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Spoilers...

Ce film, Robert Altman ne l'aurait très certainement pas fait s'il n'avait pas, juste avant, réalisé M.A.S.H., pour lequel il a obtenu, en 1970, la sacro-sainte Palme d'Or (pour l'anecdote inutile, on aperçoit, à un moment donné, l'affiche du film dans une scène). Un tel projet, aussi fou, aussi anarchique, aussi gueudin que Brewster McCloud n'aurait très certainement jamais pu voir le jour sans cette auréole de gloire qui rôdait autour du brillant réalisateur à l'époque. Je vais avor du mal à parler de ce film, je le sens. CCommeçons déjà par le fait que ce film, rare, est enfin sorti en DVD chez nous, il y à quelques mois, dans une collection éditée par la Warner, en association avec la chaîne américaine TCM, proposant des trésors oubliés et rares. Proposé en VF et en VOST (laquelle VOST, il me semble, capote un peu vers la fin du film, des sautes de son qui n'apparaissent pas sur la VF), ce film, qui était auparavant aussi rare qu'un bon film de Max Pécas (donc, très rare), mérite amplement la (re)découverte, et rien que pour ça, merci de l'avoir enfin sorti en DVD. Bon. En même temps, je ne suis pas sûr que tout le monde parviendra à apprécier ce film, il est vraiment (vraiment !) étrange. C'est un peu indiqué au dos du DVD (film 'déjanté et anarchique', comme il est écrit noir sur blanc), mais il faut le voarrre pour le croaaaarrrrrrre. Brewster McCloud est un pur délire. 

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Je ne veux pas dire par là que le film est hilarant comme un film avec Peter Sellers, non, mais qu'il part dans tous les sens, parfois même en même temps. Rien que le générique : on voit le lion de la MGM, mais au moment de l'entendre rugir, on entend la voix de René Auberjonois (un des acteurs du film, qui joue un professeur spécialiste en ornithologie qui, tout le long du film, en visuel ou en voix-off, énumère des informations sur diverses variétés d'oiseaux, d'une manière de plus en plus surréaliste) dire J'ai oublié le début du texte, et le logo MGM est zappé direct. Puis, quand le générique de début démarre, il est stoppé et immédiatement repris du début. Pourquoi ? Parce qu'il se déroule durant une scène de répétition de l'hymne national, laquelle répétition est stoppée puis reprise car le morceau était mal joué ! Entre ça et le générique de fin, durant lequel les acteurs sont présentés, par un Monsieur Loyal, en tenue de cirque, durant une gigantesque fanfare dans l'Astrodôme, c'est dire à quel point ce film respecte peu de choses ! Les acteurs, justement : Bud Cort, Sally Kellerman (tous deux ont joué dans M.A.S.H.), René Auberjonois, Stacy Keach (méconnaissable), Shelley Duvall (dans son tout premier rôle au cinéma : le film a été tourné à Houston, Texas, sa ville d'origine ; si elle avait été originaire d'ailleurs, elle n'aurait jamais été engagée, sur un coup de tête, par Altman et n'aurait probablement pas eu la carrière que l'on sait, ça tient donc à peu de choses !), Jennifer Salt...et des oiseaux. 

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L'histoire est totalement bizarre. L'action se passe à Houston, Texas. Brewster McCloud (Bud Cort) est le chauffeur d'Abraham Wright (Stacy Keach), un vieillard impotent et richissime, propriétaire de maisons de retraite qu'il essaime régulièrement pour y récupérer son argent. Un vieillard cupide et méchant, cynique, qui est un jour retrouvé mort, étranglé, et le corps recouvert de fientes d'oiseaux. Ce n'est pas la première personne tuée de cette manière. Brewster vit (il se terre, plutôt) dans le sous-sol de l'Astrodome de Houston, une gigantesque arena. Il vit dans un abri anti-atomique du sous-sol, où il s'entraîne, aidé en celà par Louise (Sally Kellerman), une femme qui le protège d'un peu tout le monde, une sorte d'ange gardien. Le rêve de Brewster est de voler, comme un oiseau, et il s'entraîne dur pour ça, faisant des tractions par centaines, mangeant équilibré, etc... Alors que la police enquête sur les crimes (et d'autres sont commis : un flic des stupéfiants qui s'apprêtait à coffrer Brewster par erreur parce que ce dernier aurait fait tomber un joint de sa poche, mais on le soupçonne d'avoir falsifié ça), Brewster fait la connaissance de Susan (Shelley Duvall), une jeune femme assez excentrique dont il va tomber amoureux. La jeune femme va lui faire découvrir les plaisirs terrestres, lui qui n'aspirait, jusque là, qu'à découvrir ceux du ciel et de l'air. Parallèlement, la police, en enquêtant sur les fientes découvertes sur les cadavres, et par un malencontreux coup du sort, va finir par mener son enquête directement sur Brewster...

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Tout le film (qui dure 100 minutes) est entrecoupé d'interventions du narrateur sans nom (Auberjonois, hilarant), qui se prend de plus en plus pour un oiseau tandis qu'il parle d'eux, et uniquement d'eux (ceci dit, il y à des corrélations : l'accouplement et les parades amoureuses sont évoquées quand Brewster et Susan sont au lit...), d'une manière de plus en plus dingue, allant jusqu'à picorer des graines sur le tableau noir, ou faire sembler de voler, avec des plumes collées au costume. Et le film alterne entre l'enquête de la police et les aventures de Brewster. L'ensemble est joyeusement décousu, mélange adroit et étrange entre humour burlesque, enquête policière, courses-poursuites, romance et exposés ornithologiques, ainsi qu'ode au rêve et critique de la société. Le final du film est absolument magnifique. Ah ! oui, j'oubliais, de temps en temps, des chansons (interprétées notamment par Merry Clayton) parsèment le film. 

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Brewster McCloud est un des films les plus à part de Robert Altman, si ce n'est le plus atypique, et probablement un de ses plus beaux, aussi. Magnifiquement réalisé, subtilement écrit, très bien interprété (Bud Cort, avec son inoubliable sweater à rayures rouge et blanc, à la Où Est Charlie ?, et Shelley Duvall, sans oublier René Auberjonois, sont excellents), un film d'apparence complexe rapport à sa structure, mais on sy fait finalement assez vite. Un de mes films préférés d'Altman avec Le Privé et John McCabe !