Pi

Spoilers...

Sincèrement, je ne peux pas dire que je sois un fan de Darren Aronofsky. OK, The Wrestler est un très bon film, et a permis à Mickey Rourke d'avoir enfin, des années après Angel Heart et L'Année Du Dragon, un nouveau rôle à la hauteur de sa stature. Mais en revanche, The Fountain m'a royalement fait chier, Black Swan était pas mal, mais je n'aime pas le milieu de la danse classique donc dans l'ensemble je n'ai pas accroché plus que ça, et quant à Noé, merci de ne pas m'en parler sinon je m'énerve (dans le genre film biblique voulant péter plus haut que son cul et ne parvenant qu'à être ridicule, ce film se place tout en haut de la catégorie ; il est non seulement invraisemblable, mais totalement chaotique). Je n'ai pas vu Mother ! et je n'ai pas l'intention de le voir, ce qui est encore plus fort. Restent deux films d'Aronofsky, ses deux premiers en l'occurrence : Pi et Requiem For A Dream. J'aborderai le suivant sur le blog par la suite (un film choc et incroyable sur la drogue en plus d'une excellente adaptation d'Hubert Selby Jr), mais aujourd'hui, c'est de Pi que je veux parler. 

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Court (80 minutes), le film est en noir & blanc, et fait furieusement penser, parfois, au Eraserhead (1977) de David Lynch, film qui fut, lui aussi, une première oeuvre des plus marquantes. Le film d'Aronofsky, co-écrit par Aronofsky, Eric Watson et l'acteur principal du film Sean Gullette (pour l'histoire, adaptée par le réalisateur seul), date de 1998 et sera, à sa sortie, très remarqué : il obtiendra le prix de la mise en scène à Sundance, et sera en sélection officielle et en compétition à Deauville, en 1998 à chaque fois. Le film est interprété par Sean Gullette, donc (qui avait tourné dans la toute première oeuvre d'Aronofsky, un court-métrage de fin d'études), Mark Margolis, Ben Shenkman, Pamela Hart, Samia Shoaib, Ajay Naidu, Stephen Pearlman et Joanne Gordon. C'est un film court, donc, et dans un sens ce n'est pas plus mal, car Pi (d'après, évidemment, le fameux nombre mathématique qui s'écrit notamment TT) est clairement le genre de film qui peut rendre dingue et qui peut aussi, dans le meilleur des cas, vous filer un sacré mal au crâne, surtout quand on le regarde pour la première fois. Ce n'est clairement pas un film léger, encore mois drôle, mais au contraire, une oeuvre austère et rude, et d'une grande complexité.

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Max Cohen (Sean Gullette) est un jeune mathématicien surdoué de confession juive (l'action se passe vraisemblablement dans les années 80, vu le matériel informatique - ordinateur à disquettes et bandes, etc - du film) qui pense,  comme autrefois l'illustre Galilée, que la nature entière est un livre écrit en langage mathématique. Son obsession (le terme n'est vraiment pas exagéré pour le coup) est de chercher une suite mathématique logique dans tout ce qui l'entoure, que ce soit les cours de la Bourse, les spirales des coquilles d'escargots, et surtout les décimales du nombre TT, qu'il analyse grâce à un ordinateur imposant et fait maison, qui occupe une grande partie de l'appartement dans lequel il vit, célibataire évidemment, car on devine aisément que personne de sensée ne pourrait vivre avec lui et son obsession quotidienne. Cependant, son obsession intéresse plusieurs de ses relations, comme son ancien directeur de thèse de l'université (qui a un temps envisagé de faire comme Max, mais a abandonné l'idée), une femme travaillant à Wall Street et un groupe de Juifs orthodoxes pensant que le nom de Dieu, dans la Torah, est indiqué avec des nombres au lieu de lettres (16 caractères seraient nécessaires pour écrire ainsi son nom). 

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On devine aisément qu'une telle obsession, aussi prenante, aussi chronophage, ne peut que rendre fou : Max, tout le long du film, va ainsi souffrir de délires multiples, divers et variés (hallucinations, parano), ainsi que de violentes migraines. En regardant ce film, on ne peut qu'être heureux qu'il soit aussi court, car avec ne serait-ce que 30 minutes de plus, on serait devenus fous, nous aussi, qui le regardons. Oeuvre totalement inclassable, psychotique, paranoïde et vraiment de dingues, Pi est un film à conseiller aux amateurs de dingueries en tous genres, mais si vous aimez les blockbusters et les films faciles à suivre, vous feriez mieux de passer votre chemin sans regret. Grand film malade qui semble tout aussi hermétique et complexe au dixième visionnage qu'au premier (imaginez donc le premier visionnage !), ce premier film d'Aronofsky est clairement une des premières oeuvres les plus à part et impressionnantes de l'histoire du cinéma. Mais ce n'est pas le meilleur film du réalisateur, qui est incontestablement son suivant, que j'ai cité plus haut, Requiem For A Dream. Ca reste un film à voir, soit par curiosité, soit parce qu'on aime les autres films du réalisateur (pour ma part, ce fut par curiosité). Vraiment barge et inclassable ! Je ne peux pas dire que j'ai aimé, mais je n'ai pas détesté non plus. En fait, je ne sais pas quoi penser de ce film !