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Cet article est le premier d'une toute nouvelle catégorie, d'un tout nouveau style d'articles sur le blog : un survol plus ou moins rapide, plus ou moins étendu, de la filmographie d'un réalisateur. Autrefois, Once upon a long ago comme le chantait McCartney il y à 30 ans année pour année, il existait, sur Canalblog, un super blog (dont j'ai un temps fait partie) qui s'appelait Le Cinéma D'Olivier (ne le cherchez pas : il n'existe hélas plus). Le même Olivier, Alice In Oliver (et qui, quand j'ai transféré ce blog d'Allociné, où i létait autrefois, vers Canalblog, m'a bien aidé à faire basculer les articles, ce qui explique qu'une bonne partie des plus anciens articles du blog soient crédités Alice In Oliver pour la parution) pour son nom de scène canalblogien, tient désormais un autre blog collectif, Cinéma Choc (voici l'adresse : http://cinemachoc.canalblog.com, mais le lien est quelque part dans la colonne de droite de mon blog), qui est vraiment génial dans son genre. Mais le site initial dont j'ai parlé plus haut était aussi génial, et sur ce blog collectif, j'avais écrit plusieurs articles qui résumaient des filmographies : Kubrick, Jodorowsky, Polanski, Spielberg aussi il me semble... J'ai eu envie de récidiver ici. J'aurais pu commencer par Kubrick (j'avais déjà commencé par Kubrick, initialement), mais j'ai préféré choisir la facilité pour ce coup d'essai, et prendre un réalisateur dont la filmographie n'est pas encore imposante (en terme de nombre de films, je veux dire). 

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J'ai donc choisi le Britannique Christopher Nolan, dans l'actualité récente vu que son dernier film en date, Dunkerque, est sorti fin juillet dernier. Au moment d'aller voir ce film en salles il y à un peu plus de deux mois, je feuilletais, dans la salle de mon UGC CinéCité local (Cergy, Val d'Oise), le magazine gratuit du groupe UGC ("Illimité"), en quête d'autres films à voir prochainement, qui pourraient m'intéresser (peine perdue), et un article sur Nolan et son dernier film en parlait comme du probable nouveau David Lean (le réalisateur de Lawrence D'Arabie et du Docteur Jivago, rien que ça, THE réalisateur épique des années 60). Je pense que cette comparaison est un peu hasardeuse, mais qu'une autre, osée mais que je maintiens, irait bien mieux : avec Stanley Kubrick. Toutes proportions gardées, Nolan (sujet britannique contrairement à Kubrick qui était américain ; mais a longtemps vécu, est mort, et est enterré, en Angleterre) me fait vraiment beaucoup penser à Kubrick. C'est à Full Metal Jacket et sa bande-son grandiose et minimaliste signée Abigaïl Mead que j'ai pensé en regardant et écoutant Dunkerque. Et Interstellar est à mes yeux aussi grandiose que 2001 : L'Odyssée De L'Espace, et j'en connais (Alice In Oliver, encore lui) qui le placent même au-dessus du film de Kubrick. Tout comme Kubrick, Nolan (qui ne possède ni portable, ni adresse mail, volontairement, et refuse l'usage de téléphones portables sur ses tournages, ce même qu'il tourne à l'ancienne, généralement, avec des bobines et tout et tout, et pas en numérique) est un vieux de la vieille, malgré son âge.

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Je ne vais pas raconter la vie de Nolan (né en 1970 à Londres, de nationalité anglo-américaine), de son enfance à maintenant, il y à Wikipédia pour ça, du moins pour ce que la fiche (de préférence l'anglaise, toujours mieux fournie que la française) Wikipédia sur Nolan en dit. C'est de sa carrière de réalisateur que je vais parler. Je ne parlerai pas (ou alors, rapidement, comme ça) des films qu'il a pu produire sans les réaliser (Batman Vs Superman : L'Aube De La Justice ; je suis bien content qu'il n'ait pas réalisé cette merde ; mais il l'a bien produit, en revanche), ou dont il a signé le scénario pour un autre réalisateur (Man Of Steel en 2013, qu'il a aussi produit). A partir de maintenant, je ne parle que de ses films en tant que réalisateur (films qu'il a aussi écrits et produits, la plupart du temps). De 1989 à 1998, Nolan a signé une poignée de courts-métrages que je n'ai pas vus, Tarantella, Larceny, Doodlebug et Following, avant de se lancer dans la réalisation d'un long-métrage en 2000. C'est suite à Following (1998, également l'année de la création de Syncopy Films, sa société de production), qui sera bien remarqué, qu'il a pu tourner ce premier long-métrage, Memento, un film interprété par Guy Pearce, Carrie-Ann Moss et Joe Pantoliano, un film complexe (il faut le voir plusieurs fois ; comme d'autres films de Nolan, d'ailleurs), au scénario tellement alambiqué que la première fois qu'on le regarde, on ne comprend généralement rien ou presque rien. Ce film qui m'a fait penser au roman L'Anneau De Möebius de Franck Thilliez (écrit après Memento), est en quelque sorte construit à rebours autour de l'histoire d'un homme atteint d'amnésie rétrograde, et qui utilise des tatouages, notes, inscriptions diverses pour traquer celui qui a tué sa femme. C'est son frère Jonathan qui a eu l'idée de ce film. Il a bien fait. De même que le Irréversible de Gaspar Noé, Memento est construit à l'envers. On en sort tout autre.

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En 1997, un film norvégien, Insomnia, réalisé par Erik Skjoldbaerg, sort, interprété par le méconnu (à l'époque, mais ça changera suite au film) Stellan Skarsgard. Le film, contre toute attente, marche très fort, au point qu'on parle d'un remake, et ce remake sortira en 2002. C'est Steven Soderbergh, un des producteurs exécutifs (aux côtés de George Clooney, qui ne joue pas dans le film), qui a engagé Nolan sur le projet, ayant été impressionné par Memento. Le remake d'Insomnia, au même titre, est tourné en Alaska et interprété par Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank et est une belle réussite dans son genre. Certes, c'est un film de commande (ça reste un des rarissimes films de Nolan pour lequel il n'a ni signé le scénario, ni participé à la production), comme Kubrick à son époque (tiens ! encore lui ! comme je vous l'avait dit, les deux réalisateurs se percutent, parfois, via leurs carrières respectives) avec Spartacus en 1960. Il en résulte à chaque fois un film impersonnel, certes, mais tout de même remarquable (la performance de Williams en psychopathe sournois est impressionnante et fut remarquée). Comme Kubrick avait autrefois (mais pas à l'époque de Spartacus) envisagé de faire un film sur la Shoah (Aryan Papers) mais abandonnera le projet en apprenant que Spielberg s'apprêtait à faire La Liste De Schindler, Nolan, juste après Insomnia, envisagea un temps de faire un film sur Howard Hughes, mais le projet Aviator (biopic sur Hughes) de Martin Scorsese le fera évidemment renoncer. Egalement juste après Insomnia, il refuse un autre film de commande (le film Troie, qui sera fait par Wolfgang Petersen en 2004 ; le film aurait très certainement été meilleur sous la houlette de Nolan, mais ça aurait été le deuxième film de commande d'affilée, de quoi se flinguer une carrière prometteuse).

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2003 est l'année qui va tout changer : on lui propose encore un film de commande, mais celui-là, sentant qu'il peut en faire quelque chose de chiadé et de renversant, il l'accepte : relancer la franchise Batman, jetée à la déchetterie hollywoodienne en 1998 avec Batman Et Robin de Joel Schumacher. Ce film dans lequel Clooney interprétait le héros masqué fut un tel bide, une telle merde, que le super-héros crée par Bob Kane retomba dans l'oubli avant que Nolan ne se penche dessus. Le résultat, en 2005, est Batman Begins, un film que personne n'attendait ni n'espérait, mais qui lança vraiment, aux yeux du grand public, la carrière de Nolan. Il n'a pas relancé la franchise, mais en a en fait crée une nouvelle, le film, interprété par un Christian Bale anthologique, montre effectivement comment Bruce Wayne est devenu Batman. Ambiance sombre digne des comics d'antan (au risque de faire râler les fans qui le avent déjà, il faut dire que Batman n'est pas à proprement parler un héros lumineux, il a une part de ténèbres très importante, et le film de Nolan, comme les deux de Tim Burton autrefois, insiste sur ça, sans toutefois être lourd). Acteurs géniaux. Scénario efficace. Montage puissant. Sens de l'épopée. Batman Begins a surpris tout le monde, personne ne pensait que non seulement Batman reviendrait, mais qu'en plus, il serait le héros d'un film aussi remarquable. 

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En 2006, sort le premier film que Nolan a produit en plus de le réaliser et de l'écrire : Le Prestige, adaptation d'un roman de Christopher Priest, un spécialiste de la SF et de la fantasy. Le film est interprété par Christian Bale (qui, comme il reprendra son rôle dans les deux autres Batman que Nolan fera par la suite, peut être considéré sans exagération comme l'acteur fétiche de Nolan), Hugh Jackman, Michael Caine (lui aussi peut être considéré comme tel, et en fait, peut-être plus encore que Bale : non seulement il joue Alfred dans les Batman de Nolan, mais il jouera aussi dans Inception et Interstellar et fera une voix-off de speaker radio dans Dunkerque), Scarlett Johansson et un David Bowie à l'époque déjà discret dans ses apparitions. Le film, du genre à voir plusieurs fois (narration non-linéaire, rebondissements, final ahurissant, scénario complexe et fourmillant de détails), raconte l'histoire, au XIXème siècle, de deux magiciens rivaux qui vont s'affronter, utilisant leur art, au mépris du danger, pour eux et les autres. Un film remarquable bien que n'étant pas le sommet de Nolan, mais comme Kubrick avec Shining, il s'agit d'un film à la fois 'facile' et tout sauf commercial, qui regorge de détails qui ne se révèlent qu'au fil des visionnages. Juste après ce film, Nolan annonce la mise en projet d'un nouveau Batman, qui sortira en 2008 : The Dark Knight

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Christian Bale reprend son rôle, Heath Ledger (mort peu avant la sortie du film, c'est le dernier qu'il aura terminé, il est mort pendant le tournage de L'Imaginarium Du Docteur Parnassus de Terry Gilliam, qui fut terminé avec d'autres acteurs et un scénario modifié suite à son décès) prend celui du Joker et est juste terrifiant et impressionnant dans le rôle. Aaron Eckhart, Michael Caine, Gary Oldman, Maggie Gyllenhaal, Morgan Freeman complètent la distribution de ce film qui cartonnera et s'impose comme non seulement le meilleur de la trilogie, mais aussi le meilleur Batman, et un des meilleurs, si ce n'est le meilleur, films de super-héros de tous les temps. C'est le plus gros succès au box-office en 2008 aux USA.

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Suite à ce triomphe, Nolan écrit le scénario d'un film qu'il sortira en 2010 et qui continuera de l'imposer comme un réalisateur sur qui il faut vraiment compter : Inception. Avec son casting remarquable (Leonardo Di Caprio, Marion Cotillard, Tom Hardy, Michael Caine, Joseph Gordon-Levitt, Cillian Murphy, Tom Berenger, Ellen Page, Pete Postlethwaithe) et son scénario qui rend fou, Inception cartonne. Qu'un film aussi complexe (plongée dans le monde du rêve, où rien n'est réel) ait aussi bien marché est quelque chose qui, quelque part, redonne vraiment espoir en un cinéma solide et autre que le vulgaire blockbuster popcornisé à la Michael Bay. 

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2012 : The Dark Knight Rises, troisième et dernier volet de la trilogie, sort. Au cours d'une avant-première à Aurora, dans le Colorado, un cinglé se prenant pour le Joker déclenche une fusillade dans la salle. La présentation parisienne du film, qui devait avoir lieu le lendemain, est évidemment annulée, et ce fait divers sanglant et choquant marquera la promotion du film (un film gigantesque avec à nouveau Bale, Caine, Oldman et Freeman, avec aussi Marion Cotillard, Tom Hardy et Joseph Gordon-Levitt qui étaient déjà dans Inception, comme Caine), qui, cependant, marchera très fort, même si on lui reprochera vertement son côté très proto-facho et/ou très ouvertement pro-démocrate (le méchant du film, Bane, joué par un Tom Hardy impressionnant, prône l'anarchie dans Gotham City, qu'il veut rendre à ses habitants), ce qui est quand même foutralement paradoxal.

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Pendant ce temps, Nolan prépare son nouveau film, un film qui n'aurait jamais existé, de son propre aveu, s'il n'avait pas été père, tant la relation père/fille est importante dans l'intrigue du film Ce film, qui sort en 2014, est Interstellar, 3 heures (ou presque) de grand spectacle d'un haut niveau émotionnel, intellectuel et sensoriel. Matthew McConaughey, Michael Caine, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Matt Damon et John Lithgow sont au casting de ce film que Spielberg devait, à la base, faire. Le film parle d'une mission spatiale de la dernière chance pour trouver à une humanité en danger d'extinction (la planète se meurt lentement) une nouvelle planète pour continuer à vivre. Scénario, acteurs, réalisation, musique (d'une beauté glaçante, sublime, hors de ce temps), tout est immense dans ce qui est très certainement, à ce jour, le sommet absolu du réalisateur. 

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Pris par un projet de sortie en Blu-ray de films produits par la société Zeitgeist (dans laquelle Nolan a placé des billes), Nolan ne fera pas d'autres films (excepté Quay, un documentaire court-métrage en 2015, pas vu) avant ce Dunkerque sublime en 2017, en juillet dernier. Tourné en bobines Kodak (ce qui explique que des plans aériens de la ville montre des bâtiments modernes n'ayant pas pu être effacés numériquement au montage), le film se passe en 1940 à Dunkerque, pendant l'Opération Dynamo (mai-juin) qui a permis l'évacuation de soldats anglais, canadiens, belges et français (mais, reproche fait au film, on ne voit pas de soldats de ces deux dernières nationalités dans le film, sauf un Français). Le sujet était déjà la base du roman de Robert Merle Week-End A Zuydcoote (et son adaptation cinéma avec Belmondo et Marielle). Au casting du film, Fionn Whitehead, Harry Styles (le chanteur des One Direction, qui est, je dois le dire, très bon acteur dans son premier rôle), Mark Rylance, Tom Hardy, Kenneth Brannagh, Aneurin Barnard et Barry Keoghan. Peu de dialogues (très peu !), ambiance hypnotique, musique sépulcrale ou détonnante (dissonnante, aussi, volontairement), le film fait très documentaire/reportage, et est curieusement court : 107 minutes. Pour un film de guerre, surtout en 2017, et vu la durée des précédents films de Nolan, c'est limite choquant. Mais Dunkerque est un grand film, du grand cinéma, et une preuve de plus du génie de Christopher Nolan. Arrivé à ce stade, alors que cet article prend fin, je ne peux dire qu'une chose : quel qu'il soit, quel que soit son sujet, vivement son prochain film !