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Pour ce nouveau volet de "Un Oeil Sur...", encore un réalisateur qui compte énormément pour moi. Né au Chili (et originaire, par ses parents, de Russie) en 1929, toujours de ce monde et heureusement, Alejandro Jodorowsky, aussi orthographié Alexandre Jodorowsky, est un touche-à-tout, c 'est le seul terme qui convient. Cet homme, dont les enfants sont aussi acteurs et/ou musiciens (Brontis, Axel, Adan, qui se produit sous le nom Adanowsky), aura été, tout du long de sa carrière, acteur, réalisateur, écrivain, poète, artiste mime, auteur de théâtre, scénariste de BD, spécialiste du Tarot de Marseille... Bien qu'étendue (de 1953, année de son arrivée à Paris, à son dernier film en date, en 2016), sa carrière est relativement peu fournie, en ce qui concerne le cinéma : Jodo, comme on le surnomme affectueusement, n'a tourné que 8 films en tout. Il aurait pu en faire bien plus, car on compte au moins trois projets qui, plus ou moins amorcés à certaines époques, ne se feront jamais : Dune, King Shot et Sons Of El Topo (pour ce dernier, il a relance le projet, en BD). Quand il déboule en France (il possède la double nationalité, français et chilien), en 1953, il travaille avec le fameux mime Marceau, pour lequel il écrit aussi. Il se diversifie, travaillant aussi bien pour Maurice Chevalier, qu'il met en scène, qu'avec les surréalistes. En 1962, il crée, avec Roland Topor et Fernando Arrabal, le mouvement Panique.

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En 1965, il part pour le Mexique, y fonde une troupe de théâtre. C'est dans ce pays qu'il va tourner ses trois premiers films. Le premier est sorti en 1968 : Fando Et Lis. Longtemps considéré comme perdu jusqu'à ce qu'il ressorte, en DVD, en  2007, dans un coffret ("L'Univers D'Alejandro Jodorowsky") aujourd'hui vendu à prix d'or et proposant ses trois premiers films, ce premier film, en noir & blanc, est interprété par Sergio Kleiner et Diana Mariscal. C'est une adaptation d'une pièce de théâtre d'Arrabal qui raconte le périple d'un jeune homme et de sa fiancée, paraplégique et évoluant dans un fauteuil, afin de se rendre dans la mythique cité de Tar, où tout le monde trouve l'immortalité et le bonheur. Au fil de leur périple, dans un décor rocailleux et austère, ils vont subir moult épreuves, rencontrer une faune de personnages tous plus étranges les uns que les autres ; leur amour et leur foi en Tar va être mise à rude épreuve. Le film a été tourné sans artifices. Vraiment. Par exemple, la scène de la prise de sang est non truquée. Quand Fando se fait frapper ou caillasser aussi. Les acteurs ont morflé durant le tournage, le sang que l'on voit, de temps en temps, n'est pas du ketchup ou de l'encre. Le film ser projeté au Festival d'Acapulco, et sa projection sera l'objet d'un vrai scandale, une émeute, Jodorowsky et ses acteurs seront forcés de fuir les lieux, menacés de mort. Le film sera interdit au Mexique. C'est une oeuvre inclassable, étrange, pas la meilleure porte pour découvrir l'oeuvre cinématographique de Jodo (même si la découvrir chronologiquement est forcément intéressant, car on suit la progression du réalisateur), et pas son sommet non plus, mais c'est un film unique et réussi. Rien que la première séquence, montrant Lis manger une fleur, donne le ton. 

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En 1970, Jodorowsky va frapper un grand coup avec son deuxième film, qu'il interprète avec son fils (alors âgé, durant le tournage, de 7 ou 8 ans, il en avait 8 quand le film est sorti) Brontis : El Topo. Remarqué par les Beatles (Lennon et Harrison, surtout ; Lennon aidera au financement du film suivant), ce film est un western tortilla (vu sa nationalité mexicaine) et assez inclassable, chamanique. Jodorowsky a toujours été intéressé par l'occulte, l'alchimie, le mysticisme. Dans ce film, il interprète El Topo ('la Taupe' en espagnol, langue de tournage du film), un pistolero énigmatique qui arpente le désert avec son fils. Tout au long de sa route, il rencontre d'autres pistoleros, étranges, qu'il affronte. Pour l'amour d'une jeune femme, qui le met au défi d'affronter et de tuer les quatre grands maîtres du désert, il accomplit ce défi, et abandonne son fils. Commence alors une quête intérieure, métaphysique, qui va le mener à devenir le grand leader d'un groupe de parias (handicapés, déformés)... Ce film est unanimement considéré comme le premier Midnight Movie, cette catégorie de films à part auxquels on voue un vrai culte (Pink Flamingos, The Rocky Horror Picture Show, The Harder They Come, Eraserhead, notamment). Le film connaîtra un beau succès underground, par le bouche-à-oreille. C'est une oeuvre incroyable, un de ses meilleurs films, qui doit autant à Sergio Leone et Sam Peckinpah qu'au surréalisme et à Jodorowsky lui-même. Je dois cependant dire que je préfère la première partie (western) à la seconde, très belle elle aussi. Mais l'ensemble du film est remarquable. A la suite de ce film, Jodorowsky le voit se faire distribuer par ABKCO Films, la société d'Allen B. Klein, alias le "Dégraisseur de mammouth", un businessman qui était chargé de gérer les Rolling Stones et les Beatles (depuis 1968), ce qui occasionnera, pour ces deux groupes, des emmerdes financières et tensions. 

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Le film suivant de Jodorowsky sera financé en partie par le couple LennOno, et distribué par ABKCO Films. D'ailleurs, une grosse, grosse brouille entre Jodorowsky et Klein fera que par la suite, et pendant des années, on pensera le film perdu, seules des copies VHS de très mauvaise qualité, et parfois incomplètes, circuleront, avant la restauration de 2006, miraculeuse. Ce film, sorti en 1973, c'est bien entendu La Montagne Sacrée. Ci-dessus, vous avez l'affiche originale française et celle de la ressortie de 2006 (et sortie DVD l'année suivante). Ce film, tourné en anglais et au Mexique, est interprété par Jodo lui-même dans le rôle de l'Alchimiste. On y trouve aussi des acteurs peu connus, certains étaient même probablement des non-professionnels, et selon Jodo lui-même, pas mal d'entre eux sont aujourd'hui morts, certains étaient drogués. La drogue circulait d'ailleurs pendant le tournage, la scène de l'hallucination morbide après la prise d'un champignon est non truquée. Parmi les acteurs, notons Valérie Jodorowsky, qui était la femme de Jodorowsky. Le film, vaguement inspiré d'un roman inachevé de René Daumal (Le Mont Analogue), raconte, en trois parties bien distinctes (le film dure 110 minutes), le périple d'un mendiant à l'allure christique, et sans nom (il ne parle pour ainsi dire pas) qui, après des errances dans une ville cauchemardesque remplie de vice et de violence va rencontrer, en haut de sa haute tour, un Alchimiste qui va, après initiation, lui faire rencontrer sept personnes, des puissants (businessmen, chef de guerre, etc), tous représentant, symboliquement, une planète du système solaire (Vénus, Mars, Saturne...). Ensemble, ces neuf personnes (l'Alchimiste et le mendiant sont du voyage) partent ensuite, après une longue initiation, à la quête de la Montagne Sacrée, afin d'y déloger les neuf Immortels qui s'y trouvent et prendre leur place pour devenir, à leur tour, immortels. Le film est tellement rempli de symboles divers (religieux, occultes ; de la Kabbale, des Rose-Croix, du Tarot, de l'alchimie...) que Jodorowsky lui-même aurait dit ne pas en avoir fait le tour ! C'est un film fort, brutal et violent par moments, totalement dingue et libre, parfois choquant, toujours enivrant. Le final m'a, la première fois, fortement frustré, mais je me rends compte maintenant que c'est probablement le seul logique. Si la première et la dernière partie sont excellentes, celle du milieu, sur la dépiction individuelle, en de petites saynètes, des puissants, est la meilleure. Le film, mon préféré du réalisateur et mon préféré tout court (oui), est ahurissant. Mais attention : entre la violence de certaines scènes (sans parler de détails sexuels assez osés) et le côté très alambiqué, La Montagne Sacrée n'est pas pour tout le monde. Déjà, comme le précédent film, il est interdit aux moins de 16 ans. Mais même certains adultes trouveront le film un peu too much pour eux !

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Après ce film culte, Jodorowsky, désormais basé en France, collabore avec le producteur Michel Seydoux. Mais aussi avec le dessinateur de BD Jean Giraud, alias Moebius. Le prochain projet du franco-chilien est totalement dingue, et lui prendra un max de temps durant la période 1974/1975, pour au final ne pas aboutir, pour des histoires de budget et de financiers frileux du chéquier. Jodorowsky avait l'intention d'adapter le roman Dune de Frank Herbert (1962), un des piliers de la SF, une oeuvre colossale. Colossal est le terme qui convient pour parler de ce projet avorté qui aurait donné, sans aucun doute, un film hors-normes. Toute l'histoire autour de ce projet est si dingue qu'un film documentaire, Jodorowsky's Dune, sera fait en 2013, le second visuel au-dessus de ce paragraphe en est l'affiche, j'encourage tout le monde à la voir : entre interventions des principaux intéressés (Jodo, son fils Brontis, Seydoux, notamment, et plein d'autres) et images rares, ce documentaire passionnant donne une méchante envie de voir un film...qu'il est impossible de voir pour cause de non-existence, rien n'ayant été filmé, le projet ayant été abandonné juste avant le coup d'envoi du tournage. Jodorowsky prévoyait un film de 10 heures, avec des décors signés H.R. Giger, un très imposant storyboard (qui existe ; chaque société de distribution cinématographique en reçut un, et Seydoux dit dans le documentaire que selon lui, des éléments imaginés pour le film furent, parfois, repris pour des films ultérieurs) fait par Moebius, une bande-son signée Magma, Henry Cow, Pink Floyd et Stockhausen, et surtout, un casting de malades : Mick Jagger, Brontis Jodorowsky (qui, pour le rôle de Paul Atréides, subira un entraînement drastique d'arts martiaux, malgré son jeune âge, il avait 12 ans), Salvador Dali, Orson Welles, David Carradine, Gloria Swanson, Amanda Lear, Alain Delon, Géraldine Chaplin... Dan O'Bannon, qui bossera par la suite (comme Giger) sur Alien de Ridley Scott, était chargé des effets spéciaux. Le seul problème, outre l'incroyable too-mucherie du projet, résidait dans la personnalité de Jodorowsky : fantasque, le bonhomme, dont les précédents films étaient pour le moins étranges (et aucun ne sera un succès commercial digne de ce nom), faisait peur aux financiers, qui rechigneront dont à lui filer l'argent nécessaire pour un projet aussi dingue. Soyons francs : un tel projet, tel qu'il était envisagé, n'avait aucune chance d'aboutir. Mais personne ne peut savoir ce qu'aurait donné le film s'il avait effectivement pu être fait, sous quelque manière que ce soit. 10 ans plus tard, le producteur Dino De Laurentiis lance une adaptation du roman, qui sera faite par David Lynch. Un film culte aussi (que Lynch désavoue) et qui est aussi éloigné du projet initial, dont il ne s'inspirait pas, que le sel l'est du sucre. 

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Après ce projet avorté, Dan O'Bannon fait une dépression telle qu'il file en asile, pendant un petit moment (mais pas longtemps : il écrit 13 scénarii différents pendant cette période, notamment Alien). Jodorowsky, lui, est miné. Il continue son oeuvre de scénariste de BD (L'Incal avec Moebius). Sa collaboration avec Seydoux se termine. Ce n'est qu'en 1980 qu'il réalise un nouveau film : Tusk. Tourné en Inde, se passant, d'ailleurs, dans ce pays (plus précisément en Inde encore coloniale, sous protectorat britannique), le film est adapté d'un roman de Reginald Campbell, et raconte l'histoire d'amitié inter-espèces entre une jeune fille, anglaise, et un éléphant du nom de Tusk ('défense d'éléphant' en anglais). Le film est interprété par Cyrielle Clair, Anton Diffring, Christopher Mitchum (fils de Robert) et Serge Merlin et ne sera pas un gros succès, loin de là. C'est un film aujourd'hui introuvable : on peut, je crois, le visionner, en VF, sur YouTube, en qualité sans aucun doute horrible (je me souviens qu'il a été diffusé sur Canal + à la fin des années 90/début des années 2000, et sans aucun doute aussi au cours des années avant cette diffusion, mais je ne pense pas me tromper en disant que depuis cette dernière diffusion sur la chaîne cryptée - dans le cadre de la regrettée émission de Dionnet, "Cinéma de Quartier" - il n'a pas été rediffusé à la TV en France), mais il n'existe aucune édition DVD (et encore moins Blu-ray) dans le monde entier. Jodorowsky ayant renié ce film, il y à donc vraiment peu de chances pour qu'un jour, on puisse acheter un DVD ou BR (un simple DVD me suffirait amplement) de Tusk. Que vaut-il, ce film, sinon ? Bon, ben, c'est indéniablement le moins bon de ses films, c'est clair. Un film à la fois enfantin et complexe, jodorowskyien, pas violent, pas aussi dingue que La Montagne Sacrée, mais tout de même plus recherché qu'un simple film pour gosses (rappelons le sujet ? l'amitié entre une jeune fille et un éléphant, en Inde). C'est sans doute un film de commande, et ce n'est pas un grand film, mais est-ce une raison pour qu'il soit, de nos jours, aussi oublié, quasiment perdu ? A noter qu'il existe un autre film portant le même nom, et qui n'a rien à voir du tout, un film d'horreur récent sur les vampires (je crois)...

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Après ce bide (car Tusk n'a pas marché), Jodorowsky se fera discret au cinéma. Il faudra attendre 1989 pour qu'il refasse un film. Mais là, attention, c'est un chef d'oeuvre (certains estiment que c'est son meilleur film ; pour moi, son deuxième meilleur) : Santa Sangre. Tourné au Mexique, en espagnol, le film est produit par Claudio Argento, frangin de Dario, et est une coproduction italo-mexicaine. Le film est interprété par Axel Jodorowsky (un des enfants de Jodo), Adan Jodorowsky (un autre de ses enfants) dans le même rôle, mais enfant, Guy Stockwell, Bianca Guerra et Thelma Tixou. C'est un film sombre, onirique et violent, sanglant aussi (interdit aux moins de 16 ans) qui raconte l'histoire de Fénix, dont le père, un lanceur de couteaux tatoué, dirige un cirque, et dont la mère est prêtresse dans la secte du Sang Sacré. Elle est aussi trapéziste et acrobate. Fénix est ami avec une jeune sourde-muette, Alma, qui est mime dans le cirque. Le père de Fénix est volage, il trompe sa femme avec une femme tatouée. Un soir, la mère de Fénix, après avoir enfermé son fils dans la caravane pour qu'il assiste à la scène, surprend le couple adultère. Elle jette de l'acide sur son mari, notamment sur ses couilles et celui-ci, fou de douleur, tranche, avec ses couteaux, les deux bras de sa femme, avant de s'enfuir, et de mourir dans la rue. La maîtresse, elle, s'est enfuie, emmenant Alma avec elle. Des années plus tard, Fénix, adulte, vit dans un asile, se prenant pour un oiseau. Au cours d'une sortie, il reconnaît, dans le quartier des prostituées, la femme tatouée. Ivre de vengeance, il trouve le réconfort dans sa mère, qui le fait sortir de l'asile. Il devient ses bras, les bras de la vengeance... Un film puissant, brutal et violent, à réserver aux personnes averties. C'est une oeuvre quasiment psychanalytique, d'une beauté sauvage, qui est peut-être le plus beau film de Jodorowsky, même si je lui préfère La Montagne Sacrée. Mais Santa Sangre est un film aussi inclassable qu'essentiel. Comment un film peut-il être aussi beau que violent ? 

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En 1990, Jodorowsky réalise un film qui, tout comme Tusk, est aujourd'hui bien oublié. Il n'existe pas en DVD chez nous, seulement en Z1 ou alors dans d'autres pays d'Europe. Ce film, qui n'est pas sorti en salles aux USA malgré son casting, c'est Le Voleur D'Arc-En-Ciel, dont il a été question, fut un temps, d'une édition DVD en France, mais on l'attend toujours. Le film est aujourd'hui, comme Tusk, renié par Jodo, ce qui laisse donc peu d'espoir sur une sortie DVD. Et je pense qu'il n'est jamais passé à la TV en France. Le casting est pourtant alléchant : Omar Sharif, Peter O'Toole (avec qui Jodorowsky s'entendra remarquablement mal), Christopher Lee. Le film raconte, je ne vais pas rentrer dans le détail car je ne l'ai pas revu depuis un sacré bail et n'ai pas l'a possibilité de le faire, de deux hommes vivant dans les égouts, Dima et Meleagre. Ce dernier est le neveu d'un richissime excentrique qui, depuis une attaque, vit dans le coma. S'il meurt, l'héritage ira à Meleagre, selon toute probabilité. Mais alors que Rudolf (l'oncle dans le coma de Meleagre) meurt, on apprend qu'il a en fait légué sa fortune aux Rainbow Girls, des prostituées qui étaient les favorites de Rudolf, à la condition qu'elles s'occupent de ses nombreux et adorés chiens... Dans mes souvenirs, le film était du pur Jodorowsky édulcoré : toujours cette fascination pour l'étrange, les corps déformés, les freaks (il y en à dans tous ses films), mais Le Voleur D'Arc-En-Ciel est, comme Tusk, du Jodo adouci, presque tous publics. Le film, qui ne sortira pas partout, sera un échec commercial. Jodo dira qu'il a détesté le faire, qu'il ne l'aime pas. Force est de constater que ce n'est pas un grand film. Mais comme pour Tusk, est-ce une raison pour le laisser ainsi dans cet oubli médiatique ?

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Après ce bide (oui, ça ressemble au début d'un des précédents paragraphes, so what ?), Jodorowsky semblera arrêter le cinéma. Durant les années qui iront de 1990 à 2013, il envisage de faire King Shot, un western avec Marilyn Manson et Nick Nolte, puis une suite à El Topo. Les deux projets capoteront (King Shot a vraiment failli se faire). Il fait un petit peu l'acteur (très peu). Ses films ressortent en DVD (et en salles) en 2007 pour ses trois premiers, en 2008 ou 2009 (en DVD) pour Santa Sangre. Ca lui apporte un peu plus de notoriété. En 2013, il renoue avec le producteur Michel Seydoux, et réalise La Danza De La Realidad, film inspiré par son enfance au Chili. Poétique et étrange, parfois obscène et parfois gentiment au bord du risible (la mère de Jodo, jouée par Pamela Flores, chante chacun de ses mots, elle ne parle jamais normalement), le film est interprété par son fils Brontis dans le rôle du père de Jodorowsky, Jaime, un vendeur de lingerie qui veut que son fils soit un homme et pas une tarlouze. Jeremias Herskovits joue Jodo enfant. Le film est une sorte d'autobiographie imaginaire, Jodorowsky aborde de vrais éléments de sa vie, en imagine d'autres, en enjolive certains. Il apparait lui-même aux côtés de son lui-enfant, comme un ange gardien. Le film, tourné au Chili, est une splendeur absolue. Trois ans plus tard, il en signe, et c'est à ce jour son dernier film, la suite : Poesia Sin Fin. Un film tout aussi beau, sans doute même un peu meilleur (pas moins bien, en tout cas), avec toujours Brontis dans le rôle du père, et Adan Jodorowsky dans le rôle de Jodo jeune adulte, qui découvre la poésie, l'amour et s'émancipe. A la fois drôles et tristes, touchants et étonnants, burlesques et obscènes, ce film et son prédecesseur sont en quelque sorte le testament cinématographique (vu son grand âge, 90 ans l'année prochaine, je ne pense pas qu'il refera un film, même si j'aimerais évidemment qu'il le fasse) de Jodorowsky. Une oeuvre inclassable et quasi parfaite, malgré deux films un peu ratés, qu'il est aujourd'hui, de plus, difficile de voir.