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Spoilers...des révélations importantes sur l'intrigue !

Comme à peu près tout le monde, j'ai été littéralement scotché, en 1999, par le troisième film (et son premier à connaître du succès, au point que beaucoup de gens pensent encore qu'il s'agit de son premier !) de M. Night Shyamalan, Sixième Sens, avec Bruce Willis et Haley Joel Osment. Si vous n'avez encore jamais vu ce film, et que vous ne connaissez pas son incroyable retournement final, rassure-vous, je ne le révèlerai pas ici, mais sachez que c'est typiquement le genre de twist qui vous marque à fond et vons donne envie de revoir le film pour s'assurer qu'il fonctionne encore au second visionnage, quand on sait déjà comment ça se termine. Et la réponse est : oui. Le film est tellement bien écrit que ça fonctionne même en sachant que... Mais je ne le dirai pas, voyez le film. Après ce triomphe, le réalisateur (d'origine indienne, comme son nom l'indique) a sorti, en 2000, Incassable, toujours avec Willis, un film que j'aime beaucoup mais qui fut l'objet de critiques à sa sortie, on a direct commencé à douter du talent de Shyamalan avec ce film qui n'était pas aussi grandiose que le précédent (et n'a rien à voir, si ce n'est le réalisateur et l'acteur principal). Un très bon film dans son ensemble. Puis Shyamalan a à nouveau scindé les critiques avec Signes, en 2002, interprété par Mel Gibson et Joaquin Phoenix, un très bon film qui se base sur le phénomène des crop circles et qui, là aussi, contient quelques révélations (la spécialité de Shyamalan, à l'époque).

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Arrivé à ce stade, le réalisateur n'est plus un talent prometteur, la majorité des critiques l'ont à peu près lâché, sentant qu'il ne parviendra plus jamais à récidiver le triomphe de Sixième Sens. En 2004, il sort son sixième film (à ce jour, 2017, il en a sorti 12, le dernier datant de 2016), Le Village. Ce film, j'ai été le voir en salles à l'époque (c'est même le seul film de Shyamalan que j'ai vu sur grand écran, je n'ai aucune honte à le dire), et c'est un des rares films pour lesquels je me suis dit, en sortant de la salle (et même pendant le visionnage), que je n'aurais pas du dépenser de l'argent pour aller le voir. Deux autres films vus en salle et pour lesquels je me suis dit la même chose : Dommage Collatéral (avec Schwarzenegger) et Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. Pour en revenir (et y rester) au Village, le film est interprété par Joaquin Phoenix, Adrien Brody, Bryce Dallas Howard, Sigourney Weaver, William Hurt  et Brendan Gleeson. M. Night Shyamalan, non-crédité, joue un tout, tout petit rôle en caméo, un garde. Ce film, à sa sortie, m'a considérablement déçu, donc (aujourd'hui, j'ai pu le revoir avec un peu de recul, raison pour laquelle je l'aborde ici, mais je le maintiens : non seulement ce film n'est vraiment pas le meilleur du réalisateur - ça reste Sixième Sens - mais en plus il marque vraiment le début de la fin pour Shyamalan). Comme les précédents il fonctionne sur un twist (deux, en fait), que je révèlerai plus bas au fil du petit résumé, donc si vous n'avez pas vu le film et ne savez pas de quoi il en retourne, et ne voulez pas le savoir, attention aux spoilers, comme je l'ai indiqué en haut d'article !

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 L'action se passe en Pennsylvanie, au début du XXème siècle, dans un petit village isolé aux limites d'une grande forêt, Covington. Le village est une petite enclave vivant en totale autarcie au bord de la forêt, dans laquelle ils ne s'aventurent quasiment jamais, car dans ces bois vivent des créatures maléfiques qui s'en prendraient à eux. Un accord tacite de non-agression a été instauré, au fil des années, par les Anciens du village et ces monstres : les monstres n'iront jamais dans le village tant que les habitants du village n'iront pas dans les bois, à moins de porter sur eux du jaune, couleur qui les protégera (et dans le même ordre d'idée, la couleur rouge est totalement interdite au village, car appartenant aux monstres). Peu après la mort, de maladie, d'un enfant, Lucius Hunt (Joaquin Phoenix) demande au chef du village, Edward Walker (William Hurt), la permission de traverser les bois pour acquérir des médicaments aux villages voisins, afin qu'un tel drame ne se reproduise pas. La demande est refusée, les autres villages étant considérés comme maudits, car ne respectant pas les règles. 

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Alors que Lucius s'apprête à se marier avec Ivy (Bryce Dallas Howard), la jeune et aveugle fille de Walker, il est agressé, au couteau, par Noah Percy (Adrien Brody), un jeune autiste, car lui aussi est amoureux d'Ivy. Blessé, Lucius a besoin de soins, mais il n'y à pas de médicaments au village. Contre l'avis des autres membres de la communauté, Walker accepte qu'Ivy, protégée de jaune, traverse les bois pour obtenir des médicaments pour Lucius. Avant de la laisser partir, on apprend qu'en réalité les monstres de la forêt n'existent pas, qu'il s'agit de villageois qui portent des costumes pour faire croire à l'existence des monstres (qui, parfois, s'approchent de la frontière entre les bois et le village, sans la traverser, pour se faire voir) et empêcher les villageois d'aller dans les bois. Ivy et ses deux accompagnateurs (qui l'abandonnent assez rapidement, ayant peur des monstres), n'ont pas entendu cet aveu de Walker et ne savent donc pas que dans les bois, ils ne risquent rien.

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La jeune aveugle, qui, pendant son périple va croiser la route d'un monstre qu'elle va parvenir à faire chuter dans un trou (chute qui tuera la créature, qui n'est autre que Noah, déguisé), va errer dans les bois jusqu'à atteindre...une route goudronnée, traversée de voitures. En réalité, nous ne sommes pas au début du XXème siècle, mais à notre époque, contemporaine, ce que les habitants du village, sauf les Anciens, ignorent totalement. Le village est dans une réserve naturelle portant le nom du père d'Ivy, Walker, une zone non-survolable par avion, et a été fondé en 1970 par Walker et les autres anciens du village, qui ont fui la civilisation. Ivy récupère des médicaments et retourne au village, où son père, qui sait ce qu'elle a trouvé, l'attend...

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Voilà les deux révélations du Village : non seulement il n'y à pas de monstres qui risqueraient d'attaquer les villageois s'ils s'aventurent dans les bois (et le fait qu'Ivy soit aveugle fait évidemment qu'elle ne se rend pas compte, quand elle parvient à se débarrasser de la créature qui l'attaque, qu'il s'agit de Noah sous un déguisement glauque), mais l'action ne se passe pas au début du XXème siècle (et même, en fait, probablement à la toute fin du XIXème) mais à notre époque, moderne, dans une enclave autarcique dans laquelle les gens vivent à l'ancienne sans rien savoir du monde extérieur ni en quelle année ils vivent. A la sortie du film, on lui reprochera ce double twist assez peu cohérent. En fait, j'ai trouvé, lorsque j'ai vu le film pour la première fois, que le premier rebondissement (pas de monstres, juste des costumes) tuait littéralement le film, et que le second arrivait comme un soufflé en retard, et était même, au final, plutôt prévisible. Quand on sait qu'il n'y à pas de monstres, on n'a aucune crainte pour la pauvre aveugle Ivy, vêtue de la couleur protectrice (le jaune) dans les bois, même quand on voit surgir un 'monstre' (vêtu d'une cape rouge, évidemment), car on sait qu'il n'y à pas de monstres. OK, elle risque de prendre cher avec le 'monstre', mais ça ne peut être qu'un habitant. Et on n'a que peu de doutes sur son identité, même si on a vu Noah se faire enfermer dans un cabanon (celui des costumes), qui ne semble pas être très solide...

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Bref, le film est, scénaristiquement, flingué vers sa moitié (il dure 110 minutes, un petit peu moins en fait), et son final est idiot. En revanche, jusqu'à la première révélation, Le Village fonctionne parfaitement. Il y à une atmosphère très irréelle, fantastique et rustique tout du long de cette première moitié, l'impression de regarder une sorte de version fantastique de Witness (film qui se passe essentiellement dans une communauté amish, et il est difficile de ne pas penser au mode de vie amish, hors du temps et refusant la modernité, en regardant Le Village). La photographie est sublime, les acteurs sont excellents, tout ceci fait vraiment regretter que la seconde moitié du film soit si prévisible et ratée, au point de foutre quasiment tout le reste du film en l'air (en revoyant le film, quand on sait tout de l'histoire, ça fonctionne à moitié, mais pas aussi bien que Sixième Sens fonctionne même quand on sait comment il se termine). Bref, clairement pas un chef d'oeuvre (mais pas un navet non plus), Le Village est à voir une fois, pour se rendre compte que, quand onveut flinguer un film à force de rebondissements ahurissants, on peut très bien y arriver. En même temps, avec ce film, Shyamalan (unique auteur du scénario) a vraiment essayé très fort, et tout le monde vous le dira :  c'est comme ça qu'on y arrive.