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 Spoilers ! La fin est révélée !!

Frank Darabont a commencé sa carrière de réalisateur au début des années 80 avec un court-métrage, The Woman In The Room, adapté de la nouvelle du même nom (en français, elle s'appelle "Chambre 312"), une nouvelle de Stephen King publiée en recueil en 1978 dans Danse Macabre. Je ne sais pas, ou plus, si ce court-métrage est un de ces dollar babies (contre 1 dollar symbolique, King accepte que des étudiants en cinéma adaptent une de ses nouvelles, à condition que le film tourné ne soit pas commercialisé, du moins, dans un premier temps), mais il me semble que oui, cet accord dit Dollar Baby, ou Dollar Deal, ayant été lancé au début des années 80. Après ce court-métrage aujourd'hui difficilement visible, Darabont a tourné un TVfilm, puis s'est lancé dans le long-métrage de cinéma en 1994 avec Les Evadés, un film qui à sa sortie ne marchera pas fort mais est désormais, depuis sa sortie VHS et ses premières diffusions TV, devenu culte, et fait partie des films préférés des spectateurs. Aussi bien ce film que son suivant, La Ligne Verte en 1999, sont des adaptations de l'univers de Stephen King (et deux histoires carcérales, de plus), une nouvelle pour le premier, et un roman (publié en feuilletons) pour le second. De là à dire que Darabont est un habitué kingien, c'est un pas que je n'hésite pas à franchir, car après avoir tourné un film n'ayant rien à voir avec King (The Majestic) et quelques épisodes de séries TV, Darabont est revenu à l'univers de King en 2007 avec un film que King a souvent cité comme étant une de ses adaptations préférées de son oeuvre : The Mist. C'est son dernier film à ce jour.

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Le film, interprété par Thomas Jane, Toby Jones, Marcia Gay Harden, Laurie Holden, Andre Braugher et William Sadler (déjà vu dans Les Evadés et La Ligne Verte), est une adaptation d'une longue nouvelle (ou novella, ce qu'était déjà la nouvelle "Rita Hayworth Et La Rédemption de Shawshank" qui a donné Les Evadés) publiée en 1985 dans le recueil Brume, et intitulée, justement, "Brume". Longue de presque 200 pages, cette nouvelle a été remarquablement bien adaptée, mais on notera des différences, notamment dans la fin. Assez ambigüe (mais tout de même un peu optimiste) dans la nouvelle, elle est, dans le film, d'une noirceur tellement intense qu'elle résonne dans le cerveau du spectateur pendant de nombreuses heures après le visionnage. J'ai prévenu en haut d'article et je le redis ici : la fin du film va être révélée, alors si vous n'avez pas encore vu The Mist et avez l'intention de le voir, arrêtez la lecture, et revenez la reprendre une fois que vous aurez vu le film. A la fin de la nouvelle, le héros et son fils sont vivants (vu que l'histoire est racontée par le personnage principal, à la première personne, on sait très bien qu'il est vivant à la fin, ceci dit), même si on ne sait pas très bien ce qui va leur arriver dans le futur, mais il y à de l'espoir ("espoir" est le dernier mot du texte). Dans le film, à la fin, le héros tue son fils, par pitié et pour éviter que son fils ne se fasse tuer par les monstres. Mais à peine a-t-il achevé son fils que les secours arrivent, et voilà le héros qui hurle à la mort toute sa détresse... 

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Bref, The Mist, c'est pas exactement une comédie familiale. Ceci dit, on s'en doutait un peu quand même, rien qu'à regarder l'affiche, l'accroche sur l'affiche ("La peur change tout") et en sachant que c'est une adaptation de King. Or, si King met souvent de l'humour (un humour assez noir et cynique) dans ses romans et nouvelles, dans "Brume", franchement, il a shunté ses effets légers habituels. Le film se passe, comme la nouvelle, à Bridgton dans le Maine. David Drayton (Thomas Jane) est un artiste visuel, et il vit dans une belle petite maison avec sa femme Stephanie (Kelly Collins Lintz) et leur fils Billy (Nathan Gamble), âgé de 8 ans. Un violent orage survient, obligeant la famille à se réfugier dans leur cave. Le lendemain de l'orage, tout ou presque a été dévasté, et une épaisse brume commence à s'installer. Devant faire des courses pour le ravitaillement, David embarque Billy avec lui, ainsi que Brent Norton (Andre Braugher), leur voisin. Une fois arrivés au supermarché, alors qu'ils font leurs courses (et ils ne sont pas les seuls !), ils aperçoivent, dehors, une foule de voitures de police filant à toute allure, et un homme, terrorisé, ses vêtements tâchés de sang (qui n'est pas le sien), du nom de Dan Miller, entre dans le supermarché en clamant que la brume est dangereuse, il y à un danger dans le brouillard, quelque chose qui a attaqué des gens. 

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Pour les personnes dans le supermarché, qui se barricadent en constatant qu'effectivement, il semble se passer quelque chose de terrible dehors et que la brume empêche toute visibilité, va alors commencer un vrai cauchemar. Des dissensions vont se créer entre eux, certaines personnes prenant le parti (quelque peu fanatique, la personne étant une illuminée religieuse) de Mme Carmody (Marcia Gay Harden), qui clame que l'Armageddon est arrivé. D'autres personnes, comme David (qui tente comme il peut de protéger son jeune fils de tout ça), cherchent avant tout à comprendre ce qui se passe. Quand un jeune employé tente de sortir par l'arrière du magasin et est attaqué par des tentacules sortant de la brume, le cauchemar va aller en s'accentuant...

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Terrifiant, rempli d'un suspense douloureux, doté d'une ambiance apocalyptique digne de la nouvelle et d'une fin absolument immense (que King dira adorer) et inoubliable, The Mist est un des meilleurs films d'horreur parmi les plus récents, et une preuve de plus que Darabont et King font vraiment un remarquable ménage (Darabont a toujours eu envie d'adapter Marche Ou Crève en film, le projet n'a jamais abouti mais le réalisateur n'aurait apparemment pas jeté l'éponge pour autant). La fin du film, montrant David abattre son fils et les autres survivants avec les dernières balles qu'il lui reste avant de se décider à se faire tuer par les monstres de la brume, mais voyant les secours militaires arriver pour le sauver (en attendant quelques minutes, ils auraient tous eu la vie sauve), et qui hurle à la mort, est du genre à vous empêcher de dormir. On s'imagine dans la même situation et...non, en fait, on n'a pas envie de s'imaginer dans la même situation. Et c'est bien le pire dans tout ça. On atteint ici l'extrême dans l'horreur psychologique, déjà qu'on est malmenés durant tout le film (qui dure 2 heures) avec ces monstres tentaculaires, insectoïdes ou volants qui errent on ne sait comment ni pourquoi dans la brume, mais quand survient ce final, c'est le K.O. absolu. Puissant, dérangeant, magistralement adapté d'une déjà remarquable nouvelle, The Mist est un chef d'oeuvre du genre.