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Spoilers...

Lorsqu'il réalise ce film en 1985, William Friedkin n'a rien fait depuis 1980 et le très maudit (tournage difficile, tensions diverses, et reniement, par la suite, de l'acteur principal, qui dira détester le film) Cruising, avec un Al Pacino convaincant en flic chargé d'infiltrer la communauté gay/SM afin d'enquêter sur une série de meurtres la touchant. Le film est excellent, très malsain (des inserts subliminaux, notamment, amènent de la tension), mais sera un échec commercial des plus retentissants, sans parler de son échec critique, le film se fera laminer par la presse (et son acteur principal) et se taillera une réputation de sombre merde à oublier. Déjà qu'un des films précédents de Friedkin, Sorcerer (1977), bien qu'il soit un pur chef d'oeuvre, sera lui aussi un immense bide commercial (et le film sorti entre les deux, Têtes Vides Cherchent Coffres Pleins, en 1978, une comédie policière avec Peter Falk, Peter Boyle et Warren Oates, sera lui aussi un bide, et est même depuis totalement oublié). Inutile donc de dire que malgré le succès critique et commercial de French Connection (1971) et L'Exorciste (1973), Friedkin, au début des années 80, n'est plus trop en odeur de sainteté et commence à vivre la même chose que Michael Cimino suite à sa Porte Du Paradis (1980), film magnifique, certes, mais dont l'échec commercial et critique signera quasiment la faillite d'United Artists Productions.

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Billy mettra donc cinq ans, cinq longues années avant de refaire un film (et par la suite, ce délai sera grosso modo le même de film en film, malgré quelques années rapprochées genre 1988/1990 et 1994/1995 pour les délais entre respectivement Le Sang Du Châtiment et La Nurse, et Blue Chips et Jade). Le film qu'il fera en 1985 sera, aux USA, un beau petit succès (deuxième du box-office à sa sortie, mais la suite de sa carrière en salles ne sera pas aussi immense que prévue tout de même), mais moins en France, où il passera assez incognito. Il ne passe pas souvent à la TV, aussi, je ne me souviens plus de quand date la dernière diffusion sur une chaîne autre que du satellite ou internet, mais c'est rare. Ce film, c'est Police Fédérale Los Angeles, un film qui, avec Le Sixième Sens (Manhunter) de Michael Mann (1986) interprété par le même acteur principal (William Petersen), marque quelque part une sorte de renouveau dans la manière de tourner un film policier. A rapprocher aussi de la fameuse série TV, de la même époque, Deux Flics A Miami. Aussi interprété par Willem Dafoe, John Pankow, Debra Feuer, John Turturro, Dean Stockwell et Darlanne Fluegel (Robert Downey Sr, le papa de Jr, joue aussi dans le film), c'est donc un polar se passant à Los Angeles, et dont le titre original est tout autre : To Live And Die In L.A. (autrement dit, le titre de mon article en est une traduction littérale).

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Richard Chance (William Petersen) est un agent des Services Secrets américains, chargé, avec son collègue Jimmy Hart, de traquer un faussaire du nom de Rick Masters (Willem Dafoe), basé à Los Angeles. Chance est un flic tête brûlée, du genre à réfléchir à ce qu'il faut faire une fois qu'il a tiré ; Hart, lui, est un vétéran à quelques jours de la retraite. C'est seul que Hart va pénétrer dans un entrepôt situé en plein désert, qu'il soupçonne d'être une imprimerie clandestine pour Masters. Au cours de sa vadrouille solo, il est abattu par Masters et son garde du corps Jack. Apprenant la mort de son coéquipier, Chance clame haut et fort qu'il veut la peau de Masters, peu importe comment. On lui attribue un nouveau coéquipier, John Vukovich (John Pankow), et les deux reprennent leur enquête, mettant d'abord sous surveillance un avocat véreux, Max Waxman, qui est en lien avec Masters, afin d'obtenir des informations sur ce faussaire du genre insaisissable. Au cours d'une des surveillances nocturnes, Vukovich s'endort. Au cours de la nuit, Masters tue Waxman et s'enfuit sans qu'ils ne puissent rien faire pour l'arrêter. 

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Alors que Chance arpente les rues de Los Angeles et fait jouer ses atouts (il sort avec Ruth - Darlanne Fluegel -, une préposée à la conditionnelle et espère obtenir des infos en la baisant), Vukovich rencontre secrètement l'avocat de Masters, Grimes (Dean Stockwell) et parvient à obtenir de sa part que Masters rencontre les deux flics alors que ceux-ci se font passer pour des banquiers véreux intéressés par les talents de faux-monnayeur de Masters. D'abord réticent, il accepte de passer un marché avec eux pour de la fausse monnaie, pour un montant d'un million de dollars. Il leur demande, en avance, 30 000 dollars, ce qui est largement au-dessus de la somme qu'un flic en mission est autorisé à débourser de la caisse noire de la police. Afin d'obtenir l'argent d'une autre manière, Chance parvient à persuader Vukovich de tenter un cambriolage chez un homme qui, selon Ruth, possèderait une telle somme d'argent en liquide chez lui. Jusqu'où les deux flics iront-ils dans leur quête pour enfin mettre Masters hors d'état de nuire ?

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Adapté d'un roman de Gerald Petievich (qui a cosigné le scénario avec Friedkin), Police Fédérale Los Angeles est un polar furieux à l'ambiance et à l'esthétique totalement 80's. Impossible de ne pas penser à la série TV Deux Flics A Miami en regardant ce film qui, visuellement, et jusque dans sa bande-son tonitruante (signée Wang Chung, un groupe de new-wave anglais qui, malgré son nom, n'a rien à voir avec la Chine ou l'Asie), y fait vraiment penser. On pourrait croire que ça a pris un coup de vieux, et dans un sens, oui, c'est vrai, ça sent vraiment les années 80, un peu comme Le Flic De Beverly Hills (premier du nom), mais le film possède une patine qui lui confère un charme indéniable. Et puis, son scénario est remarquable, et les acteurs sont juste excellents, notamment Dafoe et Petersen. Le premier est génial dans le rôle de ce faussaire charmeur et mauvais garçon, et le deuxième, en flic tenace à la Dirty Harry des années 80, est parfait. Le futur Grissom des Experts trouve ici son meilleur rôle au cinéma (Le Sixième Sens de Mann, qui possède le même genre d'esthétique 80's que le film de Friedkin, est également un grand rôle). 

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On notera aussi, pour finir, une séquence de course poursuite automobile au moins aussi géniale, si pas meilleure en fait, que celle de French Connection du même Friedkin, achevant de faire de ce To Live And Die In L.A. un des meilleurs films du réalisateur et un des plus grands thrillers réalisés depuis les années 80. Réalisation au cordeau, interprétation parfaite, scénario solide, scènes efficaces, ambiance 80's du meilleur effet, musique certes datée (et Wang Chung n'a jamais été un grand groupe de new-wave, de plus, ils n'ont eu qu'un tube, "Dance Hall Days", qui ne se trouve pas dans l'album de la B.O. du film mais est rapidement entendue dans une de ses scènes) mais qui colle bien au film... Un classique absolu du genre !!!