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 Spoilers...

Inutile de dire à quel point Al Pacino est un grand acteur. Ah merde, je l'ai dit. Bon, en même temps, quand n a dans sa filmographie des films tels que la trilogie du Parrain, Serpico, Un Après-Midi De Chien, Cruising, Heat, Insomnia, Scarface, Révolution, Révélations et L'Impasse, forcément, ça calme les détracteurs. Et il y en à d'autres, des bons (voire excellents) films avec Pacino. Par exemple, celui-ci, sorti en 1979 et réalisé par Norman Jewison (Rollerball, L'Affaire Thomas Crown...), n'est vraiment pas n film à négliger si on aime l'acteur new-yorkais. Il porte le même nom, points de suspension inclus, qu'un album de Metallica (disons plutôt que c'est l'inverse, en fait !), soit ...And Justice For All, et, pour le titre français, bien traduit en l'occurrence, c'est tout simplement : Justice Pour Tous. Le film est également interprété par John Forsythe, Jack Warden, Lee Strasberg (fondateur de l'Actor's Studio, école d'apprentissage du métier d'acteur dont firent partie, notamment, Robert De Niro...et Pacino), Jeffrey Tambor, Craig T. Nelson et Christine Lahti. Le scénario du film a été co-signé par un certain Barry Levinson, futur réalisateur de Good Morning Vietnam et Rain Man.

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Justice Pour Tous est un film typique du cinéma américain, au même titre que Des Hommes D'Honneur ou Minuit Dans Le Jardin Du Bien Et Du Mal (sans oublier Le Droit De Tuer ? et Le Client, deux adptations de John Grisham, un écrivain spécialisé dans le genre) : un film de procès, un film de justice. Dans ce genre de films, on a droit à des scènes de procès, de plaidoiries, d'embrouillamini d'avocats, de magouilles juridiques en tous genres, etc. Dans ce sous-genre de films dramatiques ou policiers (ici, dramatiques), certains films sont meilleurs que d'autres. Justice Pour Tous, clairement, fait partie du haut du panier. En grande partie grâce à la prestation, absolument quintessentielle, d'un Al Pacino en grande forme, et extrêmement convaincant en avocat de la défense prêt à tout pour sauver la tronche de son client, et ce, malgré un fait des plus essentiels : son client, il le déteste, cordialement, et s'il n'avait pas à le défendre, probablement qu'il aimerait bien le voir plonger, vu les chefs d'accusation.

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Arthur Kirkland (Pacino) est avocat de la défense à Baltimore, et au début du film, il est en cellule, afin de répondre à une agression sur le juge Fleming (John Forsythe), qu'il a frappé au visage à cause d'une affaire qu'il a plaidé et que Fleming a sans cesse renvoyé aux calendes grecques (un homme accusé d'infraction routière mineure mais qui, à cause d'une homonymie avec un tueur, est en prison depuis plus d'un an, accusé de crimes dont il est innocent). Mais Fleming refuse de rouvrir le dossier, malgré les preuves de l'innocence du client d'Arthur. Ce dernier a donc pété les plombs et frappé le juge. Rapidement libéré, Arthur prend une autre affaire, celle d'un transsexuel accusé d'un délit mineur, victime du système. Arthur, dont la vie privée est plutôt morne (il a été élevé par son grand-père - Lee Strasberg - qui, résidant d'une maison de retraite, devient sénile, et est ami avec un vieux juge, Rayford - Jack Warden - au comportement suicidaire et borderline, vétéran de la guerre de Corée), va cependant retomber sur les traces de Fleming un jour : ce dernier est dans une affaire bien embarrassante le concernant : une accusation de viol, et, contre toute attente, c'est à Arthur qu'on propose de le défendre. Les deux hommes se haïssent, et Fleming est de l'avis qu'être défendu par un homme qui le déteste est assez désavantageux. Quant à Arthur, franchement, on sent bien qu'il aurait préféré défendre Hitler ou Manson plutôt que ce juge qu'il déteste, mais qu'il va cependant devoir tenter d'innocenter...

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La question du film, c'est à peu près celle qu'on se pose quand on apprend que tel ou tel criminel (tels les criminels de guerre façon Klaus Barbie, ou les pédophiles ou serial killers façon Dutroux ou Fourniret) va être jugé et, donc, forcément, défendu par un avocat. Comment peut-on défendre tel ou tel monstre ? Dans ce film, le juge Fleming, excellemment joué par John Forsythe, est accusé de viol, et même avant ça, on sent bien que ce n'est pas un mec super cool, vraiment pas un gentil du tout : sachant qu'un homme emprisonné pour meurtre est innocent, il refuse qu'on rouvre le dossier pour le faire libérer, car ça le fait apparemment chier des briques de le faire. Et quand il a besoin d'être défendu, c'est de la part d'un homme qui le hait, et qui l'a frappé. Autre question qui se pose, donc, celui de la confiance mutuelle, et de l'intégrité d'un avocat. Sans parler de la justice qui, comme le titre le dit, est la même pour tout le monde : bien que détestant Fleming et bien qu'il ne reculerait pas devant l'idée de lui passer dessus en voiture (et plusieurs fois de suite, même), Arthur Kirkland est forcé de faire de son mieux pour le défendre et l'innocenter, essayant d'oublier sa rancoeur et ses opinions personnelles, d'être le plus objectif possible. 

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Dans ce rôle d'avocat tiraillé entre son devoir de défenseur et sa haine pour son client (sans parler de ce dont on accuse son client, un viol, ce n'est pas rien), Al Pacino est juste impeccable, imparable, et les meilleures scènes du film (notamment la fin) sont clairement posées sur ses épaules d'italo-américain nerveux et habité. Les autres acteurs, Forsythe en tête, sont excellents, mais Justice Pour Tous est vraiment à voir pour la prestation ahurissante de Pacino, qui prouve encore une fois, après Serpico, après Le Parrain, après Un Après-Midi De Chien, après L'Epouvantail, qu'il est un immense acteur (et la suite de sa carrière, en dépit de quelques ratages comme L'Associé Du Diable, Ocean's Thirteen et City Hall - et encore, ce film, ça va encore -, le prouvera aussi). La réalisation de Norman Jewison (un excellent réalisateur, un bon faiseur, comme on dit) est très bonne, et le scénario est très bien écrit, alternant tension, humour et drame. Un remarquable divertissement comme on en voit trop rarement à la TV, et d'ailleurs, à ce propos, depuis combien de temps ce film n'est pas passé à la TV ? Depuis un bail, il me semble... Qu'est-ce qu'ils attendent ?