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Spoilers ! Révélations sur le final du film !

Denis Villeneuve est un réalisateur non pas français (vu son nom, il aurait pu), mais canadien (francophone, né au Québec), et il a démarré sa carrière en 1998. Son premier succès, cependant, il ne l'obtiendra qu'une quinzaine d'années plus tard avec Prisoners en 2013, suivi par le très très bon polar Sicario en 2015 (sur le trafic de drogues au Mexique), puis, encore un an plus tard, avec ce film, Premier Contact. Récemment, il vient encore une fois de connaître le succès au box-office (mais un succès un peu moindre, j'ai l'impression), avec Blade Runner 2049, suite du classique de Ridley Scott que, personnellement, je n'ai pas aimé (la suite, pas le classique de Ridley), même si, niveau visuel et effets spéciaux, c'est vraiment loin d'être négligeable. On notera que la SF semble être la grande passion du réalisateur, car on a appris, en janvier dernier, que Villeneuve avait l'intention, pour 2019, de faire un remake de Dune. Mais revenons à son avant-dernier film, Premier Contact. Sorti en 2016, le film, Arrival en VO, se taille une belle réputation dans le monde de la SF au cinéma : on en parle comme d'un petit chef d'oeuvre à ranger aux côtés des Interstellar (Nolan), 2001 : L'Odyssée De L'Espace (Kubrick) et Rencontres Du Troisième Type (Spielberg). Est-ce vraiment le cas ? Réponse tout du long de l'article.

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Le film est interprété par Amy Adams, Jeremy Renner et Forest Whitaker pour les rôles principaux, et on a aussi Tzi Ma, Mark O'Brien, Michael Stuhlbarg et Frank Schorpion. Il a reçu un excellent accueil de la presse, et marchera assez bien aux USA, un peu moins bien en France (il fera tout de même plus de 800 000 entrées, ce qui n'est pas rien. Il a obtenu quelques récompenses, et a été nominé un grand nombre de fois dans diverses compétitions allant des Oscars à la Mostra de Venise en passant par le Critic's Choice Awards et les Golden Globes. C'est un film plutôt court (110 minutes en comptant le générique de fin ; au passage, il n'y à pas de générique de début, ce qui est une remarque loin d'être utile et pertinente, mais j'avais tout de même envie de le dire. Le titre du film n'apparaît qu'à la fin du film), mais la moindre minute du film compte. C'est aussi un film à voir deux fois au minimum, car le premier visionnage pourra sembler quelque peu complexe, le final du film (que je révèlerai ici, en final de mon résumé, soyez donc prévenus si vous n'avez jamais vu le film) étant du genre à vous retourner le cerveau, même si des indices sont disséminés un peu partout. Sautez trois paragraphes complets avant de recommencer à lire si vous n'avez jamais vu le film et ne voulez rien savoir de son contenu...et de son final ! En fait, comme je le garantit pas qu'il n'y ait pas de spoilers dans les paragraphes qui suivront ces trois-là, mieux vaut voir le film avant de continuer la lecture !

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Louise Banks (Amy Adams) est une linguiste, professeur d'université. Au début du film, on apprend qu'elle vient de subir une perte douloureuse, la mort de sa fille Hannah (encore très jeune, dans les 10 ans) d'une probable maladie. Au cours d'un de ses...cours, elle est interrompue par un de ses étudiants qui lui demande de mettre la TV. Elle découvre en live ce que ses étudiants ont vu sur leurs smartphones pendant son cours : un peu partout dans le monde (Venezuela, Soudan, Chine, Russie, Angleterre, et dans le Montana pour les USA) des OVNIS en forme d'ovales (comme de grosses lentilles de contact), noirs, viennent de se poser. La panique commence à s'installer, même si rien ne se passe, rien de menaçant en tout cas. Weber (Forest Whitaker), un officier de l'armée, vient chercher Louise à son bureau afin de lui demander de traduire quelques bribes de 'mots' prononcés par les extraterrestres, qui ont pu 'converser' avec des humains. Louise lui rétorque qu'il lui faut converser elle-même avec eux pour pouvoir avoir une chance de les comprendre.

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Elle embarque pour le Montana, accompagnée de Weber et de Ian Connelly (Jeremy Renner), un scientifique (physicien). Tous les jours, à heures fixes, l'OVNI s'ouvre, permettant aux humains de pénétrer pour rencontrer les extraterrestres, à travers une sorte d'épaisse vitre. Les extraterrestres, qui conversent par le biais de formes circulaires variables, ont des formes d'heptapodes (sept pieds), tentaculaires. D'abord hésitants, les débuts de Louise et Ian pour communiquer avec les heptapodes (entre eux, ils surnomment les deux extraterrestres qui communiquent avec eux Abbott et Costello, du nom de deux comiques américains du cinéma des années 50) vont rapidement porter leurs fruits, quand ils parviendront à se faire à peu près comprendre d'eux, et surtout à comprendre la signification de ces cercles : des phrases entières constituées de diverses formes reliées entre elles, chacune signifiant un mot ou une expression. Un jour, un message indique 'offrir arme'. Quand l'armée va savoir que le mot 'arme' a été dit, la situation va changer, les extraterrestres devenant, pour eux, d'un coup, hypothétiquement belliqueux. Partout dans le monde, la panique s'installe, des pays (Chine, Russie) déclarent la guerre aux aliens.

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En réalité, et Louise et Ian vont le comprendre, l'arme en question est en réalité un outil, un cadeau offert aux humains de la part de ces visiteurs de l'espace, qui ne sont absolument pas belliqueux. La compréhension de ce langage de symboles permet de découvrir une nouvelle perception du temps, qui devient dès lors fluide, non-linéaire. Louise se met à avoir des visions du futur, elle se voit appeler, sur son numéro de téléphone privé, le général Shang, qui coordonne les opérations militaires en Chine, pour le convaincre de cesser les hostilités vis-à-vis des extraterrestres et lui expliquer le but de leur visite. La situation va donc totalement se pacifier un peu partout dans le monde. Louise va sortir grandie de cette incroyable expérience, d'autant plus qu'avec Ian, ça colle très bien...Tellement bien qu'ils vont vivre ensemble et avoir une fille, Hannah, laquelle Hannah est la fille que Louise, au début du film, a perdu suite à une maladie (pendant le film, en flash-backs, on apprend que le père de Hannah, et par ailleurs l'ex de Louise, est un scientifique, dont le nom n'est jamais donné, ni aucune photo montrée). Et le spectateur de comprendre que tout Premier Contact est en réalité un flash-back géant...

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Voilà. Premier Contact est une petite splendeur de science-fiction intelligente et humaine, qui m'a beaucoup fait penser à Rencontres Du Troisième Type de Spielberg parfois. Très intelligent, le scénario du film est d'une subtilité telle que la première fois qu'on regarde Arrival, on est un peu estomaqué par certaines scènes (vers la fin, un flash-back, en réalité un flash-forward, montre Louise feuilleter un épais ouvrage qu'elle a écrit, sur la signification du langage des heptapodes, tout en conversant avec sa fille ; cette séquence perturbe pas mal au premier visionnage, car on commence à ne pas comprendre), et arrivé le final, c'est à la fois une délivrance (on comprend) et un pur choc (impossible d'imaginer pareille fin quand on commence à regarder le film). Les acteurs sont excellents, la réalisation est sobre (pas d'effets type vidéo-clip), les effets spéciaux sont réduits au strict minimum, ce n'est pas un film d'action... C'est, au contraire, une oeuvre profondément subtile, émouvante et, vraiment, le terme convient, humaine. Un chef d'oeuvre dans son genre, oui, tout à fait, la réputation de ce film est donc pleinement justifiée !