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Spoilers !

Pour ceux qui s'y connaissent, Jean Rollin n'est pas considéré comme un grand réalisateur. Le bonhomme, mort en 2010, était réalisateur mais aussi écrivain. Ses films étaient souvent, très souvent même, du registre soit du fantastique (avec une certaine fascination pour le vampirisme), soit érotiques voire même carrément classés X (il en a réalisé plusieurs sous divers pseudonymes, par ailleurs). Après plusieurs courts-métrages entre 1958 et 1965, il a tourné son premier long-métrage en 1968 : Le Viol Du Vampire. Un film fantastique en noir & blanc, à l'esthétique déjà bien présente, à l'onirisme et à l'érotisme eux aussi au programme. La touche Jean Rollin, c'est ça : des films au rythme lent, langoureux et vaporeux, avec des vampires (essentiellement féminins, des succubes) charnels et dénudés, de l'érotisme soft mais suffisant pour que ses films, à l'époque, aient été interdits aux mineurs. Les titres de ses films parlent pour eux : La Vampire Nue, Le Frisson Des Vampires (deux gros classiques du genre, aux affiches originales signées du grand Druillet), Lèvres De Sang, Requiem Pour Un Vampire... Il a aussi oeuvré dans le registre du gore pur et dur avec Les Raisins De La Mort (1978) et La Morte-Vivante (1982), et en 1973, a tourné son film le plus étrange, probablement le plus ambitieux aussi, un film très calme, soft, non-violent, non-érotique aussi (on a certes un petit peu de nudité féminine, mais franchement, si peu, par rapport à ses autres films), que ses fans et les spécialistes estiment souvent être son chef d'oeuvre.

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Ce film, c'est bien entendu celui-ci, La Rose De Fer, film court (75 minutes) qui fut interdit aux moins de 13 ans à sa sortie comme en témoigne l'affiche (une affiche à la Rollin, c'est à dire tape-à-l'oeil) et est interprété par Françoise Pascal (une actrice d'origine mauritienne, ayant souvent joué en Angleterre, et qui a même joué aux USA dans...Les Feux De L'Amour ! Si, si ! Vous pouvez me croire, je n'ai pas vérifié par moi-même quel rôle elle tenait, qui ne s'en foutrait pas ?), Hugues Quester (parfois crédité, comme sur l'affiche d'ailleurs, sous le nom de Pierre Dupont, mais c'est bien le même acteur), avec comme acteurs secondaires Natalie Perrey, Mireille Dargent, Michel Delesalle et Rollin lui-même. Le film possède peu d'acteurs, et seuls les deux premiers méritent en fait d'être crédités, ce sont les seuls à avoir des dialogues (lesquels ne sont pas toujours totalement audibles, le film a été tourné en décors naturels, avec relativement peu de moyens). Aucun des personnages n'a de nom, on ne sait pas comment ils s'appellent, mais ce n'est pas important. Inspiré par l'univers de Baudelaire et un poème de Tristan Corbière, cité dans le film (le poème), le film a été tourné en intégralité (enfin, sauf le prologue et les quelques scènes de plage, sensuelles, avec Françoise Pascal évoluant nue sur le rivage) dans le cimetière de la Madeleine, à Amiens, un des plus anciens, et le plus célèbre, des parkings à cadavres de la ville, et un des plus visités de France pour son côté très naturel et un peu labyrinthique. 

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Au cours d'une noce, deux jeunes gens s'attirent par des regards et sourires. Il est poète, et cherche la fille de ses rêves, qu'il pense avoir trouvé en elle. Il lui récite un de ses poèmes dans le jardin, pendant la noce, et au moment de ses séparer, les deux jeunes gens se donnent rendez-vous dans une gare de marchandises afin d'aller faire un peu de vélo à deux. Ils finissent leur randonnée dans un cimetière, où le jeune homme vient apparemment souvent, pour y puiser son inspiration dans ce lieu paisible, silencieux et qui en impose. Les deux jeunes gens vont, tout du long de la journée (qui commence à se terminer), se balader dans les allées touffues du cimetière, se laissant enfermer dans l'immense parc du cimetière à la tombée de la nuit et se perdant, finalement, la nuit durant, dans ce très grand cimetière, où ils sont les seuls êtres vivants (quelques chats exceptés). Pénétrant dans un ancien caveau de famille, ils font l'amour à l'intérieur. Au fil de la nuit, de plus en plus persuadés (elle, surtout) qu'ils vont éternellement errer ici, ils commencent lentement à perdre la raison...

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Atmosphère étrange, lente, onirique (poétique même) et souvent très lugubre, vu le sujet du film et les lieux de tournage (ceci dit, le cimetière de la Madeleine, que je n'ai jamais visité et pourtant j'ai été plusieurs fois à Amiens, semble être un très bon lieu de promenade ; aussi étrange que cela puisse paraître, se promener au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, est des plus agréables, c'est franchement reposant et j'adore m'y rendre, alors nul doute qu' j'irai, un jour où l'autre, dans ce cimetière amienois), La Rose De Fer, qui ne marchera pas à sa sortie, est un film culte. Ce n'est pas un film exempt de défauts, évidemment : la direction d'acteurs est minimaliste, les deux acteurs, toujours à leur sujet, ne sont pas immenses (Hugues Quester, sorte de croisement physique entre Laurent Terzieff et Laurent Lucas, gueule souvent ses répliques d'un air à moitié hystérique, et Françoise Pascal n'est pas de reste sur ce point), le scénario est basique (deux amoureux se perdent volontairement dans un cimetière, la nuit) et la réalisation aussi.

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Mais l'ambiance, gothique, romantique (dans le premier sens du terme : tragique et sombre), en un mot : baudelairienne, à la Fleurs Du Mal, est là, bien présente, palpable. Le film, court, lent, qui pourra sembler ennuyeux à quiconque aimant l'action, est très beau, bien que franchement étonnant. De tous les films de Rollin, c'est probablement le plus beau, car le plus pur, et si vous ne connaissez de lui que des films tels que Les Raisins De La Mort, Le Frisson Des Vampires ou Les Démoniaques, vous serez surpris, probablement en bien, en le regardant. Pour ce film, Rollin a mis de côté sa fascination (Fascination sera par ailleurs le titre d'un de ses films) pour le vampirisme et l'érotisme, pour se concentrer sur l'atmosphère ; celle des lieux, celle de l'histoire. Un OFNI, en quelque sorte, qui mérite amplement, malgré ses défauts, la (re)découverte.