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Spoilers...

En 1964, un film en noir & blanc, réalisé par Richard Lester, et tourné à la manière d'un reportage pris sur le vif, sort sur les écrans, et va littéralement casser la baraque, amplifiant un succès pourtant déjà considérable : celui des Beatles. Le film, c'est bien entendu Quatre Garçons Dans Le Vent (A Hard Day's Night), dont l'album de la bande-son (le troisième album du groupe et leur premier entièrement constitué de chansons originales, sans aucune reprise dessus) sera lui aussi, évidemment, un retentissant succès. J''aborderai le film un de ces jours ici, mais j'ai d'abord eu envie, et tant pis si ce n'est pas chronologiquement logique (marrant, ça, 'chronologiquement logique', comme allitération, non ? Ca sonne bien !), d'aborder le deuxième film cinéma des Beatles, sorti l'année suivante, 1965 donc, toujours réalisé par Richard Lester (qui, par la suite, réalisera notamment La Rose Et La Flèche avec Sean Connery et Audrey Hepburn, et Le Froussard Héroïque avec Malcolm McDowell), toujours un film alternant séquences de comédie et séquences musicales, mais cette fois-ci, en couleurs, et avec un côté plus scénarisé : Help !, dont l'album de la bande-son (leur cinquième album en tout) sera également un triomphe commercial.

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A sa sortie, le film obtiendra d'assez bonnes critiques mais le succès commercial ne sera pas aussi important que pour Quatre Garçons Dans Le Vent. Cependant, Help ! (sorti chez nous, comme on le voit sur l'affiche tout en haut, sous le titre Au Secours !) a acquis un statut culte par la suite, et rien que quelques années plus tard (1967), il semblera avoir considérablement influencé, de par son côté très farfelu, surréaliste et larger than life, des séries  TV telles que Batman avec Adam West, et toute la génération Carnaby Street. Le film est doté d'un scénario signé Marc Behm et Charles Wood, et est interprété par, outre les Beatles dans leurs propres rôles, Victor Spinetti, Eleanor Bron, Leo McKern, Roy Kinnear, John Bluthal, Patrick Cargill, Alfie Bass et Zienia Merton. Le titre initial du film devait, à la base, être Eight Arms To Hold You, mais sera rapidement changé pour celui que l'on connaît, qui sonne mieux, est plus percutant. Si les Beatles ont signé, seuls, les sept chansons (qu'ils interprètent évidemment au cours de séquences musicales insérées, à intervalles plus ou moins réguliers, dans le film), parmi lesquelles "Help !", "Ticket To Ride", "I Need You" et "You've Got To Hide Your Love Away" (on entend aussi, dans le film, des chansons composées avant le film, et pas pour lui, comme "She's A Woman" et "You Can't Do That", en fond sonore), la bande-son instrumentale, la trame sonore, n'a, elle, pas été confiée à George Martin (fameux producteur du groupe), mais Ken Thorne. George Martin et Richard Lester ne s'étaient, de l'aveu même de Big George, pas très bien entendus.

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Le scénario original du film, le premier, diffère totalement de celui qui fut, au final, écrit et sélectionné. A la base, dans le scénario, on devait suivre les pérégrinations du groupe, et surtout de Ringo qui, persuadé qu'il avait une maladie mortelle, avait engagé un tueur à gages pour le supprimer soudainement et sans douleur, mais, quand il se rend compte de l'erreur de diagnostic, tente, sans succès, de retrouver son tueur pour annuler son contrat sur sa tête, ce qui entraînait dans l'histoire une succession de gags, une poursuite à travers le monde (probablement), etc... Mais, au même moment, Philippe De Broca réalisait (d'après, très très vaguement, un roman de Jules Verne), Les Tribulations D'Un Chinois En Chine, avec Jean-Paul Belmondo et Ursula Andress, film qui parle d'un jeune homme s'ennuyant mortellement et ayant engagé les services d'un tueur chargé de le supprimer sns prévenir ; mais entre temps, il rencontre l'amour, et il n'a plus envie de mourir. Les deux histoires sont vraiment très proches, et comme le film français de De Broca était censé sortir avant, il était inconcevable que le film des Beatles soit, un jour, accusé de plagiat, donc on a changé l'histoire, du tout au tout, même si Ringo y a toujours une part importante.

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L'histoire, définitive, la voici : le grand prêtre d'une secte orientale hindoue, Swami Clang (Leo McKern), découvre soudainement la disparition d'une bague sacrée, essentielle à la bonne gestion de son culte. Initialement, la bague aurait du se trouver au doigt d'une jeune femme destinée à être sacrifiée sur l'autel de la déesse Kaili, que la secte vénère. La prêtresse chargée de mener à bien le sacrifice, Ahme (Eleanor Bron), remarque au dernier moment, avant d'agir, que la bague a disparu, et le sacrifice est temporairement reporté. Découvrant que c'est Ringo, le batteur des fameux Beatles, qui arbore cette bague, qu'il a reçue, dans un courrier lui étant adressé, de la part d'une fan, Swami, Ahme et d'autres membres de la secte vont tout faire pour récupérer leur précieux artefact, afin de mener leur sacrifice rituel à bien. Après plusieurs tentatives pour récupérer la bague, ils vont s'en prendre, dans un restaurant indien de Londres, au groupe. Ringo apprend de leur part que s'il ne leur rend pas la bague, c'est lui qu'ils sacrifieront.

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Plutôt effrayé de cette nouvelle, Ringo essaien mais n'arrive pas, de retirer la bague de son doit, elle semble collée. Une visite chez un bijoutier est vaine, il n'arrive pas à retirer la bague du doigt de Ringo, et même deux scientifiques quelque peu branques, Foot (Victor Spinetti) et Algernon (Roy Kinnear), avec leur attirail moderne, n'y arrivent pas. Ahme fait alors irruption dans le laboratoire et le groupe repart avec elle. La jeune femme (dont c'est la soeur qui doit initialement être sacrifiée) semble avoir en effet changé d'esprit vis-à-vis de la secte, et entend bien aider les Beatles à protéger Ringo et à fuir les membres de la secte. Suite à une série d'incidents et de gags, le groupe et Ahme vont devoir fuir l'Angleterre et gagner les Alpes autrichiennes, traqués aussi bien par la secte que par Foot et Algernon, les deux scientifiques, qui n'ont qu'une seule envie : récupérer la bague pour eux-mêmes...

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On comprend mieux le titre initial du film ?

Comme on le voit, le scénario du film est aussi abracadabrantesque (une succession de gags, de rebondissements) que ridicule, tout est prétexte à trois choses : des gags en veux-tu-non-t-en-veux-pas-ben-t-en-auras-quand-même, de jolis décors naturels (le Tyrol, les Bahamas), et les chansons du groupe, à intervalles réguliers, au cours de séquences franchement bien foutues (meilleures que le reste du film, en fait). Help ! est une comédie déjantée et culte, un film qui, de par son ambiance, semble avoir inspiré des films tels que le Casino Royale de 1967 (le fameux James Bond parodique au casting hallucinant), L'Espion Qui Venait Du Surgelé (film italien de 1966 réalisé par Mario Bava) et Austin Powers, qui s'inspire un peu de cex deux films, d'ailleurs. Mais son scénario a beau être amusant et riche en rebondissements improbables, il n'en demeure pas moins, justement, improbable, invraisemblable. Certes, on ne peut pas imaginer d'un film pareil qu'il soit aussi bien écrit qu'un Kubrick, mais tout de même. Les acteurs surjouent (je préfère ne pas dire ce que je pense des Beatles en tant qu'acteurs ; ce n'est pas leur métier, après tout, même si Lennon s'en sort un petit peu mieux que les autres), c'est le moins que l'on puisse dire. Avec son ambiance survoltée et burlesque à la Fantômas (trilogie de Hunebelle, de 1964/1967), Help ! est une comédie loufoque, amusante, culte, vieillotte par endroits, embarrassante dans d'autres, mais un fan des Beatles et de bizarreries cinématographiques se doit de le regarder. Malgré tout, je pense que le meilleur film des Beatles reste le dessin animé Yellow Submarine !