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Spoilers à prévoir...

Oh, ça faisait longtemps, tiens. Longtemps que ce blog était en stand-by. Oui, je suis comme ça, je fonctionne par cycles. Ca fera bientôt un an (c'était, vérifiez si vous ne me croyez pas, le 17 novembre dernier) depuis le dernier article sur Mes Films De Chevet. J'avais parlé des Beatles. En revoyant, récemment, en Blu-ray, le film que je vais aborder aujourd'hui pour relancer (pour combien de temps, je ne sais pas encore) le blog, je me suis rendu compte que, le film étant sorti après la clôture temporaire du blog, il n'avait, par conséquent, c'est d'une logique imparable, pas été abordé ici. Bon, je rattrape ce retard : voici donc l'avant-dernier, à ce jour, film de  Steven Spielberg, sorti en janvier 2018 en France (et en décembre 2017, je crois, aux USA, du moins en sortie limitée : il sortira, nationalement, aux USA, une quinzaine de jours avant le reste du monde) : Pentagon Papers. Qui dit 'avant-dernier' signifie forcément que depuis, Spielby en a sorti un autre. Ce fut d'ailleurs deux mois plus tard, et je l'aborderai ici dans un avenir des plus proches, rassurez-vous. Mais on parle de Pentagon Papers, ici, OK ? Ce film est le premier que Steven fait avec la grande actrice multi-oscarisée (elle tient le record, je crois) Meryl Streep, c'est étonnant que les deux n'aient jamais collaboré auparavant, au passage. En revanche, l'autre acteur principal, l'autre tête d'affiche, en est, avec  ce film, à ce cinquième collaboration avec Steven Spielberg : Tom Hanks. Hanks est devenu, pour Spielberg, quasiment ce qu'était De Niro pour Scorsese ou Jean Réno pour Luc Besson (marrant, au passage, que depuis Léon, les deux n'aient plus rien fait ensemble ; se sont-ils fâchés ? Oui, c'est vrai, on s'en fout, en même temps...).

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Le reste du casting de Pentagon Papers (titre original : The Post) est constitué de Sarah Paulson, Bob Odenkirk, Tracy Letts, Bradley Whitford, Bruce Greenwood et Matthew Rhys (entre autres), pas vraiment des têtes d'affiche. Clairement, le film repose sur le nom du réalisateur (il serait capable d'adapter la vie de Nabilla avec Massimo Gargia dans le rôle-titre et de donner envie à des milliards de gens d'aller voir un tel film) et sur celui de ses deux têtes d'affiche qui, d'ailleurs, n'avaient jamais tourné ensemble auparavant. Et qui sont, tous deux, criants de vérité tout du long des 115 minutes, douche comprise, du film. Spielberg tourne, un film sur deux, un projet de divertissement et ensuite, un film plus adulte. Le film qu'il avait tourné juste avant, c'est Le Bon Gros Géant (ou Le BGG), film d'animation destiné aux plus jeunes ; du divertissement, donc. Le suivant, ça sera Ready Player One, de la SF jubilatoire totalement sous influence jeux vidéo, j'en reparlerai bientôt ici ; du divertissement aussi. Pentagon Papers, lui, est de la veine des Spielberg adultes, au même titre que Lincoln, Munich ou La Couleur Pourpre.

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C'est un film moins commercial, plus recherché (mais très accessible), pas un film d'action, mais un film historique (de l'Histoire contemporaine : l'action se passe en 1971...) abordant un évênement politico-médiatique survenu aux USA et ayant complètement changé la donne : la révélation publique de documents top-secret du Pentagone concernant le degré d'implication politique et militaire des USA durant la guerre du Vietnam. Hanks joue le rôle de Benjamin Bradlee, rédacteur en chef du Washington Post (joué, dans le film Les Hommes Du Président qui parlait du Watergate, par Jason Robards, qui avait obtenu l'Oscar pour le rôle), et Meryl Streep, celui de Katharine Graham, directrice du même journal, sa supérieure, donc, même si Bradlee a le choix de la ligne éditoriale.

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L'action du film démarre en fait en 1965 : Daniel Ellsberg (Matthew Rhys), un analyste, se rend sur le front, au Vietnam, afin observer l'avancement des troupes américaines, pour le compte du secrétaire à la Défense de l'époque, Robert McNamara (Bruce Greenwood). Six ans plus tard, en 1971 donc, Ellsberg travaille désormais pour une société, RAND Corporation, un organisme chargé de conseiller l'armée américaine et qui a donc des entrées au Pentagone (je ne vais pas vous rappeler ce qu'est le Pentagone, hein ?). Ellsberg décide de photocopier, secrètement, et donc illégalement, les documents top-secrets (dont son rapport de 1965) sur le Vietnam, depuis la présidence de Truman jusqu'à 1967. Ces documents prouvent que le conflit vietnamien n'avait aucune chance d'être gagné par les USA, malgré ce que les différents Gouvernements disaient aux médias sur la victoire à venir. Ellsberg révèle certains documents au New York Times qui les publie, avant d'être mis en garde par la justice, sous la pression du Président, Nixon. Le Washington Post parvient à récupérer l'ensemble des documents d'Ellsberg et pour Benjamin Bradlee, la cause est entendue : il faut publier ça quitte à ce que le numéro du Post qui publie ces documents soit le dernier à paraître, quitte à risquer la taule. Toutes les vérités doivent être dites. Mais pour la directrice du journal, Katharine Graham, très proche de Robert McNamara et ayant pas mal de relations haut placées, la publication de ces documents, certes accablants (notamment pour McNamara), serait dramatique. Graham se retrouve tiraillée entre ses relations, son métier, ses ambitions (le journal doit alors entrer en Bourse), tandis que Bradlee la harcèle gentiment pour qu'elle donne le feu vert à la publication des documents. Que choisir ?

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Brillamment interprété (Hanks est aussi remarquable dans le rôle de Bradlee, mort en 2014, que ne l'était Jason Robards dans Les Hommes Du Président d'Alan J. Pakula, et Meryl Streep est également remarquable dans le rôle de Graham, laquelle est, elle, morte en 2001), Pentagon Papers est également brillamment (mais sobrement : pas de grands effets ici) réalisé. Le film aurait très bien pu être signé Clint Eastwood tant il respire la sobriété. Doté d'un excellent scénario de Liz Hannah et Josh Singer, mis en musique par le fidèle John Williams et mis en images par le grand Janusz Kaminski, le film, dédié à la réalisatrice Nora Ephron (morte en 2012, ancienne journaliste du New York Post, elle fut pendant plusieurs années l'épouse de Carl Bernstein, un des deux journalistes du Washington Post ayant fait éclater le scandale du Watergate, et qui fut joué par Dustin Hoffman dans le film de Pakula ; elle connaissait la vraie identité de la source du Post, "Gorge Profonde"), est une totale réussite, certes pas un film d'action, mais à condition d'aimer les films de ce genre, les films d'investigation et de reconstitution historique, on ne s'ennuiera pas une seule seconde. Le film, de plus, n'est pas trop long, il dure moins de deux heures (en comparaison, Les Hommes Du Président, remarquable aussi, dure 2h20). La reconstitution des années 70 est parfaite (et c'est un mec qui n'a pas connu cette décennie qui vous le dit), les acteurs sont impeccables... Pentagon Papers est un grand cru de Spielberg, indéniablement !