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 Spoilers !

Il existe une sorte de trilogie divine, dans le registre de la comédie française populaire des années 60. Trois films intouchables, avec à peu près le même casting (l'acteur principal est le même, en tout cas), le même réalisateur, probablement la même équipe technique ou en tout cas grosso modo la même, et le même scénariste/dialoguiste. Bien entendu, je veux parler des Tontons Flingueurs, des Barbouzes et de Ne Nous Fâchons Pas, sortis respectivement en 1963, 1964 et 1965. J'avais déjà abordé ici, il y à longtemps, le premier film et le dernier (le seul à être en couleurs) sur le blog. Mais Les Barbouzes, non. Pourquoi ? Oubli ? Refus ? Inconscience ? Acte manqué ? Temps qui manquait ? Un peu de l'oubli et du temps qui manquait, j'en ai peur. En plus, j'ai toujours, depuis que la Terre est Terre et que l'eau mouille le doigt quand on le plonge dedans, j'ai toujours trouvé que ce film était moins grandiose que les deux autres, et je l'ai toujours moins apprécié.

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Autant je revois Les Tontons Flingueurs et Ne Nous Fâchons Pas à chaque diffusion TV (et un simple calcul vous prouvera que je les revois souvent, par conséquent !) et de plus, je les possède en DVD, autant je ne possède pas Les Barbouzes en DVD ou BR (même pas en VHS que je ne pourrai plus lire désormais) et je ne le revois pas systématiquement à chaque diffusion. Tiens, il a été rediffusé récemment sur Paris Première, je ne l'ai pas revu pour autant. Désolé, mais j'avais un Altman à revoir, où bien un autre film bien plus intéressant repassait sur une autre chaîne ce soir-là, etc, vous savez ce que c'est. Mais il n'empêche que Les Barbouzes, qui aura un très fort succès à sa sortie, est une excellente comédie. Réalisé par Georges Lautner et dialoguisé par Michel Audiard, le film est doté d'un casting en airain : Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Mireille Darc, Jess Hahn, ainsi que moult acteurs de second rôle très amusants, comme Philippe Castelli et Noël Rocquevert. Il est en noir & blanc, ne réglez donc pas la couleur de votre PC, les photos sont fiables. C'est une comédie d'espionnage franchement hilarante, même s'il faut attendre une bonne demi-heure pour que ça décolle vraiment. 

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Un marchand d'armes international, Constantin Bernard Shah, est mort. A son enterrement arrivent quatre personnes qui font partie de la famille ou des proches du défunt, du moins, c'est ce qu'ils disent à Amaranthe (Mireille Darc), sa jeune (et pas très éplorée, il faut dire que Shah, qui était âgé, lui laisse un paquet de fric et une sublime propriété) veuve. Il y à Francis Lagneau (Lino Ventura), un cousin ; Hans Müller (Charles Millot), son psychanalyste allemand ; Boris Vassilieff (Francis Blanche), son frère de lait soviétique ; et Eusébio Cafarelli (Bernard Blier), son confesseur, de nationalité suisse. En réalité, si leurs nationalités sont certaines, leurs attributions ne le sont pas : tous quatre sont des barbouzes, des agents secrets sous couverture, chargés de récupérer les secrets de l'héritage du marchand d'armes (il y est notamment question d'armes nucléaires). Pour obtenir ces précieux documents, tous les coups seront permis, tout en conservant, bien entendu, pour la jeune veuve, un semblant de civilité ! Mais quand les services secrets américains, en la présence d'un agent secret très têtu et peu discret (Jess Hahn) se mêlent à la partie, sans parler d'une horde d'espions chinois, rien ne va plus !

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Le film met un peu de temps à démarrer, le début étant un peu longuet (en dépit d'un prologue hilarant dans un train de nuit, où chaque espion est systématiquement éliminé par un autre, qui est éliminé par un autre, etc, et tous sont des sosies des personnages principaux du film), mais à partir du moment où les quatre barbouzes sont réunis dans la belle propriété (le château de Vigny, dans le Val d'Oise, non loin de là où j'habite, un sublime château hélas un peu à l'abandon désormais), ça devient de l'ordre du cartoon avec acteurs. Un pur délire très inventif dans le registre du tous les coups sont permis (douche à l'acide, araignée dans le lit, fusillades, etc), servi par des acteurs en forme et doté de dialogues imparables. Même s'ils semblent moins percutants au premier abord que dans Les Tontons Flingueurs, les dialogues des Barbouzes n'en sont pas moins une preuve supplémentaire du génie, en la matière, d'Audiard. 

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Dans l'ensemble, cette comédie d'espionnage est un petit régal, certes un peu daté, certes pas aussi grandiose que les deux films de Lautner/Audiard (et avec Ventura) qui la sandwichent, mais tout de même vraiment, vraiment un bon cru, qu'on reverra avec plaisir. Une montée en puissance quasiment inégalée dans le délire comique, le film mettant certes un peu de temps à décoller, mais il ne retouche plus terre une fois que c'est fait. Un petit classique, en somme ! Les acteurs sont excellents (Ventura, Blanche, Blier sont impayables). A noter que, comme Les Tontons Flingueurs (et d'autres films aussi anciens ou plus anciens), Les Barbouzes a été colorisé, cette version colorisée, affreuse comme toutes les autres (et une totale hérésie, de plus) repasse encore de temps en temps à la TV. Si jamais, le jour où le film repasse, c'est cette version colorisée qui est au programme...coupez la couleur de votre TV avant le visionnage !