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Spoilers...

Avis aux amateurs de westerns n'ayant encore jamais vu ce film (ce qui ne serait pas trop étonnant, vu qu'il ne passe jamais à la TV, et que ses éditions DVD et Blu-ray ne sont facilement trouvables que sur Internet) : si vous voulez encore plus approfondir vos connaissances westerniennes et vous payer un sacré grand moment de cinéma western de haute volée, ruez-vous sur ce film, que ce soit à pied, à cheval, en voiture ou en fusée. Sorti en 1975, dernier western réalisé par Richard Brooks (Les Professionnels), restauré (image et son) à l'occasion de sa sortie DVD/BR, interprété par une poignée de grands acteurs, ce film s'appelle La Chevauchée Sauvage (titre original : Bite The Bullet, allusion à une des scènes du début du film), et il offre 130 minutes de pur bonheur cinéphilique. Les acteurs de ce film, comme je l'ai dit, sont des grands : Gene Hackman, James Coburn, Candice Bergen (Soldat Bleu), Ben Johnson (un des habitués de Sam Peckinpah) sans sa fameuse moustache. On peut aussi citer certains des autres acteurs du film, moins prestigieux, mais pas mauvais pour autant (clairement pas, même), comme Jan-Michael Vincent, Ian Bennen, Robert Donner, Mario Arteaga et Dabney Coleman, mais clairement, les quatre acteurs principaux, et parmi eux surtout Hackman, Coburn et Bergen, tiennent le haut du pavé.

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Le film a connu une première mondiale, en avril 1975, en Australie  (il y est sorti quelques semaines avant de sortir aux USA et dans le reste du monde, la France a d'ailleurs du attendre mi-octobre pour voir ce film dans ses salles), et un grand évênement fut d'ailleurs organisé, du 11 au 25 avril (la date de sortié du film étant le 20), pour coïncider avec le film et faire un gros coup de promotion : une grande course d'endurance hippique de 500 miles, entre Sydney et Melbourne. Le sujet du film (qui ne se passe pas en Australie, mais dans l'Ouest américain) est en effet une course d'endurance hippique. Le film (qui a été considéré par certains, à sa sortie, comme un des pires films de l'année, mais qui a aussi reçu d'excellentes critiques de la part d'autres ; je ne vois personnellement pas en quoi ce film serait un des pires de 1975 ; dire ça est même une vraie calomnie) a été tourné selon la méthode habituelle de Richard Brooks : avec un scénario (écrit par Brooks) donné au compte-gouttes aux acteurs, qui, généralement, ne savaient pas, sur le tournage, ce qu'ils allaient tourner le lendemain. Encore plus fort, au moment du tournage du film, personne ne savait vraiment comment il allait se terminer ! Cette manière de faire me laisse penser que le film a très certainement été tourné dans l'ordre des séquences : comment, en effet, tourner le film dans le désordre (le montage servant, ensuite, à tout réagencer dans l'ordre) quand le scénario est écrit quasiment au jour le jour ? Malgré cela, le film ne souffre pas de ce tournage quelque peu étrange.

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L'action se passe donc dans le grand Ouest, dans le Colorado, au tout début du XXème siècle (1908), la modernité s'installe progressivement (engins motorisés). Le Denver Post, un journal local, organise une gigantesque course d'endurance à cheval qui traversera 700 miles (soit environ 1000 kilomètres) parsemés de montagnes, plaines, déserts, animaux sauvages, et la récompense pour le grand gagnant est de 2000 dollars. Beaucoup de participants arrivent ainsi afin de se mesurer à l'exploit que représente cette course : Miss Jones  (Candice Bergen) est une ancienne prostituée qui dit avoir au moins 2000 raisons de faire cette course (allusion à la prime) ; Carbo (Jan-Michael Vincent) est un jeune cowboy inexpérimenté et du genre turbulent, une petite teigne qui se la joue Billy The Kid ; Mister (Ben Johnson) est un cowboy usé par la vie mais n'ayant pas abandonné ses idéaux et qui participe à la course pour se prouver qu'il peut le faire ; on a aussi un Mexicain (Mario Arteaga) dont on ignorera le nom, souffrant d'une terrible rage de dents ; Sir Harry Norfolk (Ian Bannen), un aristo Anglais qui participe pour le plaisir de la compétition car on sent bien qu'il n'a pas besoin de 2000 dollars pour vivre convenablement.

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Sans oublier Luke Matthews (James Coburn), un ancien rough rider (nom donné aux membres volontaires, venus du civil, de la Cavalerie, et qui furent, durant la guerre hispano-américaine de 1898, dirigés par Theodore Roosevelt, futur Président des USA - et Président au moment de l'action fu film). Et sans oublier un autre ancien rough rider, et ami de Luke, Sam Clayton (Gene Hackman), un homme intègre et amoureux des chevaux (il ne supporte pas qu'on les maltraite ni qu'on les sous-estime) qui décide au dernier moment de participer à la course alors qu'il avait, à la base, été chargé, par un des participants, de conduire son cheval (un pur-sang sur lequel 40 000 dollars ont été pariés, et qui serait censé gagner la course, on en vient même au début à soupçonner que la course serait truquée en sa faveur). Mais arrivé en retard et ne pouvant livrer le cheval à l'heure, il est viré par le participant, Coleman, et décide de faire cavalier seul. Son amitié pour Matthews entraîne, pour les deux hommes, qui se respectent, un dilemme : tous deux veulent gagner, mais si leur amitié doit en pâtir, comment faire ?

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Ce film sublime, tourné dans de majestueux décors naturels, est une vraie ode au cheval. Comme le personnage joué par Hackman, on se dit, en voyant La Chevauchée Sauvage (titre français très réussi, bien qu'étant totalement éloigné du titre original ; j'expliquerai juste après la signification du titre original), que ce ne sont pas les cavaliers qui sont les plus méritants, dans cette course (et dans toute course hippique, d'ailleurs), mais les montures. Une course de 1000 kilomètres, à travers déserts, montagnes et plaines arides, sous un soleil de plomb, avec un seul cheval (mais, bien entendu, en plusieurs jours, par étapes, avec des relais de repos permettant de s'abreuver et de faire une pause), ça en dit long sur ce que le cheval (qui, en plus de l'effort de galoper ainsi tous les jours durant la course, doit se coltiner le poids du cavalier et de la selle sur son dos) endure tout du long. Le cavalier à bon dos. Quand, dans une scène du film, Clayton surprend un des participants, à pied, dans le désert, après que son cheval soit tombé raide mort d'épuisement et laissé tel quel, il l'oblige (en le rossant) à l'enterrer de ses propres mains, par respect pour l'animal. Et s'il arrive en retard au début du film, c'est parce qu'il a perdu du temps à sauver de la mot un jeune poulain qui fut attaché, par des brutes de passage, au cadavre de sa mère, et qu'il récupère afin de le confier à une ferme non loin, où il sera (il l'espère) bien traité. Le film fait donc l'apologie du cheval, et contient quelques scènes de cascades hippiques assez remarquables.

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Quant au titre original du film, Bite The Bullet, il est en allusion, comme je l'ai dit plus haut, à une scène survenant vers le début du film (au premier arrêt du soir, après la première étape de la course), dans laquelle le Mexicain en proie à une rage de dents se fait rapidement dénerver la dent par Miss Jones et Clayton, afin de le soulager quelque peu, et se voit proposer de se mettre, dans le trou de sa dent pourrie, une balle, qu'il pourra mordre afin d'éviter que ses autres dents n'entre en contact avec la dent usée. "Mordre la balle", titre original du film ! Voilà donc pour cette Chevauchée Sauvage remarquable, assurément un des derniers grands westerns non pas de l'Âge d'Or du genre (années 60), mais de l'Âge de son premier renouveau, de son deuxième Âge d'Or, les années 70, décennie de Soldat Bleu, Missouri Breaks, Pat Garrett & Billy The Kid, Little Big Man, John McCabe, Buffalo Bill Et Les Indiens, Un Nommé Cable Hogue, L'Homme Des Hautes Plaines, Un Homme Nommé Cheval, Jeremiah Johnson et de Josey Wales, Hors-La-Loi. Par la suite, le genre reviendra dans les années 80 à maintenat, le temps de petites vagues (via La Porte Du Paradis en 1980, bide commercial retentissant mais film sublime ; Silverado ; Pale Rider ; Danse Avec Les Loups ; Impitoyable ; Mort Ou Vif ; le sublimissime Open Range ; L'Assassinat De Jesse James Par Le Lâche Robert Ford, remarquable, mais aussi long que son titre ; et les deux derniers Tarantino, Django Unchained et Les Huit Salopards). On ne peut pas vraiment parler de troisième Âge d'Or pour le coup, il est trop étendu et trop épars, mais ces films sont des grands westerns. On y retrouve par moments (Open Range, La Porte Du Paradis et Impitoyable, surtout) le souffle épique des classiques des années 60 et 70, dont La Chevauchée Sauvage, film malgré tout assez méconnu, est assurément un des derniers grands représentants.