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Spoilers...

Chose amusante, ce film, je l'ai découvert...en lisant Stephen King. Les fans de l'auteur ont très certainement compris de quoi je veux parler, mais je vais quand même l'expliquer. En 2006, dans son roman Histoire De Lisey (un de ses meilleurs romans, au passage, bien que pas le plus facile d'accès), King fait souvent référence à ce film de Peter Bogdanovich, sorti en 1971. Non pas qu'entre le film et le roman, il y ait des similitudes d'histoire, mais parce qu'un des personnages principaux, l'écrivain Scott Landon (mari de la Lisey du titre du roman), au passé des plus tourmentés, est un grand fan du film, c'est son film favori, et il le revoir souvent sur une vieille VHS. De fait, on a souvent, dans le roman, des descriptions, plus ou moins vagues, de certaines scènes du film. Je connaissais de nom Bogdanovich (un ancien critique de cinéma ayant commencé sa carrière de réalisateur en 1968, tout en ayant aussi été acteur), mais n'avais jamais vu un seul de ses films (en tant que réalisateur, car sinon, je l'ai vu, comme acteur, dans Opening Night de Cassavetes, où il tenait un rôle secondaire), mais je savais qu'il avait (il n'est pas mort, ceci dit) la réputation de faire des films austères, des films d'auteur, comme, ben tiens, John Cassavetes, justement (qui a démarré comme acteur lui aussi).

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La lecture du roman de King m'a interpellé sur ce film que, sinon, je n'aurai probablement jamais vu, ou alors bien plus tard (je ne me souviens pas qu'il soit un jour passé à la TV, du moins, depuis les 15 dernières années ; c'est typiquement le film à passer sur Arte, mais je n'ai aucun souvenir de ça). Le visionnage du film m'a poussé à en voir sa suite, Texasville, que Bogdanovich réalisera (avec six des acteurs du premier film) en 1990. Je n'aborderai pas Texasville ici, et je n'en parlerai probablement plus ici une fois ce paragraphe achevé. Autant le dire tout de suite, Texasville, qui sera un échec commercial, est un ratage, surtout comparé à La Dernière Séance (The Last Picture Show), car tel est le titre de ce film, le troisième de Bogdanovich. Tourné en un glorieux noir & blanc, sobre d'effets, le film est interprété par une brochette de grands acteurs qui, pour certains, démarraient quasiment leur carrière ici : Jeff Bridges, Timothy Bottoms, Sam Bottoms (son frère), Cybil Shepherd, Cloris Leachman, Ellen Burstyn, Randy Quaid, ainsi que le vétéran Ben Johnson, un des acteurs fétiches de Sam Peckinpah (un acteur aussi bien capable de jouer les durs à cuire violents et cruels que les bons pères spirituels au grand coeur, et c'est dans cette seconde catégorie que se situe son rôle dans le film de Bogdanovich). Le film est adapté d'un roman de Larry McMurtry, du même nom que le film, et l'auteur du roman a cosigné le scénario avec Bogdanovich. A noter que la suite du film, Texasville, est elle aussi adaptée d'un roman de McMurtry, qui avait, en 1987, écrit lui-même une suite au premier roman (qui date, lui, de 1966).

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L'action se passe en 1951, dans une petite ville du Texas, Anarene. Sonny Crawford (Timothy Bottoms) et Duane Jackson (Jeff Bridges) sont amis, et achèvent leurs études au lycée. Sonny vient de rompre avec sa petite amie Charlene et commence une relation adultérine avec Ruth (Cloris Leachman), la femme de Coach Popper, qui travaille au lycée, et au sujet duquel une rumeur d'homosexualité tourne, tandis que Duane courtise Jacy (Cybil Shepherd), qui est, selon lui (et à peu près tout le monde !) la plus belle fille de la ville. Les deux amis, ainsi que Lester (Randy Quaid), errent, quelque peu désoeuvrés, en ville, une ville plutôt morne et sinistrée, et passent le plus clair de leur temps dans le bistrot de Sam le Lion (Ben Johnson), à écouter de la country et boire. Le jeune frère de Sonny, Billy (Sam Bottoms), mentalement limité, est un jour emmené par la petite bande voir une prostituée afin de le déniaiser, mais, ayant joui trop tôt, il met en colère la prostituée qui le gifle. De retour chez eux, ils sont apostrophés par Sam qui, voyant Billy en larmes, pense qu'ils l'ont mal traité, et leur annonce que tant qu'ils ne sauront pas bien traiter Billy, il leur refusera l'accès à son bar et à sa salle de billard et de cinéma. Mais, découvrant la vraie affection que Sonny a pour son petit frère handicapé, il s'excusera auprès d'eux. Alors qu'ils s'en vont pour le Mexique, pendant les fêtes du Nouvel An, afin de s'amuser un peu, Sam meurt d'une attaque...

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La Dernière Séance (qui n'est apparemment pas sorti en salles en France à l'époque, mais seulement en 2013 ! Il existe en DVD depuis 2001 et fut apparemment doublé en VF pour l'occasion) est un film sombre, austère, une sorte de version 'film d'auteur' d'American Graffiti, avec deux ans d'avance. Le film fut quelque peu critiqué à sa sortie pour une scène qui le fera taxer d'obscène (mais cette accusation sera évincée assez rapidement), une scène de bain de minuit dans une piscine. Qui dit 'bain de minuit', dit nudité, évidemment. Franchement, on a vu bien pire dans d'autres films, surtout de cette époque ! Sinon, de par sont ambiance, sa photographie, son sujet, son interprétation, sa réalisation, tout, dans ce film, fait penser à du Wim Wenders des grands jours, des films comme Faux Mouvement, Alice Dans Les Villes, L'Etat Des Choses et bien évidemment Paris, Texas. On a d'ailleurs, une fois, sur le Net, parlé du film de Bogdanovich comme étant l'anti-Paris, Texas ! Remarquablement interprété par des acteurs talentueux (c'est incontestablement le film le plus ancien que j'ai vu avec Jeff  Bridges ; Timothy Bottoms, lui, la même année, a joué dans Johnny Got His Gun de Dalton Trumbo, un chef d'oeuvre), ce film est certes lent et austère, mais purement magnifique. Du Eastwood grand cru, par un autre qu'Eastwood, car on peut aussi penser, parfois, aux films de cet acteur/réalisateur en regardant The Last Picture Show.