affiche 

Spoilers !

Pour Terry Gilliam, ce film a quelque chose du médicament. L'ancien Monty Python sortait, en effet, d'une expérience des plus cuisantes, traumatisantes même (plus traumatisant encore sera le multiple échec de son adaptation de Don Quichotte, projet avorté plusieurs fois et qu'apparemment, Terry aurait enfin réussi à mener à terme) de sa carrière : Les Aventures Du Baron De Münchhausen, film sorti en 1988, un très beau film, visuellement splendide, du pur Gilliam des familles heureuses, mais qui, à sa sortie, marchera à peu près aussi bien qu'un album de Larusso en 2010. C'est à dire qu'il bidera quelque chose de bien, et Gilliam, revenant par la suite sur cette expérience, l'estimera être la pire de sa carrière (ce constat fut fait avant qu'il ne tente de faire Don Quichotte, car depuis, ce projet avorté dans la douleur est entré directement N°1 au hit-parade des cauchemars de réalisateurs). Pour se refaire, Gilliam a réalisé, en 1991 (sur un scénario de Richard LaGravenese), un film très étrange, avec un casting solide, un film mélangeant adroitement réalité et onirisme, bref, du pur Gilliam des familles en délire, encore une fois. Son titre, à ce film ? Fisher King

vlcsnap-2014-09-19-01h16m24s160

Ce film, nominé cinq fois aux Oscars comme fièrement indiqué sur l'affiche française, notamment aux catégories du meilleur acteur et du meilleur scénario original. L'Oscar de la meilleure actrice en second rôle a été remporté par Mercedes Ruehl, c'est le seul Oscar remporté pour le film. Le casting est excellent : Jeff Bridges, Robin Williams (qui fut nominé), Amanda Plummer, Mercedes Ruehl donc, Michael Jeter, Tom Waits (dans un court rôle pour lequel il n'est pas crédité), Harry Shearer et Laura Harris. Long de 132 minutes (en dépit des 97 minutes indiquées sur le boîtier DVD ; je les soupçonne d'avoir confondu 137 minutes et 1h37, 137 minutes étant la durée généralement indiquée pour le film sur le Net, malgré le fait qu'il ne dure, en réalité, que 132 minutes, soit 2h12 ; prenez un Doliprane, ça va passer), le film se passe à New York à notre époque, mais malgré cela, contient un grand nombre de références à la légende arthurienne.

the-fisher-king-big

Jack Lucas (Jeff Bridges) est un animateur de radio. Arrogant, cynique, sans compassion, c'est un authentique sale con avide d'argent et de reconnaissance, un arriviste sans vergogne, un sale type qui, d'ailleurs, n'a pas que des amis dans la vie. Un soir, il reçoit dans son émission un appel, celui d'un auditeur qui semble quelque peu malade et qui, après avoir appelé Jack, se rend dans un restaurant et y fait un vrai carnage  (il tue sept personnes) avant de se suicider. Bouleversé par ce drame dont il se sent quelque peu responsable, Jack perd par ailleurs son travail et plonge dans l'alcool. Il erre dans les rues, et un soir, manque de se faire tabasser par une bande de malfrats qui en veulent à son argent. Il est sauvé in extremis par Parry (Robin Williams), un clochard. Ce dernier est un ancien professeur de lettres qui, suite à la mort de sa femme, a sombré dans la folie et la précarité.

001a6b43

Il s'avère que la femme de Parry est une des victimes de l'auditeur fou de l'émission de Jack. Raison de plus pour Jack de se sentir responsable. Parry, qui va prendre plus ou moins Jack son son aile (et réciproquement), est obnubilé par la quête du Graal, et par une femme du nom de Lydia (Amanda Plummer), une femme qui, si elle existe réellement, est, telle que Parry la voit et l'aime, totalement imaginaire, une version utopique d'une vraie femme. Afin de trouver le Graal, Parry a besoin d'un aide, et c'est en Jack qu'il va le trouver. Pour Jack, cette 'collaboration' avec ce doux rêveur est une manière comme une autre de trouver sa rédemption, et un nouveau sens à sa vie en lambeaux...

ob_b9576a_1991-the-fisher-king

Après un film au budget très important (ce qui accentuera son statut de film maudit après son échec retentissant), à savoir Les Aventures Du Baron De Münchhausen, Gilliam avait envie d'un film au budget serré, une petite production, n'ayant probablement pas envie, si le film s'avérait encore une fois être un bide, de devoir se faire cataloguer, définitivement, réalisateur maudit au même titre que Michael Cimino (déjà que son échec de 1988, et sa réputation de cadet de l'espace sur les tournages, l'avaient déjà un peu catalogué ainsi). Le film ne foirera pas comme l'a fait celui de 1988, mais on ne peut pas non plus dire qu'il a cartonné, il a plutôt correctement marché compte tenu du sujet et de la manière dont il a été traité, ayant rapporté dans les 42 millions de dollars, mais Gilliam n'en espérait pas un triomphe, et de ce côté-là, il n'a pas été déçu. Il en reste un excellent petit film, assez étrange, mais de combien de films de Terry Gilliam peut-on dire qu'ils ne sont pas étranges ? Une pure petite splendeur en tout cas, à la fois étrange et touchante, portée par un duo d'acteurs exceptionnels.