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Spoilers !

Sans doute parmi vous y aura-t-il du monde pour se souvenir de plus ou moins lointains cours de français où on vous a fait lire Le Cid de Corneille (tout le monde ne l'a pas étudié ; moi, par exemple, j'y ai échappé). A ceux-là, à celles-là, qui n'ont peut-être pas de très bons souvenirs de cette période, sans doute que le visionnage de ce film, adapté de la fameuse pièce épique, ne les intéressera pas. Ca serait quand même sacrément dommage, car ce film, sorti en 1961 et réalisé par Anthony Mann (La Chute De L'Empire Romain, Je Suis Un Aventurier, Les Héros De Télémark, Les Affameurs, que du bon ; il a aussi travaillé sur Spartacus avant que Kubrick n'en reprenne le projet, mais certaines scènes du film, tournées par Mann, ont été conservées) dont ce sera un des derniers films, ce film donc, est nettement plus trépidant que la pièce de théâtre, verbeuse au possible et un peu longuette. Le Cid, par Anthony Mann, est un film certes long (185 minutes, soit 3h05 pour les ceusses qui n'ont pas envie de se faire ch.er la b.te à convertir les minutes en heures), mais mouvementé, et doté d'un casting des plus alléchants, tout en étant bien dans la norme de l'époque et de ce genre de films : Charlton Heston, Sophia Loren, Raf Vallone, Geneviève Page, John Fraser, Herbert Lom (dans un rôle secondaire), Michael Hordern. Le film a été tourné en Espagne, la bande-son est signée du grand Miklos Rozsa, et le film est une coproduction italo-américaine, ce qui explique les différentes nationalités des acteurs. 

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Pour Martin Scorsese, qui a supervisé la restauration du film en 1993 (ce qui n'empêche pas Le Cid de tenir son âge : à le voir, on sent bien qu'il date du début des années 60, mais rien de grave non plus, juste une belle patine du temps), ce film fait partie des plus grands films épiques jamais réalisés. On sent bien le souffle de l'épopée ici, tout du long des 3 heures qui, malgré quelques petites longueurs sans gravité, passent remarquablement bien au visionnage d'un spectateur de 2017. L'histoire est riche en détails, vous pensez bien que je ne vais pas entrer dedans (honnêtement, ça serait chiant, tu sais), mais le film aborde, de manière très romancée, la vie de Don Rodrigo Diaz de Vivar (Charlton Heston), alias le Cid Campéador, chevalier mercenaire chrétien espagnol qui lutta (car le bonhomme a réellement existé, de 1043 à 1099) contre les envahisseurs Musulmans qui tentèrent de rafler le royaume de Valence. Au début du film, on voit ce bel hidalgo d'avant l'heure participer à la défense d'une ville espagnole contre une invasion maure, alors qu'il se rendait à son mariage avec Dona Xiména (Sophia Loren), alias Chimène pour la francisation de son nom. Pendant la bataille, deux émirs sont capturés, Al-Kadir et Al-Mu'tamin, et Rodrigo les relâche après s'être assurés qu'aucun d'entre eux ne tentera de venger cette capture par la suite, ce dont ils font la promesse solennelle. Ils lui jurent même allégeance et le surnomme le Cid (version castillane de Al Sidi, qui signifie 'Seigneur' en arabe).

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Rodrigo va se retrouver accusé de trahison par le comte Ordonez (Raf Vallone) pour avoir libéré ces deux ennemis du royaume au lieu de les avoir fait exécuter ou tout simplement garder prisonniers contre rançon. Rodrigo passe en procès, où tout le monde est contre lui, sauf son père, Don Diego (Michael Hordern), qui va même jusqu'à accuser le père de Xiména, le comte Gormaz, de mentir. Les deux hommes, malgré leur grand âge, se déclarent en duel. Rodrigo supplie secrètement Gormaz de jeter l'éponge et de pardonner à son père, rapport à son grand âge, de ce qu'il lui a dit, mais Gormaz refuse, et Rodrigo prend la place de son père pour le duel, et tue Gormaz. La promise de Rodrigo, Xiména, apprenant la mort de son père des mains de celui qu'elle devait épouser, jure alors vengeance, regrettant également de ne pas être née homme, ainsi elle aurait pu se venger elle-même. Ca semble mal barré pour les épousailles, et Rodrigo, après une victoire sur un autre champion au cours d'un tournoi, se voit attribuer une mission auprès des vassaux maures de la couronne de Castille...

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Oui, le souffle de l'épopée imprègne ce film qui, malgré son grand âge (56 ans cette année !), reste un sacré classique et un grand moment de cinéma spectaculaire de la grande époque. Cette époque où on sortait des films comme Les Dix Commandements, Spartacus, La Chute De L'Empire Romain, Ben-Hur, Cléopâtre (même si ce film n'est vraiment pas bon), Quo Vadis, Les 55 Jours De Pékin, Le Docteur Jivago, Lawrence D'Arabie, Khartoum... Que des classiques ou presque (Cléopâtre), et avec son interprétation à la hauteur (Charlton Heston était franchement un remarquable acteur, à l'époque spécialisé dans les grandes productions de ce genre, avant, quelques années plus tard, de se spécialiser dans les films de SF type Soleil Vert ou La Planète Des Singes, puis les films catastrophe), sa réalisation au cordeau, sa très belle photographie et sa bande-son imparable, ce film est digne de figurer dans cette liste des grands spectacles hollywoodiens des années 60. Le Cid n'est peut-être pas le chef d'oeuvre de Mann ou du film épique, mais c'est quand même un sacré grand film, plus ou moins librement (et plutôt plus que moins, en fait) adapté de la fameuse pièce de Corneille, mais vous n'êtes pas obligé d'avoir lu la pièce pour voir ce film, et même si vous avez lu la pièce et ne l'avez pas aimée, vous pouvez très bien apprécier ce film. Bien qu'il ne s'agisse pas du chef d'oeuvre du siècle, ça serait quand même sacrément dommage de passer à côté !