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Spoilers...

Ce film aurait pu être tellement grandiose : Steven Spielberg s'attelant à un film sur l'esclavage et les droits de l'Homme, avec comme têtes d'affiche Morgan Freeman et Anthony Hopkins. Il n'est que très bon, la faute à une réalisation des plus académiques et à une durée un peu épuisante (le film dure 2h30 mais semble en durer deux fos plus parfois à cause de longueurs). Je veux bien sûr parler d'Amistad, réalisé par tonton Steven en 1997, une bien mauvaise anne pour le réalisateur, car aussi celle du Monde Perdu : Jurassic Park II, suite vraiment ratée du Jurassic Park de 1993. Notons au passage que la suite de Jurassic Park et Amistad furent les premiers films de Spielberg depuis La Liste De Schindler et Jurassic Park, tous deux de 1993. Quatre années pendant lesquelles Spielby n'a rien tourné, ayant cependant conçu sa société de production Dreamworks SKG pendant ce laps de temps (1994), et Amistad sera le premier  Spielberg produit par Dreamworks. Aussi, quand Spielberg est revenu au boulot en 1997, on attendait vraiment quelque chose de sa part. Histoire que ces quatre années n'aient pas été en vain. Mais Le Monde Perdu : Jurassic Park II, tout en ayant été un succès au box-office (je ne me l'explique pas, personnellement), est aujourd'hui considéré comme un des pires films de son réalisateur, et Amistad, sorti peu après, et qui, lui, n'ameutera pas vraiment les foules, n'a pas une meilleure réputation.

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C'est un fait, dès sa sortie, le film a été quelque peu qualifié de sous-Spielberg, au même titre, autrefois, que Hook et Always. Et un peu comme le seront, par la suite, Le Terminal et Cheval De Guerre. Certes, Amistad n'est pas parfait : comme je l'ai dit, sa réalisation très académique et figée desservent le film et la réputation de Spielberg. Le film a été tourné sans génie, c'est quand même meilleur que le niveau d'un TVfilm, mais ce n'est pas du niveau d'un grand cru spielbergien. Les acteurs sont vraiment bons, en revanche : Morgan Freeman, Djimon Hounsou (révélé par le film, il jouera par la suite dans Gladiator), Matthew McConaughey, Anthony Hopkins, Stellan Skarsgard, Anna Paquin, Pete Postlethwaithe (qui, la même année, joua aussi dans la suite de Jurassic Park), Nigel Hawthorne, Tomas Milian. La photographie est signée du grand Janusz Kaminski, et est sublime, et la musique, de John Williams, grand habitué spielbergien, et si ce n'est pas un des meilleurs scores de Williams, c'est tout de même très bon. Mais malgré tout ça, malgré un casting excellent, une belle photographie, et le nom de Spielberg, malgré aussi la beauté du sujet (l'esclavage, un sujet fort, prenant, qui touche tout le monde), le film se ramassera une pile et des critiques assassines. On reprochera à Spielberg la violence de certaines scènes (attendez, les mecs ! Attendez de voir la séquence introductive de son film suivant, Il Faut Sauver Le Soldat Ryan, pour accuser Spielby de mettre de la violence !), et on l'accusera d'avoir traité le sujet avec désinvolture.

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Le sujet est basé sur un roman lui-même basé sur des faits réels survenus en 1839 : des esclaves noirs, capturés en Afrique (Sierra Leone) par des Espagnols, sont embarqués sur un bateau (une goélette) à destination du Nouveau-Monde, l'Amérique. Le nom du bateau : La "Amistad". Au cours de la longue et épuisante traversée, les esclaves, menés par Cinque (Djimon Hounsou), vont se révolter et massacrer leurs geôliers (sauf deux hommes qu'ils épargnent). Ils prennent alors le contrôle de La "Amistad", qui arrive aux Etats-Unis. Cinque avait ordonné aux deux Espagnols qu'il avait épargnés de conduire le bateau vers l'Afrique, afin de les ramener chez eux, mais au cours d'une nuit, un des Espagnols vira de bord à destination de l'Amérique. Le navire arrive à bon port, et dès qu'il est arraisonné, les esclaves sont arrêtés et conduits en prison pour y être jugés pour le meurtre de leurs geôliers. C'est alors qu'un jeune avocat, Roger S. Baldwin  (Matthew McConaughey), quasiment inexpérimenté et encore idéaliste, se propose des les défendre. Il va solliciter l'aide d'un ancien Président, fervent abolitionniste, John Quincy Adams (Anthony Hopkins), afin de l'aider dans sa tâche, tâche difficile compte tenu qu'aucun des esclaves (considérés comme de la marchandise) ne comprend l'anglais ou l'espagnol...

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Histoire vraie ayant servi la cause abolitionniste et devenue par la suite un exemple, celle de ces esclaves révoltés accusés de meurtre pour s'être rebellés contre ceux qui les avilissait était un sujet en or pour le cinéma, et Spielberg clairement un réalisateur idéal pour faire le film. Il n'empêche qu'Amistad est moyennement réalisé, comme si Spielberg s'était quelque peu désintéressé de son film pendant le tournage. Le film contient cependant de beaux restes, comme la révolte des esclaves, au début, séquence d'une grande violence (et d'autres séquences, situées par la suite dans le film, en flash-back, sont aussi très dures, comme quand la femme de Cinque, sous le regard de son mari, préfère se jeter dans l'océan, avec leur bébé, plutôt que de continuer à endurer tout ça ; Cinque la regarde faire, acceptant silencieusement ce choix désespéré), ou le plaidoyer de John Quincy Adams, sublime monologue tenu par un Anthony Hopkins en très grande forme. 

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Le film n'est donc pas immense, mais il reste à voir, ne serait-ce que pour ses acteurs et son sujet. Sujet qui sera probablement encore mieux abordé par Steve McQueen (non, pas le même ! Celui-ci est black, et toujours en vie, deux raisons pour ne pas le confondre avec l'autre Steve McQueen) et son film 12 Years A Slave, film très dur et absolument remarquable. Dur, Amistad l'est aussi, et certains passages sont franchement remarquables. Dans l'ensemble, c'est un bon film, un cru moyen de Spielberg certes, mais comme je l'ai déjà dit, même les Spielberg les moins bons sont quand même pas mal du tout (enfin, sauf Hook et la suite de Jurassic Park), et si on ne le regardera pas aussi souvent que, disons, Rencontres Du Troisième Type, on verra quand même Amistad sans déplaisir. Sans trop de déplaisir, plutôt.