Philadelphia

Spoilers...

Oui, on peut parler de classique pour ce film, ce qui explique la catégorie du blog dans laquelle je l'ai rangé. Car oui, ce film est un classique. Dès sa sortie en 1993, Philadephia a été encensé comme tel. J'ai d'ailleurs mis un certain temps avant de le voir, mais en même temps, en 1993, je n'avais que 11 ans, ce qui n'est définitivement pas l'âge idéal pour voir ce film ! J'ai du le voir quelque chose comme 10 ans plus tard, au cours d'un passage TV, et ce fut une claque. Comme je l'ai dit ici récemment, quand j'ai abordé Apollo 13 de Ron Howard, ce film et Apollo 13 ont été très importants pour Tom Hanks (Forrest Gump, en 1994, sorti entre Philadelphia et Apollo 13, a aussi été très important, évidemment). Avant Philadelphia, Tom Hanks était l'acteur de comédies populaires (surtout aux USA) type Big ou Les Banlieusards, ou bien encore Turner & Hooch. Pas des merdes (encore qu'il a tourné dans de mauvais films, surtout à cette époque), mais pas des classiques, rien de grandiose, le genre de films qu'on prend plaisir à regarder comme ça, mais qu'on oublie juste après (Une Baraque A Tout Casser). Philadelphia, premier film pour lequel il a obtenu l'Oscar du meilleur acteur (il récidivera l'année suivante avec Forrest Gump ; deux récompenses hautement méritées), marque son entrée dans la cour des grands. Son Oscar pour ce rôle n'est d'ailleurs pas sa seule récompense concernant ce film, et ce film a aussi obtenu d'autres récompenses (la chanson du film, "Streets Of Philadelphia", par Bruce Springsteen, aussi).

7ae6e606-e191-4a71-9bfa-9674a952c8f1

Denzel Washington, qui joue le deuxième rôle principal du film, était déjà plus typé 'acteur de renommée' à l'époque, via des films comme Cry Freedom (1987), Glory (1989) et Malcolm X (1992). Bien qu'il ait aussi joué dans des films plus commerciaux comme U.S.S. Alabama ou L'Affaire Pélican, Washington avait probablement déjà, à l'époque, sa réputation d'acteur Oscar-friendly, le genre de mec qui chope assez facilement les films dans lesquels il est hypothétiquement capable de se choper une récompense. Une réputation dont Hollywood se moquera gentiment via une réplique amusante dans Les Ailes De L'Enfer, quand, en parlant d'un taulard black à la vie criminelle et carcérale impressionnante, un flic dira qu'en vue d'une adaptation de l'histoire de sa vie au cinéma, Denzel Washington serait intéressé par le rôle. En parlant de rôle, dans Philadelphia (film réalisé par Jonathan Demme, mort récemment), il est absolument remarquable, au même titre que Tom Hanks. Mais le reste du casting, que ce soit Antonio Banderas (dans un de ses premiers films hollywoodiens après un début de carrière chez Almodovar), Jason Robards, Mary Steenburgen, Joanne Woodward, le reste du casting est vraiment remarquable aussi. Le film s'inspire de la vie de l'avocat Geoffrey Bowers (mort en 1987), dont le nom a été changé pour le film (la famille de Bowers intentera un procès aux scénaristes et producteurs du film).

philadelphia-tom-hanks-6-rcm0x1920u

Andrew Beckett (Tom Hanks) est un brillant avocat travaillant dans une importante firme d'avocats basée à Philadelphia. Homosexuel (il vit avec Miguel Alvarez - joué par Antonio Banderas) et séropositif, il cache ces deux importants détails de sa vie à ses collègues et employeurs. Mais un jour, un de ses collègues lui fait remarquer une lésion sur son front. Becket prétexte un coup qu'il a reçu sur la tête en faisant du sport, mais en réalité, il le sait bien, cette marque sur son front est un sarcome de Kaposi, une marque liée au Sida. Il se met en congés maladie pendant quelques jours, cherchant à cacher les marques de ces sarcomes tout en continuant, de chez lui, à travailler sur des dossiers importants et urgents, laissant aussi à ses assistants des consignes à suivre pour la paperasse des dossiers. Mais un souci va quasiment empêcher que des documents soient transmis au tribunal pour un procès en cours, les documents ne se trouvant pas là où ils auraient du être. Ce problème ayant failli être très grave, Beckett est, le lendemain, sur ce prétexte quelque peu tendancieux, licencié. 

127

Beckett est persuadé qu'en réalité, on ne l'a pas viré pour ça, le prétexte étant un peu gros, mais parce qu'en réalité, il est atteint du Sida et que, d'une manière ou d'une autre, ça s'est su au sein de sa firme. Il va contacter plusieurs avocats, dont Joe Miller (Denzel Washington), afin de l'aider à se défendre contre ses anciens employeurs pour licenciement abusif et discriminatoire. Miller, homophobe, refuse, ayant peur que Beckett ne le contamine. Juste apr_s avoir refusé l'affaire, il se rend chez son médecin qui lui affirme que si le Sida est contagieux, il l'est par le biais de rapports sexuels non protégés, ou par échange de fluides tels que salive, sang ou sperme, mais pas en tant que simple contact du type 'poignée de mains'. Beckett, ne trouvant pas d'avocats, en est réduit à se défendre lui-même, et va chercher de la documentation. Il y retrouve un jour, dans une bibliothèque spécialisée, Miller, par hasard.

0_e9526_64fdc66c_orig

Ce dernier, qui vient d'être observé pendant de longues minutes par un employé (et ce, sans doute uniquement parce qu'il est noir), entend dans la conversation entre Beckett et un autre employé que Beckett cherche des informations sur le Sida, et se voit proposer, dans la gêne, d'étudier ces documents dans une autre salle. Sans doute parce que les autres usagers auraient peur d'être contaminés. Miller, qui vient d'être ostracisé d'une autre manière, se sent concerné, et file voir Beckett pour lui annoncer qu'il accepte de le défendre. Les deux hommes vont dès lors lutter ferme pour prouver que Beckett a été abusivement licencié et que le fait d'être atteint du Sida ne peut être considéré comme un risque pour sa firme et ses clients. Pendant ce temps, tout le long de ce pénible et long procès, l'état physique de Beckett va aller en s'aggravant, la maladie prenant progressivement le dessus...

960x540

Comme Philippe Labro (journaliste et écrivain, autrefois réalisateur aussi) le dit sur l'affiche française du film (un extrait de sa critique du film), Philadelphia est un film tellement fort qu'on en sort différent. Un peu comme le personnage de Miller, joué par un Denzel Washington qui aurait mérité l'Oscar du meilleur second rôle (il a cependant obtenu, conjointement avec Hanks, le MTV Movie Award du meilleur duo d'acteurs principaux). Son personnage, au début, est homophobe et le simple fait d'avoir cotoyé un malade du Sida le terrifie car il pense qu'une simple poignée de main suffirait à le contaminer. Puis un retournement de situation (le fait de voir Beckett souffrir en silence de sa discrimination et le fait d'être lui-même victime d'une autre sorte de discrimination) lui fait ouvrir les yeux. Quant au final du film, que je ne révèlerai pas si vous ne l'avez pas encore vu (et qu'attendez-vous ?), il est sublime. Le film est absolument grandiose, déchirant au possible, difficile de ne pas avoir les yeux qui piquent à la fin. Les performances de Hanks et Washington sont magistrales, ce film est une preuve parfaite du talent de ces deux acteurs. C'est aussi, avec Les Nuits Fauves de Cyril Collard (décédé du Sida) et fait à peu près à la même époque, le plus grand film sur cette saloperie de maladie. Un chef d'oeuvre d'humanisme (et un grand film de procès) à voir et revoir à tout prix. Ca tombe bien, c'est typiquement le genre de film dont les DVD et Blu-ray ne sont généralement pas vendus très cher, et qui passe régulièrement à la TV (récemment encore, il me semble) ! Vous n'avez donc strictement aucune excuse si vous n'avez toujours pas vu Philadelphia.

Et le titre de cet article est tiré des paroles de la chanson de Springsteen écrite pour le film.