Requiem for a dream

 Spoilers...

J'ai longtemps détesté ce film. Quand j'avais abordé Trainspotting de Danny Boyle ici, il y à pas mal d'années (2009), j'avais terminé l'article en clamant que je détestais Requiem For A Dream, film qui, comme Trainspotting (mais dans un autre registre), aborde la drogue. Mon avis a clairement changé sur ce film, le deuxième de Darren Aronofsky (un réalisateur dont je ne suis vraiment pas fan : je n'aime de lui que ses deux premiers films, et j'ai d'ailleurs abordé ici, récemment, son premier film, Pi, qui est tout de même un film difficilement appréciable et que je ne suis pas sûr d'aimer vraiment ; je l'ai en revanche franchement trouvé intéressant). Sorti en 2000, Requiem For A Dream est l'adaptation d'un roman de Hubert Selby Jr (qui apparait rapidement dans un rôle de gardien de prison hilare) qui s'appelle, en anglais, comme le film, mais dont le titre français est Retour A Brooklyn (au Québec, le film s'appelle ainsi). Mort en 2004, Selby était un auteur aride, violent dans ses textes, qui a connu une vie difficile (atteint de tuberculose à 18 ans, il a failli y passer et a passé une partie des années 40 à l'hôpital, suite à plusieurs infections pulmonaires. Il a commencé à écrire pour passer le temps, et son premier roman, Last Exit To Brooklyn, sera publié, avec scandale, en 1964. Un roman dur, obscène, réaliste. L'auteur connaîtra une addiction à l'héroïne, puis, une fois sevré de cette merde, à l'alcool. Il est mort des suites d'une infection pulmonaire relative à son ancienne tuberculose. Ses romans ne sont pas vraiment des parangons de gaieté (La Geôle, Le Démon).

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Le film est interprété par Jared Leto, Jennifer Connely, Ellen Burstyn et Marlon Wayans ; Christopher McDonald, Louise Lasser, Sean Gullette, Mark Margolis, Samia Shoaib (tous trois à l'affiche de Pi, Gullette en acteur principal), ainsi que Keith David complètent notamment la distribution du film. Scénarisé par Aronofsky et Selby lui-même, bénéficiant d'une époustouflante et hantante musique de Clint Mansell et le Kronos Quartet, doté d'un rythme de montage des plus étonnants et limite épileptique et subliminal, le film est une lente (et heureusement, courte : 100 minutes) descente aux Enfers de quatre personnages résidant à New York. Harold 'Harry' Goldfarb (Jared Leto) vit chez sa mère Sara (Ellen Burstyn), une femme âgée pasant son temps devant sa télévision, et passe aussi le plus clair de son temps à aller chez le prêteur sur gages pour y récupérer sa télévision, qu'Harry met fréquemment au 'clou' afin de se faire un peu d'argent. Et de l'argent, Harry en a besoin : il est accro à l'héroïne, et en a besoin pour se payer ses doses. Ce sinistre penchant pour la horse, Harry le partage avec sa petite amie Marion (en VF, Marianne ; jouée par Jennifer Connelly) et son pote Tyrone (Marlon Wayans). Les trois amis passent le plus clair de leur temps à se piquer et à s'inventer un paradis personnel et artificiel.

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Afin de réaliser le rêve de Marion (ouvrir une boutique de vêtements stylisés, elle veut être styliste de mode), Harry et Tyrone se lancent dans le trafic de drogue, et se font pas mal d'argent, ce qui signifie qu'ils ont plus d'argent à depenser dans leur achats de doses. Pendant ce temps, la mère d'Harry, Sara, se persuade qu'elle va bientôt participer à son émission de jeux TV favorite et veut se forcer à maigrir (elle n'est pas grosse, mais un peu empâtée tout de même) afin de rentrer dans sa robe rouge, qu'elle pourrait mettre pour l'émission. Son médecin lui prescrit des coupe-faims qui, en réalité, sont des amphétamines, drogue lysergique dont elle va rapidement devenir accro, tant ces petites pilules vont lui apporter bien-être et confort. Harry se rend compte de l'état de sa mère, tente de la raisonner, mais son propre état (accentué par un manque cruel, l'héroïne se faisant rare suite à une guerre des gangs ayant tari le marché) va compliquer les choses. La descente aux enfers des camés peut alors commencer... 

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Requiem For A Dream fait fréquemment partie des listes du style plus grands films sur la drogue, ainsi que du style films que l'on ne reverra jamais, pour cette dernière catégorie, en allusion à sa scène finale, des plus traumatisantes (et la musique hantée de Clint Mansell en est un atout indéniable), une succession de saynètes montrant les quatre personnages dans leurs Waterloos personnels : séances d'électrochocs pour l'une, plongée dans la prostitution pour une autre, prison et amputation d'un bras infecté par les fixes répétitifs pour un autre... Le montage épileptique, de plus en plus frénétique, et accentué par la musique, rend l'ensemble totalement marquant (et remarquable), et inoubliable. C'est clair, si on revoit souvent Trainspotting parce que le film est, globalement, drôle (des passages sont durs quand même, mais au final, si peu), Requiem For A Dream ne donne pas envie de s'y replonger de sitôt, une fois le visionnage achevé. Un peu comme le Salo de Pasolini, le film reste longuement dans les mémoires, pas besoin d'y revenir (même si c'est surtout la scène finale qui marque, l'ensemble du film est tout de même puissant).

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Est-ce un chef d'oeuvre ? Dans son genre, probablement, oui. C'est en tout cas un film marquant, culte aussi, et si vous avez envie de prendre de la drogue après l'avoir regardé, c'est que votre cerveau est totalement dérangé. Après un visionnage pareil, même une petite addiction telle que celle des cigarettes paraît une atroce monstruosité. Les acteurs sont criants de vérité (Ellen Burstyn, fameuse pour avoir joué la mère de Regan dans L'Exorciste, et Jared Leto sont inoubliables, mais tous sont excellents), la réalisation et le montage sont très originaux (trop, sans doute : la force des films d'Aronofsky en font aussi leur faiblesse, c'est quand même un peu trop particulier parfois), la musique est grandiose et culte, le scénario adapte plutôt bien le très puissant roman de Selby, et le message du film (la drogue, c'est de la merde) passe comme une lettre à la Poste avec envoi recommandé. Pas un film destiné à tout le monde (âmes sensibles, s'abstenir), mais si vous avez le coeur accroché, Requiem For A Dream est à voir à tout prix.