Shine-a-light

Spoilers...enfin, si on veut, vu le sujet...

Il suffit de regarder Casino, Les Affanchis ou A Tombeau Ouvert pour comprendre, en écoutant leurs (remarquables) bandes originales, à quel point Martin Scorsese, réalisateur de tous ces films, aime le rock et le blues. Pêle-mêle, dans ces films, on trouve des chansons de Donovan, des Rolling Stones, de Harry Nilsson, des Who, Shangri-Las, George Harrison, Johnny Thunders, Muddy Waters, les Clash, UB40, REM, Roxy Music, Van Morrison, Jane's Addiction, les Moody Blues, Fleetwood Mac, Devo, le Jeff Beck Group, Big Brother & The Holding Company, Little Richard, les Animals... J'en passe. Big Marty a toujours adoré la bonne musique, surtout le rock. N'est-ce pas lui qui, en 1976 (pour un film sorti en 1978), a tourné, pendant de longues heures, et dans un brouillard de coke (aussi bien pour lui que pour les divers musiciens), le dernier concert du Band, au Winterland Ballroom de San Francisco (un soir de Thanksgiving), concert monumental ayant duré de 21h à 2h du matin, et où le Band joua ses classiques, entrecoupés de participations d'artistes tels que Bob Dylan, Joni Mitchell, Neil Diamond, Neil Young, Muddy Waters, Van Morrison, Eric Clapton ou Dr John (pour ne citer qu'eux) ? Le film-concert et l'album sortiront en 1978 et sont encore aujourd'hui indépassables dans le genre : The Last Waltz, La Dernière Valse, et si vous aimez le rock et que vous n'avez encore jamais vu ce film musical, c'est qu'au fond, vous n'y connaissez pas grand chose.

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Scorsese réalisera aussi le documentaire No Direction Home (2005) sur Bob Dylan, Living In The Material World (2011) sur George Harrison et The Blues : Du Mali Au Mississippi (2003) sur une de ses musiques préférées. En en 2008, il a sorti un documentaire musical remarquable, un film-concert, son deuxième après La Dernière Valse. Ce deuxième film-concert, Shine A Light, permettra à Marty de réaliser un de ses rêves : filmer les Rolling Stones, enfin. Lui qui a foutu dans les bandes originales de ses films des chansons des Stones aussi souvent qu'il le pouvait (c'est à dire, quand le sujet du film le permettait : c'est clairement pas sur les bandes originales de Kundun et Gangs Of New York qu'il pouvait le faire, mais pour Casino ou Les Affranchis, pas de problèmes) a enfin pu les filmer, carrément, sur scène, seuls ou avec des invités (en l'occurrence, Buddy Guy, Christina Aguilera  et Jack White des White Stripes) au cours de concerts donnés au Beacon Theatre de New York les 29 octobre et 1er novembre 2006. Le groupe est alors en pleine tournée de leur album A Bigger Bang sorti en fin 2005, et qui fut alors leur premier album studio en 8 ans (et il faudra ensuite attendre 2016, soit 10 ans, pour que le groupe refasse un album studio, même si entre temps ils sortiront une chanson inédite). 

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Au sujet de ce film musical et documentaire (des images backstage et d'achives, des extraits d'interviews du groupe, sont entre les séquences musicales du concert), Mick Jagger dira, en rigolant, que c'est probablement le seul film de Scorsese dans lequel on n'entend pas la chanson "Gimmie Shelter". Compte tenu que Scorsese a souvent, très souvent (quasi systématiquement quand le sujet du film le permettait) mis des chansons des Stones dans ses bandes originales, et que "Gimmie Shelter" a souvent été utilisée dans ses films, c'est une remarque rigolote, car il est vrai que cette magistrale chanson n'apparaît pas ici).

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On a en revanche des morceaux de choix, de qualité, et si certains, comme "Tumbling Dice", "Sympathy For The Devil" ou "Brown Sugar" (sans oublier les inusables "(I Can't Get No) Satisfaction" et "Start Me Up") font partie des indispensables à tout concert du groupe, d'autres morceaux, comme "Shattered", "She Was Hot", "Far Away Eyes", "Live With Me" (avec Christina Aguilera) et "Connection", sont dans l'ensemble assez rares. Concernant les autres invités, on entend Jack White sur "Loving Cup" et Buddy Guy sur "Champagne And Reefer", une reprise du grand Muddy Waters (avec qui les Stones jouèrent live, en 1981, au cours d'un concert anthologique). Tout du long de ces presque 2 heures de show, le groupe de Jagger et Richards, en grande forme malgré leur grand âge (à tous !), livre une performance du tonnerre de Zeus, dans un environnement quelque peu intimiste (le Beacon Theatre, c'est pas le Madison Square Garden ou le Citi Fields, c'est une relativement petite salle), ce qui en rajoute pour l'atmosphère de fête familiale du truc. Si les Stones sont un groupe super efficace dans les arenas ou les stades, ils assurent aussi dans des petites salles, comme à leurs débuts (sur le coffret DVD Four Flicks sorti vers 2003, il y à un concert donné au stade de Twickenham, à Londres, un autre au Madison Square Garden de New York et un autre à l'Olympia à Paris, trois environnements différents, et à chaque fois, c'est du lourd).

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Ici, prise de son remarquable, sublime photographie, réalisation au cordeau (Scorsese, normal, en plus il filme un groupe qu'il a toujours adoré), et interprétation tout simplement géniale d'un des plus grands groupes de rock au monde. Que dire de plus au sujet de Shine A Light (qui tire son nom d'une des plus belles chansons du groupe, rapidement jouée ici en final) si ce n'est que c'est un remarquable film musical ? Seuls ou accompagnés (le plus souvent seuls qu'accompagnés, ici, ceci dit), les Stones livrent une prestation à le hauteur, entremêlant classiques et morceaux plus rares. Même la performance de Christina Aguilera est bonnards, et pourtant, ce n'est vraiment pas une chanteuse que j'apprécie, loin de là même, et j'ai mis du temps avant d'accepter le fait qu'elle apparaisse à un concert des Stones. Après tout, même si c 'est une chanteuse de pop r'n'b, c'est pour sa voix qu'elle a été voulue par le groupe, et de ce côté-là, elle ne dénature pas trop "Live With Me", morceau très soul au demeurant. Bref, pour finir, si vous aimez le rock, si vous aimez les Stones, si vous aimez Scorsese, si vous aimez les films musicaux, et que malgré tout ça vous n'ayez encore jamais vu Shine A Light, rattrapez ce retard ! Et si, malgré tout celà, vous n'avez également jamais vu La Dernière Valse (sans les Stones, Ron Wood excepté, mais avec plein d'autres légendes du rock), c'est juste impardonnable et inexcusable !