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Spoilers...

Il y à des mots qui, direct, vous replongent dans les glorieuses années 70 (que je n'ai pas connues, hélas, j'aurais tant aimé êtré né dans les années 50 et vivre tout ça en direct !). "Blaxploitation" en est un parmi tant d'autres. Ce sous-genre cinématographique typiquement américain, et encore plus typiquement new-yorkais (une grande partie des films de blaxploitation se passent à Harlem), a eu son heure de gloire de 1970 à environ 1978. De quoi s'agit-il ? De films faits par et pour les Blacks. Ségrégation raciale ? Absolument pas. Au contraire : destinés initialement au public afro-américain en vue de lui regonfler un peu l'image, de les revaloriser (Say it loud ! I'm Black and I'm proud ! comme le chantait Jaaaaaaames Brown) et de balancer aussi quelques vérités bien senties sur les p'tits culs-blancs en même temps, ces films ont assez rapidement contaminé tout le monde. Blacks, Blancs, tout le monde a regardé, en salles, les films de blaxploitation, qui sont devenus un vrai phénomène de société et, pour certains de ces films, des oeuvres cultes. Les Nuits Rouges De Harlem (alias Shaft) en 1971, avec sa fameuse musique signée Isaac Hayes, en est un. Coffy, La Panthère Noire De Harlem, en 1973, avec Pam Jackie Brown Grier, en est un autre. Truck Turner, en 1974, avec Isaac Hayes lui-même, en est encore un. Sans oublier la matrice originelle, si on peut dire : Sweet Sweetback's Baadasssss Song, 1971), réalisé et interprété par Melvin Van Peebles, film culte s'il en est.

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En 1972, un film, paumé à l'époque dans l'incroyable vague blaxploitation (je ne sais pas au juste combien de films ont été faits dans ce courant cinématographique assez limité - intrigues qui, souvent, tournaient autour de la came, des putes, de Harlem, de guerre des gangs, de policiers corrompus et répressifs - et Blancs, évidemment - et d'anti-héros) est sorti et est aujourd'hui considéré comme un vrai flm culte. Mais, chose amusante, sa bande-son, signée du grand Curtis Mayfield (ex des Impressions), est encore plus connue que le film lui-même (à noter que Mayfield et son backing-band apparaissent dans le film, en train de jouer) : Superfly. Ou Super Fly, ça dépend de l'orthographe. Réalisé par Gordon Parks (le même qui a réalisé Les Nuits Rouges De Harlem et sa première suite Les Nouveaux Exploits De Shaft) et interprété par Ron O'Neal, Julius Harris, Carl Lee, Sheila Frazier, Charles McGregor et avec donc Curtis Mayfield et ses musiciens (Master Henry Gibson, Lucky Scott, Tyrone McCullough et Craig McMullen), le film est un pur produit de la blaxploitation et un de ses plus beaux représentants. Ce courant cinématographique ayant le plus souvent été l'objet de films médiocres (mal réalisés et interprétés, aux intrigues banales et redondantes, à la violence surmultipliée et éhontée, aux clichés abondants), sans parler de nanars tels que Blacula et Blackenstein (véridiques, ces deux films d'horreur ont bien été faits !), un film tel que Superfly, malgré des défauts, est une des exceptions, avec le premier Shaft et le film originel de Melvin Van Peebles.

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L'action se passe à New York, quartier de Harlem. Youngbood Priest (Ron O'Neal) est un trafiquant de drogue, spécialisé dans la cocaïne. Sentant bien que sa vie serait meilleure sans tout ça, il a une envie pressante, celle de quitter ce milieu pourri et dangereux. Mais il lui faut trouver suffisamment d'argent pour pouvoir réussir à refaire sa vie, et il ne se sent pas spécialement prêt et chaud pour un boulot régulier qui, pourtant, lui assurerait un peu d'argent. Mais son style de vie est tellement élevé (la drogue, mine de rien, ça rapporte, quand on évite la prison), il conçoit un plan afin de vendre 30 kilos de cocaïne afin de s'assurer un peu de confort en attendant de trouver un boulot qui lui convienne vraiment (il est, de plus, conscient que son passé de délinquant pourrait être un frein pour d'éventuels recruteurs ; ce mec est loin d'être con, hein ?). Youngblood Priest va rencontrer diverses difficultés, provenant aussi bien de ses amis (trahisons en tous genres) que de la police (corruption, magouilles...). La vie est dure !

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Ce résumé rapide et quelque peu ironique (histoire de montrer à quel point l'intrigue est banale, remplie de clichés ; ceci dit, les rappeurs gangstas américains des années 80 à maintenant, NWA, Snoop Dogg, 50 Cent, etc, ont tout piqué aux films de blaxploitation) du film ne donne peut-être pas spécialement envie de le voir ou le revoir. Mais je peux vous assurer que ce film, malgré des défauts (son scénario assez moyen et rempli de poncifs en est un ; son interprétation aléatoire, Ron O'Neal étant correct mais les autres acteurs, c'est fluctuant, en est un autre), est un petit régal de polar 70's made in Harlem, avec, de plus, une bande originale absolument gigantesque. Oui, c'est un fait, la bande-son est nettement plus connue que le film, ce qui est un cas rarissime dans l'histoire de la bande-originale de film. Mais les chansons du film ("Super Fly", "Little Child, Running Wild", "Pusherman") sont parfaites, interprétées par un Mayfield (et sa voix aigrelette et aigüe) en état de grâce. Superfly, le film, est lui un peu daté, un peu inégal, mais reste un très bon film de blaxploitation, un des meilleurs du genre même, et un fan de cinéma d'exploitation se doit de le voir au moins une fois !