Le_Monde_perdu_Jurassic_Park

Spoilers...

Inutile de le nier : Jurassic Park, que Steven Spielberg a réalisé en 1993, reste un sacré bon film. Je l'ai revu récemment, et ça faisait un petit moment que je ne l'avais pas vu, et je me suis éclaté comme au bon vieux temps, comme si je retrouvais un vieux pote. Je le connais par coeur, mais ses meilleurs moments (le prologue, qui est un des meilleurs que je connaisse ; l'attaque nocturne du T-Rex qui marque d'ailleurs sa première apparition dans le film ; la traque, dans la cuisine, des vélociraptors contre les deux enfants ; et bien entendu la première apparition, pacifique et sublime, des dinosaures) restent sensationnels. Oui, bien que vieux de désormais 25 ans, Jurassic Park premier du nom, adaptation du best-seller de Michael Crichton, est un des meilleurs films de Spielberg, il le reste, et il reste aussi bon qu'au moment de sa sortie. Il était quasiment inévitable, en 1993, que Spielberg fasse une suite. Ce qui sera chose faite quatre ans plus tard, en 1997. A ce moment précis de l'article, je tiens à dire quelque chose d'important, alors ne venez pas me gueuler dessus si vous n'avez jamais vu les deux films (peu probable), jamais lu les deux romans (ça peut arriver sans problème) et ne voulez rien savoir des intrigues. Je vais spoiler. Je le précise en haut, mais je le reprécise ici. Alors sautez ce paragraphe, si vous vous sentez concernés. Dans le roman initial de Crichton, Le Parc Jurassique, le personnage de Ian Malcolm, joué par Jeff Goldblum dans le film, meurt. Ainsi que le propriétaire du parc, Hammond, joué par Richard Attenborough dans le film. Or, dans le film, aucun de ces deux personnages ne meurt. Spielberg, pour sa suite, voulait que Jeff Goldblum reprenne son rôle, ce qu'il fit. Mais Spielberg a fait mieux que faire une suite : il a carrément demandé à Crichton d'écrire une suite, afin d'en faire l'adaptation cinéma (achetant les droits d'adaptation dès que ce fut possible de le faire). Crichton a donc dû ressusciter un personnage qu'il avait fait mourir dans son premier roman, c'est pas con, tout ça ?

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- C’est magnifique...
- Oh oui. « Ouh ! », « Ah ! » Ça commence toujours comme ça. Et puis après il y a des « sauve qui peut », et puis il y a des hurlements... 

Le roman de Crichton s'appelle Le Monde Perdu (le même titre que le fameux roman de Conan Doyle qui parle d'un monde...perdu rempli de dinosaures), et le film de Spielberg, sorti donc en 1997 à grand renfort de publicité, s'appelle Le Monde Perdu : Jurassic Park. Je me souviens encore parfaitement du contexte au moment de la sortie du film. Spielby n'avait rien fait depuis La Liste De Schindler (1993, comme Jurassic Park). Lui qui, les Indiana Jones mis à part, n'avait jamais encore réalisé de suite à un de ses films (refusant, en 1978, de faire Les Dents De La Mer 2), se jette donc à l'eau avec ce projet. Il était attendu, ce film, putain, qu'il était attendu ! Un des plus gros succès commerciaux du cinéma (le film de 1993), doublé d'une prouesse technologique (pour l'époque, le rendu visuel était épatant ; et n'a pas mal vieilli du tout, au passage), forcément, ça donnait envie d'en voir plus. Aussi, le succès du Monde Perdu était quasiment garanti. Commercialement, le film a bien marché. Très bien, même. Les critiques furent, en revanche, au rendez-vous pour assaisonner le film encore mieux qu'une bavette d'aloyau sur le gril d'un restaurant. Et après coup, les spectateurs durent se rendre à l'évidence : avec cette suite, Spielberg s'est laissé aller, chose qui ne lui était encore jamais vraiment arrivée (on peut estimer qu'avec Hook, en 1990, que j'aborderai ici un jour histoire d'avoir fait tous les films de Spielberg, il s'est laissé aller à trop de mièvrerie et d'originalité, sans rien vraiment contrôler). Il a joué à fond la carte de la surenchère, chose que Joe Johnston, pour Jurassic Park III, réalisé après des années de silence dinosaurien, saura éviter (la courte durée du troisième volet, bien loin des deux heures habituelles, y est pour beaucoup), de même que Colin Trevorrow pour le très bon Jurassic World (pas vu encore le dernier volet en date, qui vient de sortir en DVD/BR). 

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Le film est interprété par Jeff Goldblum, Julianne Moore, Vince Vaughn, Pete Postlethwaite (qui, un an plus tard, jouera dans un autre Spielberg, le sous-estimé Amistad), Arliss Howard (Cowboy dans Full Metal Jacket), Peter Stormare, Vanessa Lee Chester, Richard Attenborough (qui reprend rapidement le rôle de Hammond). Spielberg apparaît en caméo, bouffant du popcorn, de même que le scénariste du film, David Koepp et le réalisateur Eli Roth. Je crois que Koepp est crédité (son personnage se fait bouffer par un dinosaure), mais pas Roth (un mec dans le métro, lisant un journal), ni Spielby. Le film joue à fond la carte du vous avez aimé le premier volet et avez trouvé qu'il y aurait pu y avoir encore plus de dinosaures et d'action, spéciale dédicace à vous. Le premier volet possédait un scénario certes classique (un parc d'attraction totalement révolutionnaire, avec de vrais dinosaures recrées par les miracles de la génétique, est ouvert en avant-première à des invités triés sur le volet pour approbation, et tout part en couilles assez rapidement) mais bien écrit, bien adapté, dans l'ensemble, du roman. Le deuxième volet se résume à on est sur une île avec des dinosaures qui nous attaquent, faut se barrer fissa. Je n'ai pas lu le deuxième roman, mais je sais que la dernière partie du film, qui paie son tribut de malade à King Kong, a été inventée pour le film. Et c'est la chose la moins réussie du film, ce qui pose un souci ! Mais le vrai gros souci, c'est l'histoire. Ian Malcolm, qui a survécu aux intéressantes mais dramatiques péripéties du premier volet, se voit contraint de rempiler, afin d'aller sur Isla Sorna, une île du Costa Rica située non loin d'Isa Nublar, sur laquelle se trouve le parc. Il a en effet appris que sa fiancée, Sarah Harding (Julianne Moore), scientifique comme lui, est sur place, ayant été envoyée par InGen, la société de Hammond, afin de faire des recherches sur des dinosaures qui s'y trouvent en totale liberté, ayant été élevés par InGen avant d'être mis dans le parc.  

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Malcolm, réticent à partir là-bas à la base, accepte d'y aller pour rejoindre sa fiancée. Il part avec deux autres scientifiques (dont Vince Vaughn). A son arrivée, il découvre que Kelly (Vanessa Lee Chester), sa fille de 13 ans, a clandestinement embarqué, et qu'il est trop tard pour la renvoyer aux USA. Parallèlement, Peter Ludlow (Arliss Howard), le neveu de Hammond, qui cherche à obtenir la présidence d'InGen, est sur place avec une équipe de chasseurs menés par Roland Tembo (Postlethwaite), qui organisent de véritables safaris afin de capturer le plus de dinosaures, et notamment le T-Rex, dans le but de les ramener aux USA : Ludlow a en effet pour but d'ouvrir un Jurassic Park à San Diego, Californie. A Isla Sorna, les deux équipes, celle de Ludlow et Tembo, sans scrupules, et celle de Malcolm, Sarah et des autres scientifiques, pacifistes et là pour explorer et observer, vont "s'affronter", mais face aux dinosaures, et en territoire qui leur est hostile (l'île n'est qu'une gigantesque jungle), peu importe qu'il y ait deux groupes qui se n'apprécient pas : tous sont autant de proies pour les dinosaures les plus voraces, vélociraptors, T-Rex et autres compsognathus...

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Selon les acteurs, Spielberg n'était pas souvent là sur le tournage du film. Il se désintéressera assez rapidement du Monde Perdu après en avoir lancé la production, préférant préparer Amistad, qui lui tenait plus à coeur (l'histoire vraie d'esclaves africains révoltés accusés d'avoir tué leurs négriers à bord du bateau les emmenant aux USA, et de leur procès), et se sentant, de plus, gêné de faire un film aussi commercial après avoir fait La Liste De Schindler. Quand on sait, de plus, que Universal a laissé Spielberg faire La Liste De Schindler, film risqué (un film de 3h10 en noir & blanc, sur la Shoah...), parce qu'il avait, juste avant, fait Jurassic Park, qui était un succès commercial assuré... Pas étonnant qu'après un film aussi sombre, sérieux (et qui lui tenait tellement à coeur), Spielby se soit senti un peu bizarre à faire, surtout après au moins trois ans de pause, un projet aussi commercial que Le Monde Perdu : Jurassic Park. Par la suite, c'était déjà un peu le cas avant mais ça le sera vraiment à partir de ce point, il alternera toujours films commerciaux et films sérieux. Rien que cette année 2018, où il a sorti Pentagon Papers et Ready Player One. Ou bien Lincoln avant Le Pont Des Espions, La Guerre Des Mondes avant Munich...

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Cette suite de Jurassic Park n'est pas aussi réussie que l'original, et je sais que je vais en faire trembler plus d'un dans son slip, mais je pense sincèrement que Jurassic Park III (dans lequel on retrouve Sam Neill et Laura Dern) est meilleur que Le Monde Perdu : Jurassic Park, aussi. Si. Je maintiendrai toujours cette affirmation. Jurassic World est meilleur aussi. Mais pour mineur (dans la filmographie de Spielberg et dans la saga) qu'il est, ce deuxième volet, bien qu'outrancièrement commercial, assez bancal, et très très à fond dans la surenchère (le final, avec le T-Rex dans les rues de San Diego est non seulement un calque - volontaire - de King Kong, mais il est inutile ; comme je l'ai dit, il n'est pas tiré du roman ; l'année suivante, Emmerich sortira son Godzilla, dont la bestiole ressemble beaucoup au T-Rex de Jurassic Park, et il est difficile de ne pas comparer la fin du Monde Perdu avec Godzilla), contient quand même d'excellents moments : le prologue, très réussi ; la scène du safari, les véhicules des hommes de Tembo pourchassant, en un retentissant stampede, des dinosaures du genre paisibles ; ou la scène de l'attaque du T-Rex, encore une fois nocturne, ainsi que celle du camion-laboratoire au bord du précipice. Les acteurs sont soit bons (Goldblum, Moore, Postlethwaite), soit en font trop (Howard, Stormare). Les personnages sont, globalement, surtout les méchants, caricaturaux. Après, les effets spéciaux sont au moins aussi bons que dans le premier volet, si ce n'est meilleurs encore. La réalisation est solide : même si Tonton Steven n'a apparemment pas été présent tout du long et a donc du déléguer à sa seconde équipe pas mal de trucs, ça ne se ressent en rien dans le film. L'histoire est conne comme une blague Carambar dont il manque la moitié du texte suite à un déballage maladroit, et la durée du film, 2h10, se ressent quand arrive la dernière partie du film, vraiment en trop. Au final, ce film est incontestablement un des trois moins bons films du réalisateur avec Hook (le pire) et Le Terminal (pas mauvais, mais quasiment 'indigne' de Spielberg). Malgré ça, il reste un assez bon divertissement du samedi soir. Ou du dimanche soir.

Mais pas du mercredi.