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Spoilers...

Enfin en DVD, roooooognnnnntudjuuuu ! Enfin en DVD, même s'il ne vient pas tout juste de sortir du four, hein, il existe en DVD, de manière officielle, depuis 2012, mais tout de même. Et quand je dis DVD, je veux dire DVD Zone 2 avec sous-titres français (le film n'a jamais été doublé en VF), sur un éditeur français ("Films Sans Frontières"), pas une édition DVD anglaise sans sous-titres, ou une Zone 1 américaine illisible hors du continent de Donald. Et si je suis aussi content d'avoir enfin, chez moi, une copie DVD de ce film, c'est parce que c'est un film de Stanley Kubrick, et que je suis ultra-méga-béta-gamma-zéta-terra fan de Stanley Kubrick, et que c'était le film qui manquait pour avoir toute sa filmographie (longs-métrages) en glorieuses galettes. Et parce que ce film, son premier, tout premier, tout tout premier, tout tout tout premier film, sorti en 1953, fut pendant longtemps introuvable, sauf en copies DVD de très mauvaise qualité ou en streaming pirate d'aussi mauvaise qualité sur TonTube. Parce que Kubrick, de son vivant, fit tout pour empêcher la commercialisation et distribution en salles de ce premier film, qu'il jugea inepte, et dont il fit détruire plusieurs copies. Fear And Desire, les potes. Fear And Desire existe enfin en DVD, et de manière OFFICIELLE, et avec une copie restaurée, tant pour l'image (qui, par moments, souffre un peu, mais vraiment rien de grave) que le son. Aucun bonus, bien sûr, mais bon...

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Kubrick serait encore de ce monde, une édition DVD (et il y à même eu une sortie discrète en salles dans de petits cinémas d'art et d'essai, je crois) officielle de ce film ne serait jamais sortie. Il l'aurait refusée. Même une pétition des fans n'aurait rien changé. Il a souvent dit au sujet de ce film, un film vraiment court (58 minutes, plus un moyen-métrage qu'un long-métrage ; son film suivant, Le Baiser Du Tueur, sorti en 1955, au sujet duquel il ne sera pas beaucoup plus tendre, mais dont il n'empêchera jamais la commercialisation, est à peine plus long), qu'il n'était pas bon, un film puéril, fait trop rapidement, par un réalisateur alors amateur, avec peu de moyens, et dont le scénario (pourtant écrit par Howard Sackler, futur Prix Pulitzer) était d'une indigence crasse. A voir le film, force est de constater que Fear And Desire n'est absolument pas un des meilleurs crus du réalisateur de Barry Lyndon. On ne saurait le comparer avec aucun autre film du Maître, car c'est vraiment un film à part. Parmi les acteurs (certains dans deux rôles distincts, qui ne se croisent jamais) qui participent à ce film, Frank Silvera sera l'année suivante l'acteur principal du Baiser Du Tueur, et Paul Mazursky fait ici sa première performance d'acteur, mais sera par la suite essentiellement connu comme réalisateur. Les autres acteurs sont Kenneth Harp, Steve Coit, Virginia Leith, et la voix-off est de David Allen. 

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L'histoire tient en peu de lignes : dans un pays indéterminé, à une époque indéterminée (mais au plus tôt dans les années 40, apparemment, vu l'attirail et les tenues), une petite unité de soldats (ils sont quatre : un lieutenant, un sergent, et deux troufions) erre en territoire ennemi, pendant une guerre. Ils vont devoir évoluer sur ce territoire sans se faire prendre, devant notamment construire un radeau de fortune pour traverser une rivière afin de gagner les avants-postes. La découverte d'une jeune femme, terrifiée, qu'ils vont capturer pour éviter qu'elle ne parle à leur sujet, va considérablement faire empirer la situation : l'un des soldats, Sidney (Paul Mazursky), chargé de la surveiller pendant que les autres vont fouiller les environs, va péter les plombs à son contact, tombant amoureux d'elle avant de la libérer et de la tuer, dans un accès de folie...

2015-06-05

Tourné avec un budget rikiki (dans les 10 000 dollars, fournis par des proches), dans des décors naturels forestiers et avec une équipe réduite (parmi eux, Toba, son épouse d'alors) et des acteurs peu réputés, voire même non-professionnels (comme je l'ai dit, Mazursky fait ici ses débuts d'acteur), Fear And Desire ne dure que 58 minutes, générique de début compris, et c'est tant mieux, car autant le dire, on trouve le temps un peu long, des fois, et surtout durant les 20 premières minutes du film. Je ne dirai pas que c'est mal joué, et encore moins mal réalisé (surtout pas : on trouve ici, en fait, déjà plusieurs des obsessions de Kubrick pour les beaux plans, les cadrages parfaits et les jeux d'ombres, Kubrick a démarré comme photographe, après tout), mais c'est assez lent, vieillot. La voix-off fait parfois un petit peu ridicule et kitsch, et le jeu de certains acteurs n'est pas parfait. La scène où Mazursky, devant la pauvre fille (Virginia Leith) attachée à l'arbre, imite un homme en train de faire ripaille est plutôt ridicule. 

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Fear And Desire, j'ai donc la tristesse de le dire, n'est pas un très très bon film, malgré qu'il s'agisse de Kubrick et que, comme il est indiqué au dos du DVD, il marque le début d'une sorte de cercle achevé avec Eyes Wide Shut (un autre film sur "la peur et le désir", mais dans un tout autre contexte). Mais c'est  cependant bien peu de choses que ce petit film (dans tous les sens du terme), qui n'a de remarquable que d'être le coup d'essai cinématographique (ses premiers courts-métrages exceptés) du futur réalisateur de tant de monuments. Clairement, ses deux premiers films, celui-ci et Le Baiser Du Tueur, sont ses moins aboutis. Ils restent à voir, et donc Fear And Desire reste à voir, par curiosité, et parce qu'il s'agit de Stanley Kubrick, mais il faut quand même avouer que peu de choses ici (la beauté des cadrages et de la lumière, le nom de Kubrick et la réputation d'oeuvre quasiment perdue du film) éloignent ce film de la production cinématographique américaine lambda de son époque (pour les 'petits' films type série B, je veux dire). On notera cependant que ce premier Kubrick est, déjà, un film de guerre, genre qu'il reprendra à deux reprises, en 1957 et en 1987. Mais ne vous attendez pas à des scènes de guerre pour autant !