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 Spoilers...

Je me souviens encore du jour où j'ai appris la sortie de ce film : Clint Eastwood, un des meilleurs réalisateurs de sa génération, s'attaquant à la biographie d'un des hommes les plus puissants et importants de l'histoire de l'Amérique des années 30/40/50/60/70, et confiant le rôle à un des meilleurs acteurs de sa génération, j'ai nommé Leonardo Di Caprio, ça ne pouvait qu'être immense. Et quand le film, sobrement intitulé J. Edgar (avec la signature du bonhomme en calligraphie de titre), est sorti en 2011, il n'a peut-être pas été un immense succès commercial, mais artistiquement parlant, il n'y avait rien à dire à son sujet, c'est un film totalement maîtrisé et interprété par un acteur en état de grâce. Le film est aussi interprété par Naomi Watts, Judi Dench et Armie Hamner, et se base sur la vie de J. Edgar Hoover, fondateur et premier dirigeant du FBI, qu'il a dirigé de 1924 à sa mort en 1972 (il avait 77 ans), soit pendant 48 ans, ce qui constitue évidemment un record.

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L'homme était clairement un des plus puissants des USA, et un des plus craints, car il avait, selon les rumeurs, des dossiers secrets plein de choses compromettantes sur pas mal de monde : stars, hommes politiques américains ou étrangers, peoples en tous genres. Après sa mort, un mandat de 10 ans a été instauré pour les successeurs de Hoover à la tête du FBI. Il a eu droit à des funérailles nationales, réservées généralement aux Hommes d'Etat, et le bâtiment du FBI a été renommé J. Edgar Hoover Building en son honneur. Mais de son vivant, le bonhomme, à la vie privée assez dissolue apparemment (des rumeurs, qui circulaient déjà de son vivant, disent qu'il aimait se travestir et était homosexuel, ou en tout cas, bisexuel, et qu'il aurait eu une liaison avec son adjoint Clyde Tolson), semait quasiment la terreur dans son pays. Sauf chez les mafieux : Meyer Lansky, patron de la pègre de Chicago, n'a jamais été inquiété par Hoover, sans doute parce qu'il disait détenir à son encontre des documents très compromettants ! On peut dire sans trop exagérer qu'il (Hoover) a fait partie des hommes ayant vraiment dirigé les USA durant l'exercice de son pouvoir de dirigeant de la police fédérale inter-Etats, et il a connu huit Présidents, de Coolidge à Nixon. 

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Le film se base sur le long mandat de dirigeant de FBI de Hoover, que Di Caprio interprète, jeune comme âgé, à la perfection. Lutte contre le crime, traque de Dillinger, tentative de chantage contre Martin Luther King, l'affaire de l'enlèvement et du meurtre de l'enfant de Charles Lindbergh et l'arrestation du criminel Bruno Hauptmann... Sans parler des différents séismes politiques et sociaux de l'époque : assassinat de JFK en 1963, celui de son frère Bobby en 1968, assassinat de Luther King en 1968, et avant tout ça, le maccarthysme des années 50... Le film d'Eastwood, sobrement réalisé comme à son habitude, est une sorte de peinture, vue de l'intérieur, des USA pendant une période d'à peu près 50 ans, les USA vus du bureau du directeur du FBI. Magouilles politicardes, dossiers secrets... Tout ou presque y passe.

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Pendant 135 minutes jamais chiantes, J. Edgar est un biopic passionnant et magnifiquement interprété, sur un homme incroyable et franchement antipathique (la force du film est de ne pas essayer de montrer Hoover sous un beau jour, de ne rien occulter ; vivant encore chez sa mère, très probablement homosexuel et pervers, détenteur de dossiers secrets, réels ou imaginaires, avec lesquels il tenait à peu près tout le monde, jusqu'à la Maison-Blanche, sous sa coupe, ne reculant devant peu de choses pour asseoir son autorité et n'acceptant pas qu'on l'attaque, ce mec était un vrai connard égocentrique à problèmes). Physiquement très proche du vrai Hoover par la magie du maquillage, Di Caprio trouve ici un de ses plus grands rôles, une preuve de plus de son talent. Idem pour Clint Eastwood, dont c'est un de ses meilleurs films parmi ses plus récents. A voir absolument !