Le_Convoi

Spoilers !

Il y à quelques semaines, j'ai enfin abordé Junior Bonner, Le Dernier Bagarreur (un magnifique film de 1972 avec Steve McQueen, scandaleusement massacré par une édition DVD qui ne mérite pas ce nom) en disant que c'était le dernier film de Sam Peckinpah que je comptais aborder sur le blog. Sur le coup, j'avais complètement oublié qu'il restait encore un film que j'avais envie d'aborder, du même réalisateur : Le Convoi. Et après, oui, il reste aussi ses deux premiers films (Coups De Feu Dans La Sierra et New Mexico), mais j'avais dit de ceux-là que je ne comptais pas les aborder, et je maintiens cette déclaration. Mais Le Convoi, je me tâtais pendant des mois, au moment où j'ai abordé les autres films du réalisateur (et notamment le mineur mais sympathique Tueur D'Elite), me demandant s'il fallait le faire, ou laisser tomber, et puis, finalement, j'avais décidé de laisser tomber. Mais je rattrape ce retard. Ceci dit, les fans de Peckinpah (il y en à) vous diront sûrement que pour le coup, il n'y avait pas mort d'homme, ni de femme, ni de fourmi rouge, car Le Convoi (Convoy, titre original) n'est pas à proprement parler un grand cru du réalisateur du Guet-Apens. C'est un film adapté non d'un roman, ni d'une nouvelle, ni d'une série TV, mais d'une...chanson. Oui, une chanson (qui porte le même nom que le film), signée C.W. McCall, un chanteur de country. Chanson qui, tu t'en doutes, apparaît dans le film. 

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De là à dire qu'un film adapté d'une chanson est doté d'un scénario aussi mince qu'un alibi de DSK dans une affaire de moeurs, il n'y à qu'un pas à faire, et==>hop, je viens de le faire. Le film est sorti en 1978 (la chanson date de 1975), à une époque où Peckinpah, ravagé par l'alcool et un peu la came (cocaïne), n'était plus que l'ombre de lui-même. Ses films précédents ? Des bides commerciaux aux  USA : Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia (1974), pourtant considéré comme son chef d'oeuvre par les fans de mon dentier, ah ah (sauf aux USA, nul n'est prophète dans son pays) ; Tueur D'Elite (1975), grand film malade et incompris, tellement mineur qu'il n'a pas le droit de boire de l'alcool, certes, mais quand même des plus regardables ; et Croix De Fer (1977), film de guerre virulent se passant sur le front de Crimée pendant la Seconde Guerre Mondiale, tourné dans un chaos ambiant, et prenant le parti finalement assez peu commercial de se passer du côté allemand de la Force. Aucun de ces films n'a marché. Si on excepte Tueur D'Elite, ils sont, désormais, tous assez bien réhabilités, et ce sont des chefs d'oeuvre, soit dit en passant.

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Mais commercialement parlant, en 1978, au moment de sortir Le Convoi (son avant-dernier film ; et son dernier, ça sera Osterman Week-End, en 1983, un an avant sa mort), Peckinpah n'est plus rien. Oublié (des médias et des gros pontes de Hollywood, s'entend), le cador qui a réalisé La Horde Sauvage et Le Guet-Apens. On n'attend clairement plus rien de lui. Gone but no forgotten, Sam a aligné, pour ce film, des acteurs qui, pour certains d'entre eux, sont des habitués de ses films : Kris Kristofferson (par ailleurs chanteur de country), Burt Young (Paulie dans la saga Rocky), Ali MacGraw (à l'époque fraîchement divorcée de Steve McQueen, ou alors encore mariée avec lui, mais pour peu de temps : ils ont divorcé en 1978, et s'étaient rencontrés sur le tournage du Guet-Apens en 1972 et mariés en 1973) dont c'était le premier film depuis Le Guet-Apens, Ernest Borgnine, Seymour Cassel et Franklin Ajaye. Le film est un croisement entre comédie, film d'action et road-movie, et est surtout à classer dans cette dernière catégorie. 

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L'histoire ? Nous sommes en Arizona. Martin "Rubber Duck" Penwald (Kris Kristofferson) et ses amis Love Machine (Burt Young) et Spider Mike (Franklin Ajaye) sont des conducteurs de trucks, ces gros camions. Sur la route, "Rubber Duck" croise le chemin d'une ravissante jeune femme conduisant une Jaguar, et qui va l'aguicher. Il la retrouvera plus tard dans un relais autoroutier, elle s'appelle Melissa (Ali MacGraw). Mais avant de s'arrêter au relais, les trois hommes ont été chopés par le shériff "Dirty" Lyle Wallace (Ernest Borgnine), un vrai con qui passe le plus clair de son temps à chercher des noises aux conducteurs de trucks, les arrêtant sur le bas-côté de la route pour n'importe quelle raison. Là, il les a extorqués de 50 dollars chacun, pour excès de vitesse, et ce, après s'être fait passer, par la CB (radio interne des conducteurs), pour un des leurs, leur enjoignant d'appuyer sur le champignon car aucun flic n'était dans le coin. Ce genre de magouilles dégueulasses (ainsi que d'autres brimades) devenant monnaie courante, "Rubber Duck" (accompagné de Melissa, qui s'entiche de lui) et ses amis décident de lancer un mouvement de protestation, un convoi de camions qui va arpenter les routes de l'Arizona, occasionnant des embouteillages et autres dégâts, et ce, afin de manifester contre la répression policière. Les forces de l'ordre s'en mêlent, mais d'autres camionneurs aussi, par solidarité, et l'ensemble va prendre des proportions gigantesques...

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Peckinpah (qui apparait rapidement en caméo dans le rôle d'un caméraman de la TV) n'a donc pas fait le film du siècle avec Convoy. Drôle (c'est le film le plus drôle du réalisateur avec Un Nommé Cable Hogue de 1971 ; je dis ça car dans l'ensemble, les films de Peckinpah ne sont vraiment du genre rigolos), mouvementé, gentiment anar, ce film permet de jolis et nombreux plans sur les calandres, roues, pots d'échappement et portières de gros-culs plus ou moins customisés (rapport à son nom de conducteur, un canard - 'duck' est sur le capot du camion de "Rubber Duck"). Le scénario est faible, donc, et prétexte à des cascades motorisées et gags automobiles, sans parler des classiques ralentis sur action made in Peckinpah. La réalisation est nettement meilleure que l'histoire, c'est indéniablement le point fort du film. Avec les acteurs qui, de Kristofferson à Borgnine en passant par Burt Young, semblent s'être bien éclatés à faire ce film (Ali MacGraw, avec sa coupe de cheveux foirée, semble en revanche se demander, de temps en temps, ce qu'elle fout là ; nous aussi).

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Bref, Le Convoi, c'est typiquement la série B d'action qui nous fait débrancher le cerveau durant tout le temps du visionnage, soit, ici, 110 minutes douche comprise (ceci dit, une fois tourné, avant le remontage studio, le film atteignait 3h30 !). Absolument pas un chef d'oeuvre, probablement même le moins bon des films de Peckinpah (certainement, même), ça reste un film amusant, solide et entraînant, doté d'une bonne musique country (on y entend notamment Merle Haggard, Billie Jo Spears, Anne Murray), de bons acteurs (Burt Young et Borgnine, avec leurs fameuses tronches, impayables), une très bonne réalisation et une ambiance plus ou moins rigolarde (les camionneurs foutent le bordel sur les routes, et s'amusent entre eux, mais tout part d'un postulat sérieux, à bas la répression policière, ils ont vraiment un message à faire passer). A voir au moins une fois, ne serait-ce que parce que c'est un film de Peckinpah ! Et puis, il y à un petit côté Shériff, Fais-Moi Peur dans ce film, qui vraiment le rend très sympathique !