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Spoilers...

Il paraît qu'à la sortie du film, en 1991, ce fut terrible ; un coup à diviser les fans des Doors, entre ceux qui adorèrent le film et ceux qui estimèrent que personne, personne, tu m'entends bien, personne putain, ne pouvait jouer le rôle de Jim Morrison. Il paraît que la tombe de Jim, au cimetière du Père-Lachaise, fut taguée avec l'inscription "Val isn't Jim". Mais au final, The Doors, réalisé en 1991 donc, par Oliver Stone, est un classique, probablement le meilleur rôle de Val Kilmer, un des meilleurs films (avec Platoon, Né Un Quatre Juillet et JFK) de Stone, un des meilleurs films sur la musique (je ne dirai pas 'film musical', car c'est plus un biopic qu'autre chose) et un des meilleurs films des années 90, rien de moins. La distribution est également constituée de Meg Ryan, Kyle MacLachlan, Kevin Dillon, Frank Whaley, Billy Idol, Michael Madsen, Michael Wincott et Kathleen Quinlan. Concernant le rôle de James Douglas 'Jim' Morrison, je ne vois pas trop qui aurait pu le jouer, d'autre que Val Kilmer. Physiquement, il y à un petit air de ressemblance, accentué évidemment par la perruque, mais même sans ça, je vois mal qui d'autre, à l'époque et maintenant, aurait pu jouer le Roi Lézard. Celui qui chantait qu'avant de partir, il voulait entendre le cri du papillon, dans un fameux passage de la non moins fameuse chanson "When The Music's Over" (1967). Voilà pour le titre de l'article, mais les fans des Portes n'avaient pas besoin qu'on leur dise que le titre de l'article était une allusion à une chanson du groupe.

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Je ne vais pas surprendre les habitués du blog, qui savent peut-être, voire sûrement, que je tiens un autre blog, sur le rock celui-là (http://clashdohertyrock.canalblog.com), et sur la musique en général, en fait : oui, j'adore les Doors, j'en suis fan, j'aime même les deux albums faits après la mort de Morrison (Other Voices, en 1971 et Full Circle en 1972), ainsi que An American Prayer, le disque de poèmes de Morrison clamés sur fond musical, sorti en 1978. Je n'ai pas vu le film d'Oliver Stone à sa sortie, j'avais 9 ans et j'ignorais encore, probablement, ce qu'étaient les Doors. J'ai découvert le rock via Queen et Toto, genre deux ans plus tard, certains diront que découvrir le rock via Toto = beurk, mais n'empêche, j'aime toujours vraiment ce groupe californien (je parle de Toto) rien que pour ça, chacun ses goûts. Et j'ai obliqué vers le rock pur et dur, l'ancien, des années 60 et 70, par la suite. Le jour où j'ai découvert les Doors, avec leur premier album éponyme de 1967, ce fut, comment dire...orgiaque. Aussi, j'ai toujours voulu voir le film. Et quand je l'ai enfin vu, ce fut, comment dire...orgiaque. Non, je ne tourne pas en boucle. 

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Comment parler du film ? En parlant du groupe. The Doors, c'était pas un groupe comme les autres. Rien que leur son était à part : pas de basse (enfin, si, mais pas de bassiste officiel au sein du groupe : les basses étaient à chaque fois tenues par des musiciens de studio, comme Doug Lubahn), mais des claviers à gogo (Ray Manzarek), une batterie swingante et martiale en même temps (John Densmore), une guitare inventive, parfois hispanisante et parfois très heavy (Robbie Krieger), et un chanteur qui...comment dire, euh...Jim Morrison n'était pas qualifiable, voilà. Une voix sublime dans les moments doux, terrifiante dans les moments hargneux, pouvant passer de la douceur à la folie en moins de temps qu'il ne vous en faudrait pour dire hé ho, et capable d'écrire des paroles tellement belles, inventives, recherchées, qu'on les qualifierait sans problèmes de poésie. Et il a écrit de la poésie, en prose, beat, sous influence Kerouac/Ginsberg/Burroughs (et Artaud, et Rimbaud), le bonhomme.

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Morrison était aussi, il faut le dire, un cinglé. Un alcoolo absolu ( il a notoirement enregistré des chansons sous l'influence de la tise, voir "Five To One", et si vous voulez l'entendre bourré tout du long, écoutez le triple Live In Boston, proposant deux shows de 1970 totalement chaotiques), un mec dionysiaque au possible, qui connaissait, car il s'y rendait plus souvent qu'à son tour, le côté obscur de la Force. Capable de détruire à coup d'extincteur un studio parce qu'il n'avait pas apprécié une remarque ou la manière dont un morceau y fut enregistré ; capable de se miner pour totalement flinguer un concert, sous le regard atterré de ses collègues musiciens qui essayaient de suivre ses délires ; capable de montrer son zboub au public (que l'incident soit réel ou exagéré, il n'empêche qu'il a été arrêté pour attentat à la pudeur au cours d'un concert de 1968) ; un tyran durant son enfance, qui faisait la misère à ses frères et soeurs, dont il était l'aîné, et qui, par la suite, avec ses frasques adultes, gênera considérablement son officier militaire haut-gradé (un amiral, si je ne m'abuse) de paternel. Morrison était un loup-garou imberbe. Sa rage ressortait sur les albums du groupe, durant les concerts.

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Le film n'insiste pas trop lourdement sur le côté sombre de la vie de Morrison (ceci dit, il aborde quand même bien cet aspect des choses, au point que les autres membres du groupe gueuleront contre Oliver Stone), mais ne l'occulte pas non plus. On assiste dans ce film à certains éléments de la vie de Morrison, à sa rencontre avec les autres membres du groupe, à la montée en puissance et la chute (la mort de Morrison, à Paris) des Doors. Le film est un biopic remarquable et bien comme il faut, qui respecte la réalité même s'il prend quand même un peu de distance de temps en temps (des détails). Le film est une sorte de long flash-back, ça démarre par l'enregistrement de An American Prayer avant d'obliquer vers un détail de la vie de Morrison enfant : sur la route avec ses parents, il aperçoit, sur la route, un vieil Indien en train de mourir, vision qui le hantera par la suite. The Doors est un film remarquable qui donne envie de se (re)plonger dans la discographie courte (6 albums avec Morrison, plus 3 autres après sa mort, sans compter les lives) mais passionnante de ce groupe qui compte indéniablement parmi les plus grands de l'histoire du rock.

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Les acteurs sont excellents, mention spéciale à Kilmer (qui chante sur certains passages, tandis que d'autres, c'est Morrison), Kyle MacLachlan (qui joue Ray Manzarek), Kevin Dillon (qui joue John Densmore) et Michael Wincott (leur producteur Paul A. Rothchild). On notera que John Densmore apparaît dans le rôle d'un ingénieur du son lors de la dernière session d'enregistrement montrée dans le groupe, et qu'Oliver Stone apparait aussi, non-crédité (contrairement à Densmore), dans le rôle du professeur de cinéma, à l'université où Morrison étudia (à noter que dans la réalité, il n'ira pas à la cérémonie de remise de diplômes, contrairement au film). Toujours dans la catégorie des anecdotes, le propre fils d'Oliver Stone, Sean, alors âgé de 6-7 ans, joue le rôle de Jim enfant. La bande-son fait évidemment la part belle (plus de 20 chansons, en bribes la plupart du temps) au répertoire des Portes, mais on y entend aussi le Velvet Underground, Carl Orff, Albinoni. Un régal absolu, comme le film de Stone, qui est à voir absolument pour tout fan de rock, et tant pis si c'est parfois assez éloigné de la réalité.