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Bon, ça faisait longtemps, mais alors looongteeeeeemps, que je n'avais pas alimenté la catégorie des 'nanars' du blog, alors autant profiter du fait que le film que j'aborde aujourd'hui ait été rediffusé récemment (lundi 12 novembre dernier - ah oui, j'avais prévenu, c'est récemment, du moins si vous lisez cet article à l'heure de sa publication et pas deux ans plus tard, qu'avez-vous donc foutu pendant tout ce temps ? Joué aux billes ?) pour en parler et, d'une pierre deux couilles, relancer cette catégorie. D'autant plus que ce film est une comédie que j'aime beaucoup, que j'ai toujours bien aimé, avec des acteurs qui, certes, ont très souvent été meilleurs qu'ici (particulièrement le second cité, qui, par la suite, se familiarisera avec des rôles plus soutenus et exigeants), mais que j'aime vraiment beaucoup-beaucoup aussi : Gérard Jugnot et Daniel Auteuil. On trouve aussi Anémone, Jean-Pierre Castaldi (un petit rôle, mais marquant), François Perrot, Georges Géret, Darry Cowl (là aussi, un petit rôle, en fait une simple apparition, mais marquante comme à chaque fois avec ce regggg-ggretté ac-c-c-t-t-teur), Elisa Servier, Isabelle Mergault et Paul Barge. Plus des apparitions des journalistes Guillaume Durand et Patrice Laffont. Et plus, dans une apparition aussi courte qu'amusante, du réalisateur du film, un certain Edouard Molinaro, déjà abordé ici, sur le blog, via des films avec Louis De Funès, il en a fait deux avec lui, Oscar et Hibernatus, et via, je crois les avoir abordés aussi, La Cage Aux Folles et L'Emmerdeur (de 1973). 

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Sorti en 1982, l'année de ma naissance (ce qui n'est pas un gage de qualité, certes, même si ça aurait été franchement cool, mais bon, c'est un détail), ce film s'appelle, vous l'avez d'autant plus compris que vous avez, comme moi, remarqué la présence de l'affiche en haut d'article, Pour Cent Briques, T'As Plus Rien, un titre de film aussi subtil et engagé que, disons, T'Empêches Tout Le Monde De Dormir ! (immortel film avec Daniel Auteuil), Ca N'Arrive Qu'A Moi (avec Francis Perrin) ou Causes Toujours...Tu M'Intéresses ! (chef d'oeuvre du Septième Art - mais non, j'déconne - réalisé par Molinaro et interprété par Jean-Pierre Marielle et Annie Girardot, et là je ne déconne pas). Aaah, je ne sais pas pour vous, mais moi, un film avec un titre pareil, ça me donne tout de suite envie de le regarder. On sait très bien que ça ne sera pas du grand cinéma (même dans la catégorie des films comiques français des années 80, des comédies populaires, il y à nettement, mais alors nettement plus probant, comme les remarquables films de l'équipe du Splendid', d'ailleurs Le Père Noël Est Une Ordure date de la même année, on y trouve auss Jugnot et Anémone, et on trouve une scène similaire dans chacun des deux films : à Noël, Jugnot regarde, désemparé et sans le sou, des vitrines de grand magasins). Mais à condition de ne pas être exigeant sur la qualité, on sait aussi que le film fera sourire, voire même rire. C'est quand même mieux que n'importe lequel des Camping avec Franck 'Pour Toi Public' Dubosc. 

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Quand un film sort dans une de ces petites éditions DVD à deux balles éditées par je ne sais plus qui, avec ce genre de visuel, vous pouvez vous porter garant de sa piètre qualité sociologique...

L'histoire est simple : deux amis, qui vivent en colocation dans un appartement miteux, vivent des jours difficiles. Paul (Jugnot) est au chômage, Sam (Auteuil) travaille, lui, dans une petite société de serrurerie, mais il se fait rapidement virer par son patron, qui préfère confier son boulot à un jeune apprenti inexpérimenté et peu motivé qui n'est autre que son propre fils (au patron, pas à Sam). Déjà qu'ils ne s'en sortaient pas bien (une avalanche de dettes), ce coup du sort est la goutte d'eau. Un beau soir, un huissier déboule avec une liste, longue comme un jour sans Q, de créanciers impatients, et quelques déménageurs qui vident proprement, ne laissant qu'une caisse en plastique pour tout mobilier, l'appartement. Puis c'est l'électricité et le téléphone qui leur sont coupés. Pour Sam (qui profite d'une petite amie sympa pour être, avec Paul, hébergé, en urgence, chez elle, en contrepartie de baises torrides et éreintantes), le cas est réglé : il faut, pour se refaire, effectuer un braquage. Il a en effet été témoin de la scène finale d'un braquage réussi dans une petite banque parisienne, les braqueurs, après avoir pris les employés en otage, sont partis en voiture avec l'argent et n'ont pas été rattrapés. Sam et Paul vont emmagasiner des tas d'informations via des films de gangsters, se procurer des armes factices mais très réalistes, des cagoules, et s'entraînent, chez la petite amie de Sam, au braquage (le concierge, un ancien flic, va même leur donner des conseils sur comment tenir un fusil-mitrailleur !), avant d'opter, le jour J, pour une petite banque, la BCE. Sam se fait passer pour un client, Paul sera le braqueur en titre. Le but est de rafler le maximum, dans une société de consommation où, pour cent briques, t'as plus rien... Mais on se doute bien que peu de choses se passeront comme prévu !

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Le titre de mon article est sans équivoque : à moins de ne jamais avoir vu le film en question, réalisé par Sidney Lumet en 1975, difficile de ne pas penser à Un Après-Midi De Chien, chef d'oeuvre du film de braquage interprété par Al Pacino et John Cazale. Le film de Lumet, bien que globalement sérieux (un réalisme assez 'documentaire', le tout étant basé sur une histoire vraie), est assez léger par moments, dans sa manière de montrer des braqueurs inexpérimentés piégés par la connerie de leur situation (la banque qu'ils braquent est vide, les coffres ayant été vidés auparavant par les convoyeurs). Le film de Molinaro, qu'on ne s'amusera pas à comparer avec le chef d'oeuvre de Lumet (et ce, même pour rire), peut y faire penser par moments, et c'est amusant que, dans la litanie des films que Sam regarde pour enrichir ses connaissances en braquage (notamment Asphalte, un film français de 1981), il ne le regarde pas ni ne le cite pas. C'est pourtant la référence (depuis, d'autres films comme Inside Man sont arrivés). Dans le rôle de ces deux paumés sympathiques, Jugnot et Auteuil sont amusants, comme à leur habitude. Rien de marquant, Jugnot fait son Jugnot, Auteuil son Auteuil, mais ils ne font pas couler le film. Les seconds rôles (Géret en commissaire dépassé par les évênements, au nom faisant penser au commissaire Broussard car il s'appelle Bouvard ; Castaldi en ancien gorille qui s'évanouit pour un rien ; Anémone en commerciale qui n'en est pas à sa première prise d'otages et est presque otage professionnelle ; Darry Cowl en concierge flic) sont amusants. 

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Bien entendu, c'est un nanar. On regardera ce film en souriant, mais jamais on ne criera à la réussite. Durant 90 minutes, un petit peu moins en fait, Edouard Molinaro, qui adapte (avec Jean Cosmos et Michel Leviant) une pièce de théâtre de Didier Kaminka, nous offre un agréable petit divertissement sans aucune prétention, et on s'amuse, même si ça vole moins haut qu'un pigeon livrant une enclume, à regarder ces deux zigotos en train d'essayer de maîtriser la situation. C'est surtout Georges Géret, en flic tenace mais dépassé, habitué aux bavures gênantes (il tire sur un otage qui sort de la banque, manquant de le tuer, et le tout, sous le feu des projecteurs), qui emporte la palme. La musique, signée Murray Head, est sympa, inoffensive. Aussi inoffensive que l'ensemble de cette comédie populaire des années 80, un des trois films que Jugnot et Anémone ont fait ensemble en cette même année 1982. Les deux autres sont Le Père Noël Est Une Ordure que j'ai cité plus haut, et Le Quart D'Heure Américain. Quant à Auteuil et Jugnot, ils avaient joué ensemble dans Les Héros N'Ont Pas Froid Aux Oreilles en 1979, dans lequel ils jouaient déjà deux colocataires (qui, de plus, bossent dans une banque !). Pour finir, Pour Cent Briques, T'As Plus Rien est aussi prévisible que l'on peut se l'imaginer (on notera la réjouissante immoralité du final), et il ne faut rien en attendre d'autre qu'un simple divertissement de soirée quand il n'y à rien d'autre de mieux à regarder (ce soir-là, ce n'était pas le cas, il y avait Forrest Gump, mais quiconque a vu cent milliard de fois ce (sublime) film n'a sans doute pas envie de le regarder une fois de plus, surtout quand la fois précédente était relativement récente).