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Spoilers...

Vous vous demandez peut-être (à condition d'avoir regardé la liste des tags en bas d'article et, aussi et surtout, d'avoir de l'intérêt pour quelque chose d'aussi trivial qu'un tag en bas d'article) pourquoi j'ai mis les tags 'Spielberg' et 'Scorsese' pour un film japonais réalisé par Akira Kurosawa (et placé dans la catégorie consacrée à ce grand réalisateur) ? Bien siple : Spielberg a distribué le film aux USA (et un peu partout dans le monde), aidé en celà par d'autres réalisateurs américains tels que George Lucas et Francis Ford Coppola et Scorsese joue dedans (il y est d'ailleurs méconnaissable). Sorti en 1990, ce film est l'antépénultième (l'avant-avant-dernier, quoi) de Kurosawa, qui tournera ensuite Rhapsodie En Août en 1991 et Madadayo en 1993 avant de tourner sa mort en 1998. Ce film, constitué de 8 saynètes tournées en japonais (sauf une, en français et en anglais, celle avec Scorsese), s'appelle Rêves et il s'agit très certainement du dernier chef d'oeuvre de Kurosawa, ce qui ne signifie pas que ses deux films suivants ne soient pas bons (loin de là), mais Rêves est pour moi son dernier grand, grand film. Niveau acteurs, je vais en citer quelques uns : Akira Terao (présent dans quasiment tous les sketches, il symbolise Kurosawa), Chishu Ryu, Mieko Harada, Mitsuko Baisho...et Martin Scorsese. 

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Long de 114 minutes (contrairement au DVD qui indique une durée de 95 minutes...le film dure bien 114 minutes !), Rêves est un sublime film qui, à sa sortie en 1990, récoltera des critiques plutôt mitigées. On n'estimera pas que le film soit un des meilleurs du réalisateur de Rashomon et de La Forteresse Cachée, mais on lui reconnaîtra de grandes qualités. Notamment un grand sens de la poésie, et des images sublimes. Raconter le film sera difficile, en gros, il s'agit de voyages dans divers rêves de Kurosawa (chaque séquence est introduite par un carton noir indiquant son nom - en idéogrammes évidemment - précédé de la mention 'un autre rêve'), qui se met en scène enfant (pour les deux premiers sketches - j'ai bien conscience que le terme de 'sketch' ne convient pas vraiment, mais que voulez-vous) ou adulte. Les saynètes sont de durée variable, comptez dans les 12/14 minutes par séquence environ.

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On a par exemple (je ne vais pas toutes les détailler dans l'ordre, ça serait trop facile), "Les Corbeaux", qui met en scène Akira Terao (qui joue Kurosawa, en gros) entrant dans une toile de Van Gogh au cours d'une exposition consacrée au peintre. Il arrive en pleine campagne, près d'un pont et de lavandières à qui il demande, en français dans le texte, où se trouve Van Gogh, et on lui répond (là aussi en français) qu'il peint dans un champ. Il finit par trouver le peintre (joué par Scorsese, un Scorsese rouquin et barbu, qui balance ses quelques répliques en anglais, avec son fameux débit d'ancien cocaïnomane), s'entretient un peu avec lui, avant de quitter le tableau et de revenir dans le musée. Autre séquence, "Le Tunnel", montrant un soldat errant sur une route, et qui arrive près d'un tunnel gardé par un chien hargneux. Sortant du tunnel un soldat, à l'aspect cadavérique, en qui l'homme reconnait un de ses congénères, mort au combat. Puis toute une unité de soldat, la sienne, dans le même état, des morts qui ne le savent pas. L'homme ayant été le seul survivant de son unité décimée à la guerre...

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On a "Le Verger Aux Pêchers", dans laquelle un petit garçon d'environ 7 ans se lamente de la disparition (ils ont été rasés) des pêchers de son jardin, et qui aperçoit, à leur place, les esprits des arbres décimés, qui l'accusent d'abord de les avoir tués, avant de se rendre compte qu'il est sincèrement désolé de leur disparition. Après lui avoir fait une petite danse rituelle, ils disparaissent. A leur place, apparaissent des jeunes plants de pêchers en fleurs... On a, aussi, "Le Village Aux Moulins A Eau", dans lequel Akira arrive dans un charmant petit village rempli de moulins à leau et discute avec un vieillard paisible qui lui donne une belle et optimiste leçon de vie...

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Dans l'ensemble, Rêves est un excellent film. Poétique, onirique, sensible, ode à la Nature, film antimilitariste et antinucléaire aussi (un sketch met en scène une explosion nucléaire près du Mont Fuji, qui transforme le paysage en cauchemar ; et un autre se situe après une catastrophe nucléaire ayant transformé les Hommes en démons gémissants et vraisemblablement cannibales), c'est un des plus beaux films de Kurosawa, et probablement son dernier grand film. Démarrant en douceur avec deux séquences enfantines, le film gagne ensuite en puissance, chaque séquence étant plus belle que la précédente. Mention spéciale à "La Tempête De Neige" dans laquelle il n'est quasiment pas besoin de paroles (il y en à quand même, mais pas pendant les 5 ou 6 premières minutes) pour faire comprendre à quel point les protagonistes, qui luttent pour survivre en pleine montagne sous une tempête, en chient. Le film, du début à la fin, est un pur bonheur de cinéphile, à voir absolument.