036721

 Spoilers...

Alors que Blade Runner, ce chef d'oeuvre absolu du cinéma de SF, et du cinéma tout court, va se faire offrir une suite dans un peu plus d'une semaine (Blade Runner 2049, que je n'irai pas voir car, sincèrement, je ne le sens pas ; je le verrai très certainement tôt ou tard, mais en DVD ou BR), il était temps, sur le blog, de parler, enfin, d'une autre adaptation (une des nombreuses adaptations) de l'oeuvre de Philip K. Dick, génie littéraire de la SF. J'ai nommé Total Recall, l'original, sorti en 1990 et réalisé par Paul Verhoeven, dont c'était le deuxième film hollywoodien après un Robocop génial en 1987. Total Recall sera remaké en 2012 par Len Wiseman (Total Recall : Mémoires Programmées, avec Colin Farrell, qui avait déjà joué dans Minority Report de Spielberg, autre adaptation de K. Dick), un film plutôt moyen d'ailleurs que ce remake. Mais l'original, bien que s'éloignant fortement de l'histoire initiale (une des très nombreuses nouvelles de K. Dick, tout comme le film de Spielberg était aussi adapté d'une nouvelle), reste un très très grand moment de SF décomplexée. Le film est interprété par Arnold Schwarzenegger dans un de ses meilleurs rôles, ainsi que par Sharon Stone, Rachel Ticotin, Michael Ironside, Ronny Cox, Marshall Bell, et Mel Johnson Jr. 

total-recall-image-7

Philip K. Dick, mort en 1982 (il a eu le temps de voir Blade Runner, ou du moins des extraits du film, avant de mourir, et apparemment, ça ne lui avait pas trop plu), était quelqu'un de très particulier, au caractère bien trempé et à la mentalité quelque peu instable. Une bonne partie de sa vie, cet écrivain, dont la soeur jumelle mourra à la naissance, et qui a toujours eu beaucoup de mal à avoir une vie sentimentale normale et stable, fut accro à diverses cames : médicaments, alcool, drogues diverses. Il fera des cures de désintoxication, des séjours en maisons de repos et asiles, gardera toute sa vie une grande tendance à la paranoïa, ce qui transpire dans toute son oeuvre : il n'est vraiment pas rare d'avoir une histoire de changement de personnalité, de monde qui bascule, de réalité alternée, dans ses livres. Vers la fin de sa vie (il est mort à l'âge plutôt jeune de 53 ans, plongé dans le coma suite à un AVC et une attaque cardiaque), il est devenu profondément mystique, et un des credos de son oeuvre est si vous trouvez ce monde mauvais, allez en visiter d'autres. On ne compte plus les classiques dans son oeuvre : Le Maître Du Haut Château (dans lequel il imagine un monte dystopique où la Seconde guerre mondiale fut remportée par les nazis et Japonais, qui se partagent le monde, mais dans lequel un obscur écrivain a écrit un livre étrange racontant une victoire des Alliés en 1945), Les Androïdes Rêvent-T-Ils De Moutons Electriques ? (alias Blade Runner par la suite, le roman ayant été renommé suite au film de Ridley Scott), Le Dieu Venu Du Centaure, L'Oeil Dans Le Ciel, Coulez Mes Larmes, Dit Le Policier, Substance Mort (un des romans les plus forts sur la came, presque une autobiographie d'une partie de sa vie) un paquet de nouvelles ahurissantes et, bien entendu, ce chef d'oeuvre absolu de la littérature, qu'il faut à tout prix lire et relire : Ubik : Je suis vivant et vous êtes morts. Lire Philip K. Dick, c'est devenir fou le temps d'une lecture. 

total-recall-1990

Pour en revenir à Total Recall de Verhoeven (scénario de Ronald Shusett, Dan O'Bannon et Gary Goldman d'après la nouvelle "Souvenirs A Vendre"), le film aborde la nouvelle de K. Dick tout en s'en éloignant fortement à partir d'un certain point de l'intrigue. L'action se passe dans le futur, en 2084. La Terre a réussi à coloniser la planète Mars et l'exploite pour ses ressources, notamment le turbinium enfoui dans son sol. Mars est dirigée (une administration découlant du pouvoir terrestre) par Vilos Cohaagen (Ronny Cox), qui la gère avec des méthodes tyranniques, contrôle les mines de turbinium et l'approvisionnement en oxygène de la planète, à l'atmosphère irrespirable. Sur la Terre, Douglas Quaid (Arnold Schwarzenegger), qui a une vie normale avec Lori (Sharon Stone), fait souvent le même rêve : il est sur Mars, en scaphandre, il explore la planète rouge en compagnie d'une femme brune (Rachel Ticotin). Ces rêves sont très réalistes, et font surgir des fortes dans son esprit, pourtant il n'a jamais été sur Mars.

01 Astronauts on Mars Total Recall 1990 movie image

Aperçevant une publicité vantant les services de Rekall, une société proposant à ses clients l'implantation de faux souvenirs paraissant aussi réels que des vrais (comme pour insérer des souvenirs de vacances dans un endroit où on aimerait bien aller), il décide, contre l'avis de Lori et de ses amis, de s'y rendre. Arrivant à Rekall, il choisit de se faire implanter des souvenirs de Mars, et décide de choisir des souvenirs particuliers : il répond à un questionnaire et le choix final est tout fait : il sera, dans ses souvenirs, un agent secret traqué, sur Mars, par des tueurs, et ayant découvert des objets extra-terrestres, en compagnie d'une belle femme brune, identique à celle de ses rêves récurrents. Alors que l'on endort Quaid pour l'opération, il pète subitement les plombs et ordonne qu'on le fasse sortir, il serait en danger, sa couverture d'agent secret aurait été découverte. Mais Rekall n'a pas eu le temps de lui implanter ses faux souvenirs. Afin d'éviter de gros soucis à la société, Rekall efface le dossier client de Quaid, le fait droguer et mettre dans un taxi, et bon débarras. 

08 Mars colony and Cohagen Total Recall 1990 movie image

(Arrivé à ce stade de l'intrigue, le film diffère totalement de la nouvelle de Philip K. Dick, pour celles et ceux que ça intéresse). Quaid se réveille, complètement paumé, et sur le trajet de retour vers chez lui, il croise Harry et plusieurs autres hommes qui lui reprochent violemment d'avoir été chez Rekall et l'agressent. Quaid se bat avec eux et les tue, tous, sans vraiment se rendre compte de ce qu'il fait, agissant par réflexes. Lui qui, d'ordinaire, est quelqu'un de calme, posé, certes baraqué mais n'aimant pas se battre, semble être devenu une machine de guerre. Lori ne le croit pas, mais aperçevant du sang sur ses mains, change de comportement et se met à l'attaquer, mais il parvient à la maîtriser. Elle lui avoue qu'elle fait partie de l'Agence, et que lui ne s'appelle pas Doug Quaid, qu'on lui a implanté de faux souvenirs, notamment concernant leur vie maritale. Quaid s'enfuit quand il se rend compte qu'avec son discours, Lori cherche à gagner du temps, le temps que d'autres personnes de cette mystérieuse Agence, dont un certain Richter (Michael Ironside), arrivent à l'appartement pour se débarrasser de lui. Il s'enfuit, traqué par l'Agence, et en quête de son identité réelle, et de savoir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, dans son cerveau. Sa quête va le mener...sur Mars...

Arnold-Schwarzenegger-in-Total-Recall-1990

N'ayant rien compris quand j'ai vu ce film (il y à longtemps !) la première fois, comme ce fut probablement le cas pour pas mal de monde, j'ai mis du temps à vraiment aimer ce film qui, pourtant, est assurément un des meilleurs rôles de Schwarzenegger et un des meilleurs films hollywoodiens de Verhoeven (avec Starship Troopers et Robocop ; deux autres films de SF, coïncidence). Bien que s'éloignant fortement de la nouvelle initiale (qui, en poche, fait quelqe chose comme 40 pages !), le film respecte franchement bien les thématiques dickiennes : parano, personnalité changeante, difficultés à dissocier la réalité du rêve, impossibilité de faire confiance à qui que ce soit... Ce que l'on retrouve aussi bien dans Ubik que dans Coulez Mes Larmes, Dit Le Policier. Parmi les nombreuses adaptations de l'oeuvre de K. Dick, c'est une des toutes meilleures avec Minority Report, Blade Runner (pour moi, les deux meilleures) et A Scanner Darkly (bien qu'assez libre par moments), qui adapte Substance Mort (le titre du film est aussi celui du roman, en titre original). On peut aussi citer, bien que ça soit nettement moins abouti, parmi les adaptations de l'oeuvre dickienne, des films comme Paycheck, Planète Hurlante et Confessions D'Un Barjo (un film français), ainsi que Next et Passengers. Sans oublier un film comme The Truman Show qui semble s'être un petit peu inspiré du Temps Désarticulé par endroits. Bref, vous l'aurez compris, l'oeuvre de Dick est une des plus fréquemment adaptées au cinéma, et dans le lot, ce Total Recall de 1990 est à voir absolument.