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Pas de spoilers, pour une fois...vu le sujet !

Si vous suivez mon autre blog (Rock Fever, sur la même plateforme que celui-ci, autrement dit, sur Canalblog aussi ; le lien est quelque part dans la colonne de droite), vous savez que je suis fan de rock (de musique en général, mais de rock, essentiellement). Ca tombe mal, on est sur Mes Films De Chevet, qui parle de cinéma. Ca tombe bien, car on va parler de rock. Pas de spoilers sur le contenu du film ici, vu le sujet du film : c'est un concert filmé, rien d'autre. Pas d'intrigue, pas de rebondissements ni de suspense qu'une petite phrasounette de l'article viendrait tuer dans l'oeuf pour ceux qui n'auraient toujours pas vu le film. J'adore le rock, et parmi mes groupes de rock préférés, les Talking Heads, fondés en 1976, séparés au début des années 90, occupe une belle place. Groupe américain mené par le chanteur/guitariste David Byrne, constitué aussi du guitariste/claviériste (et seconde voix) Jerry Harrison, de la bassiste Tina Weymouth et du batteur (et mari de Tina) Chris Frantz, ce groupe a, dès son deuxième album, et jusqu'à leur quatrième, trouvé un producteur de choix : Brian Eno. Le même Eno qui collaborera avec Byrne en 1981.

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Mais au moment de la sortie en salles de ce live, Eno ne collabore plus avec les Têtes Parlantes. Il ne manque pas trop, car le groupe, qui a certes bien profité de ses talents, est suffisamment génial pour s'en sortir admirablement bien sans lui. Ce concert, filmé par Jonathan Demme (futur réalisateur du Silence Des Agneaux), date de 1984 et s'appelle Stop Making Sense, le titre vient des paroles d'une des chansons ("Girlfriend Is Better"). Parallèlement, une version audio est sortie, un live très court dans son format vinyle, et agrémenté de nombreux bonus-tracks (le reste du concert, pour faire rapide) en CD. 

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Comment décrire ce film ? 88 minutes haletantes, monumentales, Stop Making Sense est souvent considéré comme le meilleur film musical (strictement musical, à la Woodstock donc, pas du genre comédie musicale), il est en tout cas, clairement, un des meilleurs. Si vous ne connaissez pas les Talking Heads (qui venaient alors de sortir Speaking In Tongues, en 1983, immense album dont 6 des 9 titres sont interprétés ici), ce film, magistralement - mais sobrement - mis en scène vous offrira une clé en or pour leur univers. Si vous les connaissez déjà, ça vous confortera dans votre idée que ce groupe était génial. Si vous ne les aimez pas, ce film ne vous les fera peut-être pas aimer, mais tentez quand même l'expérience. Rien que pour la joie irrésistible de voix David Byrne gesticuler dans tous les sens comme un danseur étoile dans un champ de mines, avec ses fameuses expressions faciales névrosées. Rien que pour cette mise en scène remarquable (le groupe démarre, le temps de deux-trois chansons, en acoustique, tandis que, derrière, dans un décor de type entrepôt rarement utilisé, les roadies installent, progressivement, les éléments du décor, spots, sono, batterie et claviers). Et rien que pour ces chansons...

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 Un mélange adroit, riche, remarquable entre new-wave et world music (la moitié des musiciens, dont le grand Bernie Worrell aux claviers et Alex Weir, sont de couleur), crossover musical présent dans les sonorités du groupe depuis Remain In Light (1980), et qui, ici, est la base pour l'ensemble du concert, le petit set acoustique d'intro mis à part (sublime version de "Heaven", au passage). Des morceaux tels que "Crosseyed And Painless", "Swamp", "Life During Wartime" et le sublimissime "This Must Be The Place (Naive Melody)" que les fans du Wall Street d'Oliver Stone connaissent bien, ces morceaux sont à tomber par terre, déjà dans leurs versions studio, mais encore plus dans ces versions live exemplaires. Byrne est parfait de bout en bout, souvent hilarant avec ses mimiques et gesticulations. De nombreux moments sont cultes : le tout début, où on voit Byrne arriver, seul, dans la pénombre, sur scène (on ne voit d'abord que ses jambes), disant au public : Salut ! J'aimerais vous faire écouter une cassette. Il appuie (à ce moment-là, on ne voit toujours que ses jambes) sur un bouton, pose le ghetto blaster qui fait retentir une version acoustique du hit "Psycho Killer". La caméra remonte lentement sur lui, guitare acoustique en pogne, en train de jouer et de chanter, et de danser bizarrement, comme s'il était une balle que la musique faisait rebondir, au fil du rythme, un peu partout sur la scène. Autres grands moments : cette tenue incroyable (un costume blanc aux dimensions grotesquement énormes) ; cette danse de la lampe halogène ; cette dissociation corps/jambes de Byrne, qui parvient à remuer à fond la partie inférieure de son corps tout en conservant à peu près stoïque la partie supérieure de son individu...

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Par quelque bout par lequel on le chope, Stop Making Sense ("Why a movie ? Why a big suit ? Where do the odd movements come from ?" s'interrogeait l'affiche originale du film) est un authentique monument, un régal aussi bien pour les oreilles que pour les yeux. Immense, tout simplement. I got a girlfriend that's better than this/But you don't remember at all/As we get older and stop making sense/You won't find her waiting long...