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 Spoilers !

Le 15 juillet 1974, les téléspectateurs d'une chaîne de TV d'informations locale de Floride (à Sarasota), la chaîne WXLT-TV, eurent l'honneur (si on peut dire) d'assister en direct au premier suicide filmé, celui de la présentatrice Christine Chubbuck qui, après un court et caustique discours d'adieu sur le toujours plus, toujours plus loin pour l'audience qui trônait déjà, a sorti une arme à feu de son sac, ou de sous son bureau, l'a appliqué sur sa tempe et a tiré. Les cameramen ont bien entendu filmé tout ça en live (à la régie, ils ont été suffisamment réactifs pour mettre un écran d'interruption de programme et un film une petite poignée de secondes après le coup de feu), et la vidéo, qui existe, fait partie des quelques vidéos qui ont été, on s'en doute, interdites au public (ne la cherchez pas sur le Net, s'il y en à une, c'est sûrement un fake). Pourquoi un tel geste ? La jeune femme (même pas 30 ans) était dépressive, et en avait marre du système et du milieu de la TV. Il semblait inévitable que tôt ou tard on en fasse un film. Une paire de TVfilms ont très certainement été faits sur la journaliste elle-même, mais c'est en 1976 que sortira un film qui sembla s'inspirer de ce tragique fait divers.

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Ce film, réalisé par Sidney Lumet et écrit par Paddy Chayefsky, s'appelle Network : Main Basse Sur La TV (Network en VO), et sera un gros succès à sa sortie. Mais il est assez erroné de dire que le film s'inspire de ce fait divers vieux de deux ans : Chayefsky (le seul scénariste à avoir obtenu, pour lui seul à chaque fois, trois Oscars du meilleur scénario, dont pour ce film, qui a obtenu trois autres Oscars ; les autres à avoir obtenu trois statuettes n'étaient, dans leurs cas, que co-scénaristes) affirmera, et Lumet aussi, que non seulement le personnage principal du film, Howard Beale, joué par Peter Finch, n'est pas inspiré par Chubbuck, mais qu'en plus, il avait commencé à écrire le scénario du film, et notamment le postulat de départ, avant le suicide en direct de la journaliste. Il s'agit donc d'une coïncidence des plus étranges, sordides mêmes, qui a été, on s'en doute, un peu utilisée par la presse à l'époque, pour vendre le film. Film qui, même sans ça, aurait été un gros succès (comme je l'ai dit, il a raflé 4 Oscars : meilleur scénario, meilleure actrice (Faye Dunaway), meilleur acteur pour Peter Finch, et meilleure actrice en second rôle (Beatrice Straight). Les autres acteurs du film sont William Holden, Robert Duvall, Ned Beatty, Wesley Addy, Jordan Charney et William Prince, notamment. 

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Le film aborde la TV, et une chaîne de TV nationale fictive, Union Broadcasting Systems, UBS. Laquelle chaîne est rachetée par un conglomérat, CCA. Le présentateur-vedette du journal TV, Howard Beale (Peter Finch), qui présente la grand-messe du 20h depuis plus de 20 ans mais n'en demeure pas moins en perte d'audimat, est de ce fait sèchement renvoyé par  Frank Hackett (Robert Duvall), le dirigeant de la chaîne. Et ce, malgré les violentes protestations de Max Schumacher  (William Holden), le chef du service Informations et ami personnel de Beale. Pétant un plomb, Beale devient de  plus en plus hargneux au fur et à mesure que la fin de son contrat approche, ses JT deviennent des rings pour ses revanches personnelles, et il en vient même à menacer de se suicider en direct. Diana Christensen (Faye Dunaway), la directrice des programmes, qui ne pense qu'à l'audimat, flaire le bon gros coup médiatique et encourage Beale à se lâcher, elle lui donne carte blanche. 

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Le carton d'audience est assuré le soir où Beale, un Beale très remonté, hurle aux téléspectateurs de se rebeller contre le système. Hackett renvoie Schumacher et donne les pleins pouvoirs à Christensen, qui transforme l'émission de Beale en une stupidité commerciale dans laquelle le présentateur, qui semble être devenu dingue, gueule de plus en plus d'inepties populistes. Son cri du coeur, Je suis fou de rage, et je ne supporterai pas ça plus longtemps ! est repris en chaîne. Christensen, parallèlement, prépare une série documentaire sur des terroristes maoïstes. Un jour, Beale révèle qu'UBS va être racheté par des Saoudiens, et demande que l'on s'insurge contre ça. Sentant les emmerdes arriver, Jensen (Nead Beatty), patron de CCA qui dirige UBS, demande à Beale de changer son fusil d'épaule, de cesser de faire du populisme pour faire, désormais, un panégyrique du capitalisme. Ce qui va entraîner une perte d'audimat. Face à ce retournement de situation, la solution de Christensen sera des plus...radicales !

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Network est un classique du cinéma américain, du cinéma tout court d'ailleurs, et aussi bien Faye Dunaway, Peter Finch que le scénariste Paddy Chayefsky méritent amplement leurs Oscars respectifs. Diatribe virulente et violente contre la télévision et la course à l'audimat, le film n'a pour ainsi dire pas vieilli. Si les conditions techniques de retransmission télévisuelles ont vieilli (le film a 40 ans, tout de même), le sujet du film est toujours d'actualité, plus que jamais même, car on est vraiment dns une perpétuelle course au buzz. Les acteurs sont géniaux, le scénario est diabolique, la réalisation de Lumet (Serpico, Un Après-Midi De Chien) est classieuse, tout concourt à faire de ce film un grand moment. On notera, last but not least, que la fameuse réplique de Peter Finch, que j'ai écrite en intégralité et en anglais dans le texte en guise de titre de mon article, fait partie des plus cultes de l'histoire du cinéma. A elle seule, elle a permis à Network de devenir un film culte qu'on ne se lasse jamais de revoir. Essentiel !