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Pour ce nouvel épisode de "Un Oeil Sur...", place à un de mes réalisateurs de putain-de-chevet, mort en 1984 à l'âge de 59 ans, alors que son ultime film venait de sortir, j'ai nommé : Sam Peckinpah. On parle parfois de réalisateurs confrontés à des ennuis, sur un de leurs films, avec leurs producteurs ou distributeurs. Par exemple, John McTiernan avec son (épouvantablement mauvais) remake de Rollerball, ou bien Kubrick avec Orange Mécanique (rapport à la violence du film). Sam Peckinpah, lui, a été victime de ce genre de coups du sort quasiment à chacun de ses films. J'y reviendrai un peu plus en détails à chaque fois, mais sachez que bien peu nombreux sont les films de Peckinpah à ne pas avoir été remontés, contre l'avis du réalisateur (ou par le réalisateur, à contrecoeur), ou à ne pas avoir été victimes de coupures ! Peckinpah est aussi un réalisateur confronté, comme le fut Don Siegel (et Clint Eastwood en fonction de ses films), à une réputation assez collante de mec aimant la violence et avec des certains penchants pour le machisme et le conservateurisme. Force est de constater que ses films, souvent, puent la sueur et que les femmes n'y ont pas vraiment le beau rôle. Beaucoup de ses films, aussi, se passent, en partie ou en totalité, au Mexique, pays où vécut un temps le réalisateur, qui vécut un temps avec une mexicaine. Enfin, s'il s'est ensuite touné vers d'autres genres, c'est dans le western que Peckinpah a commencé sa carrière de réalisateur, et certains de ses meilleurs films en sont (des westerns). 

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Ancien Marine non-combattant (il a certes fait partie de ce corps d'armée glorieux en 1943, mais sa participation à la guerre, dans le Pacifique, fut celle d'un reporter de guerre ; il a vu des action de combat, mais n'y participera pas activement), Peckinpah, né en 1929, a commencé sa carrière sous la houlette de Don Siegel (tiens !), durant les années 50, comme assistant-réalisateur sur notamment L'Invasion Des Profanateurs De Sépultures. Sa carrière de réalisateur a commencé à la TV via des épisodes de Gunsmoke et L'Homme A La Carabine, des westerns donc. C'est en 1961 qu'il réalise son premier film de cinéma, New Mexico, sans aucun doute son film le moins connu. Son titre original est The Deadly Companions, et le film est interprété par Maureen O'Hara, Brian Keith, Steve Cochran, Strother Martin et Chill Wills. Indéniablement un des maillons faibles de la filmographie de Peckinpah, ce coup d'essai, un western, est assez sombre : lors d'une attaque de banque, un ex-soldat tue accidentellement un jeune homme. Il se propose pour escorter la mère de celui-ci avec son cercueil, car le trajet qu'elle entreprend de faire est périlleux, en plein territoire indien, et elle a besoin d'une escorte. Film sur la culpabilité et le rachat, New Mexico est, comme je l'ai dit, peu connu. Il existe en DVD, doublé en VF, mais je ne suis pas certain que le film soit sorti en France à l'époque, ou alors, avec un temps de retard. C'est à réserver aux fans du réalisateur et aux acharnés du western. 

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L'année suivante, en 1962 donc, Sam réalise son deuxième film : Ride The High Country, alias, chez nous, Coups De Feu Dans La Sierra, un titre français bien aguicheur et manquant de subtilité. Encore une fois un western (il faut attendre 1971 pour que Peckinpah change de genre), le film est interprété par Randolph Scott, Joel McCrea, Mariette Hartley et on y trouve aussi des seconds couteaux du genre L.Q. Jones ou R.G. Armstrong. Ainsi qu'un certain Warren Oates dans un petit rôle. Cet acteur sera par la suite un fidèle absolu (aux côtés notamment d'Emilio Fernandez, Ben Johnson ou Gig Young) des films de Peckinpah. Bien plus réussi que le précédent film, celui-ci raconte les aventures d'un shérif retraité qui part chercher de l'or d'une communauté d'orpailleurs, afin de le déposer en banque. Il se fait accompagner d'un ami, et du protégé de celui-ci. Mais ces deux derniers n'ont accepté d'accompagner leur ami que dans le seul but de s'emparer de l'or... Un western à l'ancienne, court (95 minutes) et franchement très bien foutu, bien que daté il faut le reconnaître. Mais dans la catégorie des westerns old school, c'est très certainement un des meilleurs représentants pour son époque. Sans être digne d'un monument, Coups De Feu Dans La Sierra, qu'on trouve en DVD à des prix très raisonnables, est le premier film de Peckinpah dans lequel on trouve ses marques de fabrique : les paumés magnifiques, les valeurs qui se perdent, la confrontation entre la jeunesse et l'expérience, et les gunfights. Je n'irai pas jusqu'à dire que tout Peckinpah est là, mais c'est le premier de ses films qui vaut le coup. Vu que c'est son deuxième, ça va !

Major Dundee

C'est en 1965 que Peckinpah va connaître ses premiers coups du sort, avec Major Dundee. Pour le coup, c'est son premier chef d'oeuvre, et le casting est des plus alléchants (c'est d'ailleurs étonnant de constater qu'un réalisateur n'en étant qu'à son troisième film, et dont les deux premiers films marchèrent bien mais sans cartonner, ait pu se payer ces acteurs !) : Charlton Heston, Richard Harris, James Coburn, mais aussi Jim Hutton, Brock Peters, Mario Adorf, Senta Berger, Warren Oates, Michael Anderson Jr, Ben Johnson, L.Q. Jones, R.G. Armstrong (les Zardi & Attal du cinéma américain !) et Slim Pickens. Le film est sorti dans une version de 115 minutes, mais à la base, en durait 280 (4h40). Il était inévitable que des coupes soient faites, ça serait idiot de dire de Peckinpah qu'il ne s'y attendait pas. Les studios (Columbia Pictures) ont cependant considérablement raboté le machin, faisant passer le film à 155 minutes, puis, au moment de sa sortie, à 115 minutes. Le film existe désormais en DVD dans une version rallongée, de 130 minutes (les passages rajoutés sont en VOST si vous regardez le film en VF), et les 150 minutes restantes sont essentiellement considérées comme perdues à jamais... Le film se passe durant la guerre de Sécession, en 1864. Le major Dundee décide de se lancer à la poursuite d'une tribu indienne venant de faire un massacre parmi des soldats et des civils, ayant notamment enlevé des enfants. Afin de monter son expédition, il enrôle des volontaires parmi des prisonniers de guerre sudistes, leur promettant sans doute de l'indulgence par la suite. C'est donc une horde de soldats des deux bords qui se lancent, dans un pays ravagé par la guerre civile, à l'assaut des Indiens... Un film passionnant et violent (c'est en grande partie à cause de ça que le film subira des coupes), un grand cru de Peckinpah, à voir absolument. 

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En 1969, le réalisateur frappe un immense coup avec ce qui restera probablement son meilleur western : La Horde Sauvage. Le film, ultra-violent (ça lui sera reproché à sa sortie, et Peckinpah dira un jour que, oui, il fait des films violents parce qu'il aime les gunfights, tout simplement ; alors que c'est sans aucun doute pour mieux dénoncer la violence qu'il en met souvent dans ses films), raconte le périple d'une bande de hors-la-lois (et d'un chasseur de primes et ses hommes, qui les traquent) à travers le Texas et le Mexique, en 1913, après un hold-up des plus sanglants. Le film est interprété par un casting de malades (parmi eux, bon nombre de trognes peckinpahiennes) : William Holden, Robert Ryan, Ernest Borgnine, Warren Oates, Ben Johnson, Jaime Sanchez, Edmond O'Brien, Emilio Fernandez, L.Q. Jones, Bo Hopkins, Strother Martin. Long de 135 minutes à sa sortie, puis de 145 minutes dans sa version Director's Cut, le film a donc subi des coupes à sa sortie : le premier montage durait 5 heures, ramené à 2h40, puis 2h20, puis 2h15 ! On trouve ici tout ce qui fait la force de Peckinpah : les gunfights haletants au cours desquels les hommes mordent littéralement la poussière, les ralentis à l'extrême (durant les gunfights, laissant apercevoir de belles giclées de sang sortant des corps à chaque impact de balle ; le chef-opérateur n'est autre que le grand Lucien Ballard), les anti-héros par excellence (aussi bien les hommes de la bande à Bishop - les hors-la-lois - que les hommes de Thornton le chasseur de primes sont tout sauf des héros, ils ont leurs failles, leurs mauvais côtés), un certain penchant pour un nihilisme total. Le fait que ça se passe à la fin de la grande époque de l'Ouest (1913) en rajoute dans le côté entropique du film : ce sont des dinosaures, qui luttent pour leur (sur)vie, et La Horde Sauvage n'est pas, loin de là, le seul film de Peckinpah qui parle de ça. Un grand film, un grand western, violent (pas autant que Soldat Bleu, mais tout de même) et prenant, malgré un petit ventre mou en son milieu, mais je chipote. Le prologue et le final sont inoubliables. 

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L'année suivante, en 1970 donc, Peckinpah réalise ce qui, par la suite, restera son film préféré (selon ses propres dires) : Un Nommé Cable Hogue. L'affiche française du film (qui, en VO, s'appelle The Ballad Of Cable Hogue) joue, pour la première fois, sur la popularité du réalisateur, La Horde Sauvage ayant, malgré la polémique autour de sa violence, cartonné. Le film, peu connu sauf des fans, est interprété par Jason Robards, David Warner, Stella Stevens, et on y trouve aussi les habitués, L.Q. Jones, Strother Martin, R.G. Armstrong et Slim Pickens. Prenant place en 1908 en Arizona, le film narre l'histoire d'un prospecteur d'or qui est lâchement abandonné par ses collègues, en plein désert. Il s'en sort cependant, après plusieurs jours de marche éreintante émaillée de prières, et va découvrir un point d'eau, autour duquel il va construire sa maison, découvrant que des diligences passent près de la source, qui est la seule des environs. Il fait donc de sa maison un relais, et fait payer aux consommateurs son eau. Un de ses clients, un prédicateur douteux, va devenir son associé. Un jour, Cable fait la connaissance d'une jeune prostituée, dont il va s'éprendre. Et il espère bien qu'un jour, ses deux connards d'amis l'ayant abandonnés dans le désert passent par le relais... Après un film violent, ce nouveau cru est un repos pour les yeux. C'est en effet un film globalement paisible, qui prend son temps, qui coule tout seul comme l'eau de la source de Cable. Les acteurs sont remarquables, la musique est sublime, la photographie (de Ballard, encore une fois) est magnifique. Le film est cependant peu connu, il passe très rarement à la TV (en fait, je ne me souviens pas l'avoir vu à la TV, mais il est vrai que, ne possédant pas les chaînes du type TCM, sur laquelle il pourrait très bien passer de temps en temps, je ne regarde jamais leurs grilles de programmes), mais il est à découvrir absolument. C'est encore une fois un western, mais dans le même genre que Butch Cassidy & Le Kid ou Il Etait Une Fois...La Révolution : un western sans en être vraiment un. 

LES CHIENS DE PAILLE

En 1971, Sam Peckinpah se diversifie : non seulement ce n'est pas un western du tout, mais le film a, de plus, été tourné en Angleterre (et est une coproduction avec ce pays et les USA). Les Chiens De Paille fait partie, avec Orange Mécanique et Délivrance, des trois films les plus emblématiques de la violence dans le cinéma des années 70. Tout comme le film de Kubrick, il a été interdit au Royaume-Uni. Le film est interprété par Dustin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan, Ken Hutchinson, David Warner (non crédité), et raconte l'histoire d'un jeune couple d'Américains venus s'installer dans la campagne britannique. Lui, David, est mathématicien, et doit se concentrer sur ses recherches. Il engage des jeunes ouvriers du village voisin afin qu'ils lui réparent la ferme dans laquelle il s'est installé avec sa femme. Mais ces jeunes sont du genre agressifs. Un jour, tout dérape alors que David, pacifiste convaincu, prend la défense de l'idiot du village, accusé de meurtre. Peu de temps après, sa ferme est attaquée, sa femme violentée. De pacifiste, pour sa survie, David va peu à peu prendre les armes, prêt à tout pour se défendre... Brutal, violent, sans concessions, une sorte de Le Vieux Fusil moderne, ce film est une totale réussite qui laisse un gros goût de cendres dans la bouche. Dustin Hoffman est juste excellent (c'est un de ses meilleurs rôles, il est enchaînera par la suite) dans le rôle de ce pacifiste prenant les armes pour se défendre. Le film sera source de controverse, la scène du viol, longue, est insoutenable. Une autre scène de violence sexuelle fut retirée, et certains penseront que Peckinpah a voulu faire une apologie du viol, et que la victime ne semble pas si victime que ça. En dehors de la polémique et des différentes coupes et interdictions, le film reste franchement traumatisant, et est une belle réussite dans le genre. Pour spectateurs avertis.

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En 1972, non pas un, mais deux films de Sam Peckinpah. Et tous deux avec Steve McQueen. Le premier, c'est Junior Bonner, Le Dernier Bagarreur, sans aucun doute un de ses plus beaux films, mais aussi un de ses moins connus. C'est le film de Peckinpah ayant eu le moins de bol avec le DVD : il existe sous ce format, mais dans une antique édition absolument épouvantable proposant le film en VF uniquement (déjà, rien que ça...), avec une qualité visuelle digne d'une VHS de bonne qualité mais pas plus, et entièrement recadré, sauf pour les génériques. Si on y rajoute une jaquette DVD immonde et un résumé erroné au dos, c'est la totale. Evidemment, aucun bonus. Pas de Blu-ray, et si le film existe en DVD dans d'autres pays, j'espère que la qualité y est meilleure. Ce film ne passe, de plus, jamais à la TV, c'est donc la seule façon de le voir, et pas la meilleure. L'histoire ? Junior Bonner est un champion de rodéo un peu paumé, qui rentre chez lui, à Prescott en Arizona, afin de concourir aux festivités organisées chaque 4 juillet, et aussi et surtout pour retrouver les siens : ses parents, qui vivent séparés (son père est un ancien champion de rodéo assez loser, qui rêve de partir en Australie) et son frère, qui désire vendre les terres familiales pour en faire des lotissements de trailers. Le film est aussi interprété par Robert Preston, Ida Lupino, Joe Don Baker et Ben Johnson. C'est un film calme, paisible, absolument pas violent (et qui ne marchera pas fort dans les salles), un cri d'amour pour les paumés magnifiques et le rodéo, McQueen est absolument excellent et semble très à l'aise. C'est, quelque part, une métaphore pour l'ensemble de la carrière anticonformiste du réalisateur, qui devait se sentir étranger dans son époque. A découvrir, malgré la qualité pourrie du DVD. L'autre film, qui sera lui un gros succès, c'est Le Guet-Apens, toujours avec McQueen, et avec aussi Ali MacGraw (les deux vivront ensemble plusieurs années, et se sont rencontrés sur le tournage), Al Lettieri, Ben Johnson et Slim Pickens, l'histoire d'un prisonnier qu'on fait évader afin qu'il fasse, pour le compte d'un truand, un braquage. C'est grâce à sa femme qu'il est dehors, et c'est avec elle (et un complice en qui il n'a pas confiance) qu'il va faire le coup. Mais il va soupçonner sa femme d'avoir couché pour le faire sortir. Après le casse, il se rend compte qu'en réalité, ce n'était qu'un guet-apens pour le tuer, et il part, avec sa femme, en cavale. Un film d'action et de suspense remarquable (le final est ahurissant, la scène du casse aussi), qui offre encore une fois le meilleur de Peckinpah et de ses effets : ralentis nombreux et judicieux, notamment. 1972 : deux rôles en or pour le grand McQueen. 

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1973 : Sam Peckinpah revient au western pour ce qui sera la dernière fois. Mis en musique par Bob Dylan (qui sortira l'album de la bande-son, avec le hit "Knockin' On Heaven's Door", et joue un petit rôle, Alias), le film s'appelle Pat Garrett & Billy The Kid et est interprété par Kris Kristofferson, James Coburn, et on y trouve aussi Jason Robards, Richard Jaeckel, R.G. Armstrong, Slim Pickens, Rita Coolidge (une chanteuse et choriste), Harry Dean Stanton, Chill Wills, Charles Martin Smith, Jack Elam, Emilio Fernandez et Katy Jurado. Le film, qui sera l'objet de nombreux remontages des studio (une première version de 106 minutes sortie en salles, une autre version de 122 minutes en 1988, et une version définive de 115 minutes en 2006), est un classique du western, et se base sur des faits réels, la traque, par son ancien ami et associé devenu shérif Pat Garrett, du hors-la-loi Billy The Kid et ses sbires. Encore un film sur la fin de l'Ouest, la fin des idéaux, où personne n'est, en réalité, un héros. Tout comme La Horde Sauvage (mais en nettement moins violent). Le film sera l'objet d'un tournage (au Mexique) assez difficile, notamment la relation entre Peckinpah et le scénariste, Rudy Wurlitzer, qui aurait préféré Monte Hellman à la réalisation. Le film, sublime, joue cependant sur la réalité historique, rien ne dit que Garrett et Billy The Kid étaient vraiment amis. Les acteurs sont exceptionnels, Kristofferson participera à deux autres films du réalisateur (et est un chanteur de country en plus d'être acteur). Un film à voir dans sa version de 1988 ou dans celle de 2006, mais pas dans celle, atrocement remontée, sortie à l'époque.

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En 1974, incroyable mais vrai, Peckinpah parvient à faire un film qui ne sera pas remonté par les studios. On lui laisse le champ libre, carte blanche, et le résultat sort en salles tel que le réalisateur le voulait. Un film court (110 minutes qui passent comme si le film en durait la moitié) mais prenant, incontestablement le sommet de sa filmographie pourtant riche en chefs d'oeuvres : Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia. Le film est interprété par Warren Oates, qui y interprète un paumé magnifique à la Peckinpah, le plus représentatif du genre. On y trouve aussi Isela Vega, Emilio Fernandez, Gig Young, Helmut Dantine, Robert Webber et Kris Kristofferson (dans un petit rôle de motard agressif). L'histoire ? El Jefe, le chef d'un clan mafieux du Mexique, apprend que sa fille adorée est enceinte d'un certain Alfredo Garcia. Il exige qu'on lui ramène sa tête, contre un million de pesos. Des gangs de truands se mettent à la recherche du gars. Dans un bar minable de Mexico, un pianiste minable, un Yankee, Bennie (qui vit avec une pute mexicaine ayant bien connu Garcia), se propose pour la sale besogne. Comme il sait que sa petite amie connaît Garcia et lui dit qu'il est mort, il lui suffit de le déterrer et de décapiter son cadavre. Mais son parcours va être émaillé de mauvaises rencontres, et une fois sa sale besogne effectuée, il va poursuivre sa route, de plus en plus erratique... Bide commercial et critique monumental à sa sortie (certains critiques ricains en parlent comme d'un des pires films qui puissent exister...), le film, devenu culte (et n'ayant vraiment été bien accueilli que chez nous, à l'époque, cocorico), est pourtant le meilleur du réalisateur, car le plus peckinpahien, le plus absolu, l'essence même du cinéma de Peckinpah, avec ses ralentis, ses ambiances poisseuses, ses personnages d'anti-héros, ses accès de violence brutale et rapide (à peine on a le temps de se rendre compte que ça tire dans tous les coins que c'est fini), son nihilisme à toute épreuve. Monumental film de malades. 

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L'année suivante, Sam Peckinpah réalise un film de commande, sur un scénario signé Stirling Silliphant et Marc Norman (d'après un roman). Un film d'action interprété par James Caan et Robert Duvall, avec aussi Burt Young, Mako, Tom Clancy (oui, le romancier, qui ne l'était pas encore à l'époque), Gig Young, Helmut Dantine et Arthur Hill : Tueur D'Elite. Mal compris, bide à sa sortie, le film, qui a sans doute été l'objet de remontage ou de coupes (il dure 110 minutes tel quel, sans doute aurait-il dû durer plus longtemps à la base, mais concernant ce film, il est plus compliqué d'avoir des informations techniques que pour, disons, La Horde Sauvage), est très regardable, il possède un cachet 70's bien sympathique, Caan et Duvall sont d'excellents acteurs... Mais le scénario est alambiqué, un peu bancal. L'histoire d'un tueur d'élite travaillant pour une organisation gouvernementale qui, un jour, au cours d'une opération, se fait tirer dessus par son partenaire et (jusqu'à ce jour) ami. Alors qu'il se remet de ses blessures (il est laissé pour mort), il va chercher à se venger de ce salopard qui a trahi ses anciens supérieurs. Il va monter un petit groupe afin de l'aider dans sa vengeance... Ca, c'est le postulat de base, le film passe ensuite à autre chose, de l'espionnage et de l'action. C'est bien réalisé (toujours le style Peckinpah qui fait la différence, même si, ici, la violence semble continuellement désamorcée par rapport aux précédents films), les acteurs sont bons, mais le scénario est vraiment bizarre. J'avais lu une fois, sur le Net, que le film pouvait être qualifié de 'grand film malade', un OVNI cinématographique par rapport aux films habituels de Peckinpah. C'est aussi un film mineur pour le réalisateur, mais je le trouve quand même bien meilleur que sa détestable réputation. A voir. 

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Après ce semi-échec, Peckinpah s'embourbe, en Yougoslavie, dans le tournage d'un film de guerre, Croix De Fer, qui sort en 1977. Un des meilleurs films de guerre, le film, une coproduction entre les USA, la Yougoslavie, l'Allemagne de l'Ouest (RFA) et le Royaume-Uni, est très violent, et prend le parti assez inhabituel, et même franchement risqué, de montrer, en personnages principaux, les Allemands. L'action se passe, de plus, pendant la Seconde Guerre Mondiale, sur le front russe (en Crimée). Le film ne marchera pas bien, sera mal accueilli : voir un film de guerre montrant des nazis dans les rôles principaux, et de plus un film aussi sombre et violent, putride même (des séquences sont assez hardcore), ça ne plaira pas. Pourtant, le casting est épatant : James Coburn, Maximilian Schell, David Warner, James Mason. L'histoire d'un sous-officier allemand individualiste, amer et rebelle au cours d'une guerre qui, on le sent, n'est pas la sienne, et qui est de plus en plus écoeuré par l'obsession de ses semblables, obtenir une Croix de Fer, décoration qu'il a lui-même obtenue sans la désirer. Le tournage sera épuisant (conditions météo dégueulasses, tensions), et le bide commercial hélas prévisible. C'est incontestablement le dernier chef d'oeuvre du réalisateur, et un grand, grand film de guerre, acclamé comme tel, à sa sortie par Orson Welles en personne. Tarantino, grand fan du film, avouera s'en être un peu inspiré pour son Inglourious Basterds. En 1978, Andrew V. McLaglen, un réalisateur de seconde zone, en réalisera une suite, La Percée D'Avranches, dans lequel le rôle principal, Steiner, est repris par Richard Burton. Une suite que l'on peut oublier, même si ce n'est pas horrible. 

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En 1978, Le Convoi sort. Adapté non pas d'un roman ni d'une nouvelle, ni d'une pièce de théâtre, ni d'une série TV, ni même d'un autre film, le film se base sur...une chanson de country, audible durant le film. Inutile de dire que le scénario n'est pas super dense. Le film est interprété par Kris Kristofferson, Ali MacGraw, Burt Young, Ernest Borgnine, Seymour Cassel et Madge Sinclair (Peckinpah apparaît rapidement dans le rôle d'un caméraman de télévision) et se passe en Arizona. Des camionneurs, en solidarité avec lun d'entre eux (Rubber Duck) qui est excedé par le zèle des forces de l'ordre locales, forment un long convoi de protestation qui va bloquer les routes. L'affaire va prendre de plus en plus d'ampleur. A la fois road-movie, comédie et film de suspense, Le Convoi est bien interprété (les camions jouent super bien...trève de plaisanterie, les acteurs sont vraiment bons), l'ambiance, baignée de musique country (et notamment la chanson "Convoy" de C. W. McCall, datant de 1975), est parfois à la rigolarderie, une sorte de Shérif Fais-Moi Peur en plus costaud. C'est dans l'ensemble un film très divertissant, qui ne vole pas haut (en se basant sur une chanson, forcément...) mais est très bien réalisé et que l'on regardera sans déplaisir pour passer un bon moment. Mais c'est évidemment un cru mineur de la part de Peckinpah, même le fan du réalisateur que je suis (et j'aime beaucoup ce film) le dit sans problème. Evidemment, on ne confondra pas ce film avec un film français bien plus récent, portant le même titre, et avec Benoît Magimel... Je dis ça, hein, je dis rien...

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Enfin, on arrive à la fin de la carrière de Peckinpah. Et elle est bien tristounette. Sam est mort en 1984, usé par ses abus (drogue, alcool, clopes, stress). Un an plus tôt, il réalise Osterman Week-End, qui sort donc en 1983. C'est un film d'espionnage et de suspense, adapté d'un best-seller de Robert Ludlum (celui qui a écrit les romans sur Jason Bourne), doté d'un casting très réussi : Rutger Hauer, Burt Lancaster, Craig T. Nelson (popularisé par Poltergeist), John Hurt, Dennis Hopper, Chris Sarandon. Le film sera l'objet d'un remontage de la part des studios. Il n'est pas très long, 100 minutes, et peut sembler assez étrange, un peu bâclé. Certaines séquences d'action peckinpahiennes (à base de ralentis) semblent, ici, forcées, outrées. Le film possède un scénario assez étrange. L'histoire d'un journaliste à succès qui, un jour, est mystérieusement contacté par un politicien conservateur qui lui annonce que ses amis, avec lesquels il partage souvent des week-ends chez l'un ou l'autre (et le prochain doit avoir lieu chez lui), sont des agents secrets à la solde de l'URSS. Tanner se voit contraint d'accepter de piéger ses amis au cours de ce futur Week-end Osterman (du nom d'un de ses amis, son producteur par ailleurs, qui fut le premier à instaurer cette tradition des week-ends entre potes), et les services secrets vont, par l'entremise d'un agent de la CIA au lourd passé, installer des micros et caméras un peu partout chez Tanner, qui accepte cette 'mission' à contrecoeur, ne voulant croire que ses amis sont passés à l'Est. Les acteurs sont bons, et avec son sujet (les informations tronquées, remontées, les faux-semblants...), on pourrait aller jusqu'à dire que le film est une critique de la manière dont Peckinpah fut, trop souvent, victime de la part de ses producteurs. Il n'empêche que le film est un peu expédié, brouillon. Pour un ultime film, c'est quand même franchement dommage. Mais ça reste, globalement, regardable. Dommage que la carrière de Peckinpah se soit terminée sur deux semi-échecs...