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Spoilers !

Le titre de mon article est "Premier western pour Robert Altman". Ca signifie forcément qu'Altman en fera d'autres, non ? Oui, en l'occurrence, un, en 1976, soit 5 ans après celui-ci (qui date donc de 1971), et qui s'appellera Buffalo Bill Et Les Indiens, une comédie western avec un Paul Newman génial, film que j'avais abordé ici il y à quelques années. Autant ce film était léger, voire même drôle, voire même hilarant par moments, autant cet autre western, son premier donc, est dans l'ensemble assez rude, un western classique de catégorie révisionniste. Interprété par Warren Beatty, Julie Christie et René Auberjonois (et avec aussi, dans des rôles secondaires, William Devane, Keith Carradine et l'actrice fétiche d'Altman, Shelley Duvall), ce film de 1971 s'appelle John McCabe (McCabe & Mrs. Miller en VO) et il fait partie des films qui, avec Little Big Man, Missouri Breaks, Soldat Bleu et Un Homme Nommé Cheval, tend à montrer une autre facette du western et de la conquête de l'Ouest (les deux derniers Tarantino et La Porte Du Paradis de Cimino peuvent aussi entrer dans cette sous-catégorie du western). Le film fut interdit aux moins de 12 ans à sa sortie, et mon édition DVD (que j'ai chopée d'occasion mais en excellent état, sur le Net, un DVD faite par les éditions Atlas, collection 'les westerns de légende', et qui reprend celle que Warner avait sortie auparavant ; le film est difficile à trouver en DVD, mais un Blu-ray sort bientôt, si ce n'est déjà fait) arbore glorieusement cette même mention encerclée d'orange. 

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Robert Altman, qui nous a quitté en 2006, était assurément un des meilleurs, des tous meilleurs, réalisateurs américains. On ne compte plus les classiques qu'il a, du long de sa carrière (50 ans de longs-métrages), réalisés : Le Privé (d'après Chandler), Nashville, Short Cuts, The Player, M.A.S.H. (Palme d'Or), Nous Sommes Tous Des Voleurs, Un Mariage, Gosford Park, Brewster McCloud, Buffalo Bill Et Les Indiens, Trois Femmes, Quintet, The Last Show, Les Flambeurs, et ce film, John McCabe. Ca fout le vertige. Avec Antonioni et Clouzot, il fait partie des rares à avoir reçu Palme d'Or, Lion d'Or (Venise) et Ours d'Or (Berlin), tout du long de sa carrière, pas pour le même film, mais quand même. Certes, on peut aussi dire qu'il a réalisé quelques mauvais films : Prêt-A-Porter, Docteur T Et Les Femmes, Cookie's Fortune ne sont pas terribles, et Popeye (1980, avec Robin Williams, dont ce fut le premier film, et Shelley Duvall) est un accident industriel ahurissant, je me demande, depuis la première fois que j'ai vu ce film il y à longtemps (et le fait qu'à l'époque j'ignorais tout d'Altman ne m'a pas empêché de me rendre compte que ce film était une honte pour n'importe quel réalisateur digne de ce nom), comment Altman a pu s'abaisser à faire une merde pareille... un film qui, comme pas mal d'autres d'Altman, est introuvable en DVD, mais concernant Popeye, qu'ils prennent leur temps. Qu'ils ressortent Trois Femmes, Un Mariage ou Quintet, plutôt (Brewster McCloud l'a été, récemment, en revanche).

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L'action se passe en 1902 s'il faut en croire le résumé au dos du DVD (je précise au passage que le DVD que je possède est d'une qualité visuelle quelque peu hasardeuse, image granuleuse surtout dans les scènes d'intérieur, et niveau sonore, VOST comme VF, c'est du mono d'époque, j'espère que le BR qui sort ces jours-ci sera de meilleure qualité dans ces deux domaines). Petite ville minière de Presbytarian Church, probablement dans l'Oregon, centrée autour de trois choses : la mine de zinc, où travaillent des employés chinois ; l'église ; et le bistrot de Sheehan (René  Auberjonois) où, un jour, entre un homme plutôt bien habillé, se faisant appeler John McCabe (Warren Beatty). McCabe se fait assez rapidement accepter des autochtones en leur offrant à boire et en jouant avec eux aux cartes. Très peu de temps après son arrivée, il achète trois prostituées vulgaires et craignos à un souteneur, installe des tentes, et organise ainsi un petit bordel sans prétention.

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Un jour, une caravane avec plusieurs futurs commerçants de la ville (un coiffeur, notamment) arrive. Dans le convoi, Constance Miller (Julie Christie), une prostituée de luxe qui, d'emblée, propose ses services à McCabe : ils s'associent, montent une vraie maison close agrémentée d'un saloon. Il gère le saloon, elle gère le bordel, dont elle s'occupe de trouver les charmantes pensionnaires et tout le matériel qu'il faut. Ils partagent les bénéfices. Tout marche du feu de Dieu, la maison close marche fort, McCabe et Miller s'attirent ainsi les jalousies de certaines personnes. Jusqu'à ce que deux hommes appartenant à une importante société de gestion de mines arrive en ville et proposent à McCabe (réputé avoir, autrefois, abattu un truand de sang-froid, mais en réalité plutot du genre pied-tendre) de lui racheter ses propriétés. McCabe refuse, même lorsqu'ils augmentent la somme. Puis trois hommes arrivent en ville, mandatés par la société minière, et avec, apparemment, l'intention de forcer McCabe à vendre, quitte à le tuer et à s'approprier ses biens, en cas de refus...

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Film dans la lignée des futurs Pale Rider, Open Range ou La Porte Du Paradis, c'est à dire un western du style crépusculaire et révisionniste, riche en belles images et en personnages démythifiés (pas de héros ni de méchants, ici, en réalité, tout le monde est logé à la même enseigne), McCabe & Mrs Miller est un des meilleurs films d'Altman, un des meilleurs rôles de Warren You're so vain Beatty, et incontestablement un des westerns les plys à part et réussis des années 70. Avec son personnage principal aussi anodin qu'inoubliable (un alcoolo vantard à moitié inculte - il semble avoir du mal avec les calculs simples... - , probablement plus du genre pétochard et cabotin que valeureux), Warren Beatty est vraiment remarquable, quoi que l'on pense de cet acteur plus connu pour ses frasques de play-boy et sa belle gueule d'amuûr que pour ses films. Julie Christie est également remarquable. Pour ce qui est du reste de la distribution, rien à dire, d'ailleurs ; les acteurs que l'on voit le plus souvent sont très bons, les autres font de la figuration (Shelley Duvall ne doit pas avoir plus de quatre répliques dans le film, et à peu près autant de scènes !). La réalisation est classieuse, certaines scènes, comme le final sous la neige, sont excellentes, et le film, adapté d'un roman, n'est pas trop long (115 minutes) et ne lasse donc pas. Je dis ça, car il ne faut pas s'attendre à un film d'action, c'est du Altman ; John McCabe est au final parfois assez lent, le film prend son temps, il n'y à pas beaucoup de violence, sauf vers la fin, et encore, par rapport à du Peckinpah, c'est que dalle ! Mais c'est vraiment un sublime film, aujourd'hui trop méconnu, que je conseille à tout le monde, surtout si vous aimez les westerns. A noter, quelques chansons de Leonard Cohen ("Sisters Of Mercy", notamment) dans la bande originale, ce qui en rajoute à l'aspect lancinant de certains passages, les chansons de Cohen n'étant pas du genre remuantes et gaies !