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Spoilers...

Il me restait un film de Sam Peckinpah à aborder ici. Enfin, non, il m'en restait trois : celui-ci, et ses deux premiers films, Coups De Feu Dans La Sierra et New Mexico, mais je n'ai pas l'intention de les aborder. En revanche, depuis le temps que je voulais le faire, ce Junior Bonner, maintenant c'est chose faite. Je vais commencer ma chronique par pousser un violent coup de gueule : ce film, sublime, est totalement oublié. Il ne passe jamais à la TV (en tout cas, pas sur la TNT et les chaînes du câble ; peut-être sur des chaînes cinéma internet ou satellite, je ne regarde jamais leur programmation vu que je ne les ai pas, mais j'en doute fortement quand même), et son édition DVD française est tout simplement merdeuse, honteuse. Il n'existe pas en Blu-ray, bien entendu, au passage. Et pour ce qui est du DVD, c'est une édition au rabais de chez au rabais, avec uniquement la VF, sans aucun bonus évidemment, avec une qualité audio et vidéo digne d'une vieille VHS (et rien qu'à regarder la jaquette DVD au rabais, qui semble faite par des amateurs et avec un résumé plutôt mal foutu et ne résumant pas bien le film, on a l'impression que c'est juste un transfert, en DVD, jaquette comprise, d'une édition VHS). Et le pire du pire : le film, mis à part ses génériques, a été outrancièrement recadré ! Compte tenu qu'un des atouts du film (et des films de Peckinpah en général), c'est le grand angle et les grands espaces, c'est peu de dire que Junior Bonner, Le Dernier Bagarreur, dans cette édition DVD, est quasiment irregardable ! Il existe d'autres éditions DVD, étrangères mais quand même en Zone 2, mais compte tenu qu'elles ne proposent le film qu'en VO sans sous-titrages français, il convient d'être parfaitement anglophone ou anglophile pour se les procurer, et j'espère au moins que sur ces éditions DVD-là, le film n'est pas recadré, mais je ne peux pas en être certain.

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En attendant qu'une édition DVD (et si possible, BR) française digne de ce nom, avec copie non recadrée, remastérisée et restaurée, et avec la VOST en plus de la VF, ne sorte (ce qui est des plus improbables, vu la relative indifférence dans laquelle est tombée ce film), il faut donc se fader un DVD atroce, édité on ne sait  où (aucun nom d'éditeur, rien), et se payer uniquement la VF, d'époque et plus ou moins bonne, comme toute VF qui se respecte, etpour un cinéphile comme moi, croyez-moi, c'est dur, surtout quand on a affaire à un film considéré par par mal de spécialistes comme un des meilleurs films de Sam Peckinpah. Si encore c'est Le Convoi qui avait été traité ainsi en DVD, passe encore, mais non, le DVD du Convoi est correct, VF/VOST, non recadré, édité chez un vrai éditeur, et avec même un tout petit bonus (photos de tournage). A se foutre une balle. Allez, j'arrête de gueuler contre ça, personne n'y peut rien, et à part inonder le Ouèbe et les éditeurs francaouis (Studio Canal, etc) de pétitions du style un DVD de qualité optimale pour Junior Bonner où on fait sauter quelque chose, on ne peut rien faire. Sans doute est-ce une affaire de droits, qui empêchent le film de ressortir en version DVD normale, ou de passer à la TV. Ou sans doute est-ce la fainéantise de certains programmeurs TV...

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Le film date de 1972, année où Peckinpah réalisa aussi Le Guet-Apens. Tout comme Le Guet-Apens, ce film est interprété par Steve McQueen (et Ben Johnson, qui jouait aussi dans The Getaway, joue dans ce film, un habitué de Peckinpah). On trouve aussi Robert Preston, Ida Lupino, Barbara Leigh, Bill McKinney, Dub Taylor et Joe Don Baker dans ce film. Ainsi que Sam Peckinpah lui-même, et son fils Matthew. Tourné en Arizona, utilisant de la musique country comme bande-son, et utilisant aussi à fond les grands espaces locaux (ceci dit, le film se passe au...Texas !), Junior Bonner, Le Dernier Bagarreur est un drame de la vie, un film magnifique et intense à mille lieues des productions habituelles de Peckinpah. Pas de violence, ici, mais un rythme calme, qui n'est pas sans faire penser à certains films de Clint Eastwood (pas encore réalisés à l'époque) comme Bronco Billy ou Honkytonk Man, ainsi qu'à La Dernière Séance de Peter Bogdanovich et L'Homme Qui Murmurait A L'Oreille Des Chevaux de et avec Robert Redford (pour certaines ambiances, pas pour l'histoire en elle-même ; encore que Bronco Billy...). On a cependant des éléments très peckinpahiens dans ce film : le personnage principal, attachant au possible, est un loser magnifique comme seul Peckinpah savait les trousser, au même titre que Warren Oates dans Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia ou Kris Kristofferson dans Pat Garrett & Billy The Kid. Sans oublier l'inoubliable Jason Robards dans le nom moins inoubliable Un Nommé Cable Hogue (film qui était, de tous ceux qu'il avait faits, le préféré de Peckinpah).

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Contrairement à ce que certains photos et l'affiche (ainsi que le nom de Peckinpah) pourraient laisser penser, le film n'est pas un western. Ou alors, c'est un western moderne, se passant à notre époque. Junior Bonner (McQueen) est un champion de rodéo, un peu beaucoup en perte de vitesse. Paumé, il revient à Prescott, Texas, sa ville natale, le jour de la fête nationale (4 juillet), jour où, dans sa ville, on organise pour fêter l'évênement un grand concours de rodéo. Ca fait des années qu'il n'était pas revenu, et il retrouve ainsi ses parents (Robert Preston et Ida Lupino), Ace et Elvira, qui vivent séparés, ainsi que Curly (Joe Don Baker), son frère cadet, un homme d'affaires. Il se retrouve d'ailleurs d'emblée en conflit avec lui, Curley ayant décidé de brader la propriété familiale pour la raser et y faire construire un lotissement pour caravanes, projettant d'en installer 700 sur le terrain. Pour Junior, cette manière de faire est totalement irrespectueuse des traditions et valeurs familiales, et il ne manque pas de le lui dire. Retrouvant ses amis, eux aussi passionnés de rodéo, Junior s'inscrit au rodéo et se voit attribuer un taureau plutôt coriace. Il apprend de sa mère que son père, Ace, a l'intention de tout plaquer pour partir s'installer en Australie, afin d'y devenir prospecteur dans une mine d'argent, ainsi qu'éleveur de moutons. Ace propose d'ailleurs à Junior de partir avec lui, mais ce départ pour l'Australie n'est encore qu'un espoir : la somme de 5000 dollars, nécessaire pour le billet de départ, reste encore à trouver. C'est sans compter sur Junior qui, s'il gagne le rodéo, pourra sans doute gagner suffisamment d'argent pour offrir ce rêve à son vieux paternel...

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Film magnifique hélas sabré par son édition DVD calamiteuse (oui, je sais, j'ai suffisamment gueulé à ce sujet en introduction, aussi devrais-je laisser tomber, mais que voulez-vous, ça me tue vraiment, tout ça), Junior Bonner, Le Dernier Bagarreur  est malgré son visionnage énervant car tronqué à cause du recadrage, un de mes films préférés de Sam Peckinpah et de ce grand acteur qu'est Steve McQueen, qui aura rarement été aussi captivant et habité que dans le rôle de ce cowboy moderne, amateur de rodéo et amoureux des valeurs familiales (et j'en profite pour un autre coup de gueule : un autre sublime film avec McQueen, Un Ennemi Du Peuple, de 1978, un de ses derniers, n'existe pas en DVD et ne passe, lui aussi, jamais à la TV, qu'attendez-vous pour réparer cet oubli ?). Sublime photographie et réalisation, acteurs remarquables, scénario intelligent, belle musique, ce film est un pur bonheur qui mérite mieux  que son actuel traitement. Car c'est franchement un des meilleurs films et de Peckinpah, et de McQueen !