sorti en 1986, c'est Pirates, interprété par Walter Matthau, Cris Campion, Charlotte Lewis et Richard Pearson (on y trouve aussi Ferdy Mayne, Daniel Emilfork, Emilio Fernandezet Roy Kinnear). Un film franco-tunisien (produit par Tarak Ben Ammar), qui bénéficiera d'un budget assez important, un vrai bateau ayant été fait spécialement pour le film. Hélas, ce film d'aventures, léger et totalement réussi, sans doute le meilleur film de pirates jamais fait, sera un retentissant échec commercial, un des pires (avec Quoi ?) de Polanski, mais une vraie pile, qui a failli mettre à mal la carrière du réalisateur. C'est dommage, car Pirates est une belle réussite, un film bien divertissant. On notera que jusqu'aux films avec Johnny Depp, les films de pirates auront bien du mal à marcher au cinéma, celui-ci ne fait donc pas exception.

Frantic19022570

Deux ans plus tard, Polanski tourne, à Paris, Frantic, un thriller interprété par Harrison Ford, Emmanuelle Seigner (que Polanski rencontre sur le tournage, ils se marient en 1989 et sont toujours ensemble ; Frantic est le deuxième film qu'elle a fait), Betty Buckley, Gérard Klein, Laurent Spielvogel, Alain Doutey, Dominique Pinon, Artus De Penguern, Yves Rénier... Le film raconte le calvaire d'un médecin américain qui, de passage à Paris avec sa femme à l'occasion d'un congrès scientifique, plonge dans le cauchemar : sa femme est enlevée et la police française semble ne faire aucun effort pour la retrouver. Alors il décide, étranger en terre étrangère, ne connaissant pas bien la langue et ne connaissant personne, de faire son enquête lui-même... Film oppressant, Frantic est un excellent film, pas le sommet de Polanski, mais un film vraiment réussi, dans lequel Harrison Ford est très convaincant. Echec commercial aux USA, le film marchera mieux en France, et est depuis considéré, par certains critiques américains, comme étant un des meilleurs films du réalisateur. Quatre ans plus tard, en 1992 donc, Polanski réalise Lunes De Fiel, d'après un roman de Pascal Bruckner. Le film est interprété par Peter Coyote, Emmanuelle Seigner, Hugh Grant, Kristin Scott-Thomas. Sur un bateau de croisière, en Inde, un couple de jeunes Britanniques fait la connaissance d'un autre couple, étonnant : un Américain infirme et quinquagénaire et une jeune danseuse française. Oscar, l'Américain, va raconter sa vie à Nigel, l'Anglais : lui et sa jeune femme vivent une relation de domination/soumission, et ce n'est pas elle la soumise, bien au contraire... Un film sulfureux, qui fera parler de lui à sa sortie en raison de scènes assez osées. Ce n'est cependant pas un très grand film, ni de Polanski, ni en général. 

18463454

En 1994, Polanski adapte une pièce de théâtre (ce qui se ressent à voir le film, qui se passe essentiellement dans un seul endroit)d'un dramaturge chilien, Ariel Dorfman, lequel a été victime (mais en a réchappé) du régime de Pinochet. Le film (comme la pièce) porte aussi le nom d'une oeuvre de Schubert : La Jeune Fille Et La Mort, oeuvre que l'on entend évidemment dans le film. Interprété par Sigourney Weaver, Ben Kingsley et Stuart Wilson, c'est un drame psychologique qui se passe dans un pays d'Amérique du Sud non cité, peut-être fictif, mais inspiré par le Chili et l'Argentine. Après des années de dictature, un nouveau régime, démocratique, a pris la place. Un avocat est chargé de diriger une commission d'enquête sur les crimes de la dictature. Le soir de sa nomination, il crêve un pneu sur la route de chez lui, et son voisin, médecin, le raccompagne chez lui. La femme de l'avocat, ancienne torturée sous le régime dictatorial, croit reconnaître en Miranda (le médecin) un de ses anciens tortionnaires. La soirée s'annonce mouvementée... Ayant choisi des acteurs n'ayant pas la 'gueule de l'emploi' (Kingsley était célèbre pour avoir joué Gandhi, ainsi que le comptable juif dans La Liste De Schindler ; Stuart Wilson, lui, avait l'habitude de rôles négatifs, mais pas ici) afin de bouleverser les codes, Polanski livre ici un film intense, prenant et rempli d'un suspense douloureux et oppressant. On s'imagine à la place de Sigourney Weaver, dont le personnage fut atrocement torturé, et on se dit que si jamais on se trouvait face à son bourreau, la tentation de se faire justice soi-même serait trop forte pour y résister. Qui est le bourreau, ici ? Celui de la dictature, ou la victime qui se fait vengeance ? Un film remarquable, sans doute un de mes préférés du réalisateur. 

32691528359-b-le-pianiste

En 1999, Polanski adapte un roman d'Arturo Perez-Reverte, Club Dumas. Le film s'appelle, lui, La Neuvième Porte (le roman est nettement supérieur) et est une coproduction franco-américano-espagnole tournée essentiellement en France. Le film est interprété par Johnny Depp, Lena Olin, Frank Langella, Emmanuelle Seigner,  on y trouve aussi Willy Holt (qui fut décorateur de cinéma), Catherine Benguigui et Barbara Jefford. C'est un film fantastique tournant autour du satanisme. Un collectionneur en livres rares engage un expert en livres anciens, Dean Corso, afin que ce dernier lui déniche les deux derniers exemplaires existants d'un antique livre d'invocation satanique, Les Neuf Portes Du Royaume Des Ombres. Corso parcourt l'Europe à la recherche de ces livres, mais la piste de ces livres va se joncher de morts curieuses et de faits étranges. Un film doté d'une atmosphère lugubre et ésotérique, mais qui, hélas, se plante impérialement (c'est encore plus fort que 'royalement') et sombre dans le ridicule au fur et à mesure que le film avance. D'un roman remarquable, Polanski a fait un film mineur et au final même franchement embarrassant, malgré de bons moments. Après un tel naufrage, Polanski chute un peu, mais il va considérablement remonter la pente avec l'adaptation de l'autobiographie du pianiste polonais Wladyslaw Szpilman (qui est mort en 2000, alors que le scénario était en rédaction) : Le Pianiste. Palme d'Or à Cannes, récompensé par 7 Césars (dont meilleur film) et 3 Oscars, le film raconte l'histoire d'un pianiste polonais juif pendant la Seconde Guerre Mondiale, qui va se cacher et errer dans le ghetto de Varsovie pour éviter la déportation. Adrien Brody et Thomas Kretschmann sont hallucinants dans ce film dur, intense, prenant, qu'il est impossible de regarder sans penser à la vie de Polanski, qui a vécu, enfant, dans le ghetto de Cracovie et dont une partie de la famille n'est pas revenue des camps (lui y a échappé). On comprend qu'il n'y avait que lui pour faire ce film. A noter qu'à la base, Spielberg avait proposé à Polanski de faire La Liste De Schindler, mais Polanski refusera, ne se sentant alors pas près de faire un film sur un sujet le touchant aussi profondément. C'est sa rencontre avec Szpilman qui le convaincra d'adapter son autobiographie et, donc, de faire un film sur ce sujet douloureux. Un immense cru de Polanski. 

Oliver-TwistThe_Ghost_Writer

En 2005, Polanski signe encore une adaptation de roman, il doit faire partie des réalisateurs (avec Kubrick) ayant le plus adapté des romans. Le roman en question est un grand classique de la littérature, signé Charles Dickens. Le film, Oliver Twist, tourné en République Tchèque (le film est une coproduction entre ce pays, la France, l'Angleterre et l'Italie), est interprété par Barney Clark, Ben Kingsley, Mark Strong, et raconte l'histoire, pleine de rebondissements, d'un jeune orphelin dans l'Angleterre victorienne, qui va vivre sa vie de gamin des rues, au sein d'un gang de jeunes voleurs. Dans le rôle-titre, Barney Clark, 12 ans à l'époque, est excellent, et d'une manière générale, les acteurs sont excellents. C'est une très bonne adaptation du classique de Dickens, que Polanski a fait afin de changer un peu de l'ambiance sombre de ses précédents films. C'est à sa femme, Emmanuelle Seigner, qu'il doit d'avoir fait ce film, c'est elle qui lui a proposé l'idée. Sans être un chef d'oeuvre, c'est une très belle adaptation, qui plaira aussi bien aux plus jeunes qu'aux adultes. Cinq ans plus tard, en 2010 donc, sort The Ghost Writer, encore une adaptation de roman (de Robert Harris, qui a cosigné l'adaptation avec Polanski). La postproduction de ce film a été marquée par l'arrestation, en Suisse, de Polanski, rapport au scandale de 1977. Il passera quelques mois en prison puis en résidence surveillée, en Suisse. Le film, interprété par Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams, Kim Cattrall, James Belushi, Tom Wilkinson et Timothy Hutton, est une réussite remarquable (qui obtiendra de nombreuses récompenses). Un nègre littéraire, ou ghost writer en anglais, est engagé pour terminer les mémoires d'Adam Lang, ancien Premier Ministre britannique, qui vit quasiment reclus dans une belle propriété située à Martha's Vineyard, une île au large du Massachusetts. Le précédent ghost writer est mort dans un accident étrange (tombé du ferry). Alors qu'il s'installe dans la maison afin de travailler sur les mémoires avec Lang, un scandale mettant en cause Lang retentit, on l'accuse de complicité de crimes de guerre. Dans ce contexte, il doit quand même travailler sur l'autobiographie de Lang, qui se doit d'être idyllique... Acteurs remarquables (Brosnan dans un rôle plus sombre que d'ordinaire, McGregor tout en retenue), scénario parfait, ce film est un des meilleurs de Polanski.  ce jour, sans doute son dernier grand film sorti. Et je sais que cette phrase tue le suspense de la fin d'article, mais j'y peux rien. 

Carnagecesar-nominations-lavenusalafoururre

En 2011, Polanski adapte une pièce de théâtre de Yasmina Reza, Le Dieu Du Carnage, qu'il renomme Carnage. Film très court (80 minutes), cette coproduction franco-germano-hispano-polonaise, tournée en France mais se passant à New York, est constituée d'une distribution essentiellement américaine : Jodie Foster, John C. Reilly, Kate Winslet et Christoph Waltz (OK, ces deux dernier ne sont pas ricains). Comédie dramatique sobrement réalisée (c'est une pièce de théâtre à la base, ça se ressent dans l'écriture et la réalisation), le film parle de deux couples qui vont se déchirer, se friter à cause d'une tension entre leurs enfants respectifs, à l'école. Un authentique jeu de massacre qui prouve que les parents sont souvent plus cons que leurs progénitures quand il s'agit de jouer à qui pisse le plus loin et est le plus fort des deux. Les acteurs sont excellents et se sont apparemment bien amusés à faire ce film qui, cependant, ne rentre pas parmi les plus flagrantes réussites de Polanski. Après trois films aussi réussis que Le Pianiste, Oliver Twist et The Ghost Writer, un film aussi sobre, court et minimaliste que Carnage surprend un peu, frustre aussi, même. Ce n'est cependant pas mauvais. En 2013, Polanski adapte une pièce de théâtre de David Ives qui, elle-même, s'inspire d'un roman de Leopold von Sacher-Masoch (le terme de masochisme vient de cet auteur et de son roman), La Vénus A La Fourrure (le roman porte aussi ce nom). Le film est interprété par Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric, et parle d'un homme voulant monter une pièce de théâtre mais n'arrivant pas à trouver l'actrice idéale pour le rôle principal. Jusqu'au jour où il la trouve en la personne d'une très extravagante jeune femme qui va littéralement l'obséder, et faire de lui ce qu'elle veut... Un film étrange, qui fait un peu penser à Lunes De Fiel par moments, vu le sujet, mais est tout de même très différent. Les acteurs sont bons, mais je n'ai pas réussi à entrer dedans, un cru mineur selon moi.

DAPRES-UNE-HISTOIRE-VRAIE-affiche

En 2017, Polanski adapte (le scénario est cosigné par Polanski et Olivier Assayas) un roman de Delphine De Vigan : D'Après Une Histoire Vraie. Horriblement mal réceptionné par la presse qui jugera le film grotesque et totalement raté, il convient de dire que c'est hélas totalement le cas. Interprété par Emmanuelle Seigner et Eva Green, et avec aussi Vincent Pérez, Josée Dayan, Brigitte Roüan, Elisabeth Quin, Noémie Lvovsky, Camille Chamoux et Dominique Pinon, c'est, selon l'affiche, un thriller psychologique qui raconte l'histoire d'une écrivaine qui a écrit un roman à succès dans lequel elle parle de sa mère. Un jour, elle reçoit des lettres anonymes dans lesquelles elle est accusé d'avoir livré sa famille en pâture au public et à la presse. Déjà éreintée par la résurgence de mauvais souvenirs que l'écriture de son livre a entraîné, et par le battage médiatique, elle n'arrive plus à écrire. Elle fait alors la connaissance d'une jeune femme qui va la comprendre et elle va s'abandonner à elle...qui, dans le film, n'est d'ailleurs appelée que par ce pronom. Sincèrement, c'est assez chiant, malgré le jeu des actrices principales. Mais ce film est clairement un des ratages (il y en à peu, reconnaissons-le) de Polanski. En espérant que son film suivant, à sortir l'année prochaine, J'Accuse, sur l'Affaire Dreyfus, avec Louis Garrel, Jean Dujardin, Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud, Olivier Gourmet et Eric Ruf, sera meilleur. Mais vu le sujet, je n'ai aucun doute à ce sujet, et j'ai hâte de voir ce film !