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Spoilers !

Ancien membre des Monty Python (fameuse troupe comique britannique des années 70) et unique Américain de la bande (bien qu'il ait été naturalisé britannique il y à quelques années), Terry Gilliam a toujours été le plus inventif du lot. Les passages animés qui parsemaient leurs sketches et films, c'est lui. C'est aussi lui qui (avec un autre Terry de la bande, Terry Jones) réalisa leurs films : Sacré Graal ! en 1974, La Vie De Brian en 1979 et Le Sens De La Vie en 1983. Gilliam a lancé sa carrière solo en 1977 avec Jabberwocky, film très pythonien dans l'âme (trois Pythons, dont Gilliam, jouent dans le film ; Michael Palin, un des membres de la troupe, en est même le rôle principal) et inspiré du poème absurde du même nom écrit par Lewis Carroll (présent dans le roman Alice De L'Autre Côté Du Miroir). En 1981, Bandits, Bandits... (produit par George Harrison, ami personnel des Monty Python et grand amateur d'humour) sort, et reste à l'heure actuelle un de ses meilleurs films. Puis Brazil en 1985, va continuer de propulser Gilliam parmi les réalisateurs les plus étonnants. C'est limite s'il a eu cate blanche pour son projet suivant, qui sortira en 1988, une coproduction germano-britannique adaptée d'un conte datant de 1785 et inspiré de la vie d'un personnage bien réel ayant vécu de 1720 à 1797 en Allemagne.

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Le film, aussi une sorte de remake car plusieurs autres films, en 1911, 1943 et 1978 (ce dernier, un film d'animation) furent faits sur le même sujet, s'appelle Les Aventures Du Baron De Münchhausen (orthographié avec un seul 'h' sur l'affiche, mais les deux orthographes sont valables). Ce film a été co-écrit par Gilliam et Charles McKeown (qui avait déjà bossé sur Bandits, Bandits... et Brazil) d'après les fameuses histoires du XVIIIème siècle, et il est interprété par John Neville, Sarah Polley, Oliver Reed, Jonathan Pryce, Uma Thurman, Robin Williams (crédité sous un autre nom, Ray D. Tutto, car apparemment il avait des doutes sur le potentiel commercial du film et ne voulait pas qu'on l'associe à un bide, le cas échéant, brave, brave, brave Sir Robin comme le chantaient les Pythons), Eric Idle (des Monty Python), Sting, Charles McKeown (oui, le scénariste !), et Valentina Cortese. Le musicien (percussionniste) Ray Cooper, ami de Gilliam et Gilliam lui-même apparaissent dans de petits rôles. Le film se taille aujourd'hui une réputation assez étrange dans la filmographie de Terry Gilliam : bien que considéré la plupart du temps comme une belle réussite dans son genre (un film très fantaisiste, riche, innovant et original), il a aussi et surtout été un vrai bide commercial, un retentissant échec, il a coûté, pour l'ensemble de sa production, quelque chose comme 46 millions de dollars (seulement 23 millions étaient, à la base, prévus !) et n'en rapportera, au final, que 50 (aux USA), ce qui le place dans la liste des box office bombs, comme on dit, les échecs commerciaux. 

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Pendant des années Terry Gilliam sera quelque peu blackboulé, on ne lui confiera plus de gros projets. Ses films suivants, Fisher King (1991), L'Armée Des 12 Singes (1995) et  Las Vegas Parano (1998), ne coûteront vraiment pas autant, et il lui faudra attendre 2000 pour se plonger à nouveau dans un film à gros budget, film qui, hélas pour lui, capotera au bout de 15 jours de tournage riches en problèmes divers et variés : The Man Who Killed Don Quixote. Voir à ce sujet le remarquable (et abordé ici récemment) documentaire Lost In La Mancha, tourné à la base comme un making-of du film de Gilliam, mais qui est devenu par la force des choses un témoin de l'incroyable merditude des choses survenues sur le tournage de ce film avorté (je ne vais pas revenir dessus, regardez le documentaire, lisez mon article sur le blog, allez fouiller sur le Net, bougez-vous un peu le Q, que diantre), que Gilliam, après moult tentatives, a apparemment fini par faire récemment, avec une autre équipe d'acteurs et de tournage. Pour en revenir aux Aventures Du Baron De Münchhausen, car après tout, c'est pour parler de ce film que je fais cet article, Gilliam en parlera souvent comme de la pire expérience de sa vie (le tournage chaotique de son Don Quichotte étant clairement hors-compète de ce côté-là), entre un tournage difficile, un remontage de la production, et l'échec commercial et critique, absolument cinglant. 

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Il faut dire aussi que Gilliam, qui n'a jamais cherché la facilité (Don Quichotte a toujours été qualifié d'oeuvre maudite, car glorifiant la folie de son héros, loser magnifique, et bon nombre d'oeuvres adaptées du roman de Cervantès ont foiré, quand elles n'ont tout simplement pas été avortées en pleine production - Orson Welles -, comme si le sujet du roman repissait sur ceux qui voulaient l'adapter), Gilliam donc, avait choisi, pour ce quatrième film solo, une histoire totalement dingue, riche en personnages et situations abracadabrantesques. Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais on peut dire qu'il n'y avait bien que deux réalisateurs pour aborder pleinement cette histoire : Jodorowsky (qui n'a jamais essayé d'adapter l'histoire, n'y a probablement même jamais songé) et Gilliam. Gilliam a essayé de parler de ces histoires ahurissantes vécues par ce baron allemand imaginaire mais inspiré d'un vrai personnage historique. Le résultat est étrange, à la fois enthousiasmant et à moitié raté. On sent clairement, à voir le film, qu'il ne pouvait pas cartonner à l'époque : trop chelou, trop branque, too much, un gouffre à pognon. Mais Gilliam a lutté contre les éléments avec panache, les acteurs sont excellents, les effets spéciaux et décors ont bien vieilli (comprendre : il n'ont pas mal vieilli, ils ont pris une belle patine, très agréable), et au final, Les Aventures Du Baron De Münchhausen, dont il faudra bien que je parle un peu de l'histoire, est sans doute un des meilleurs films de son réalisateur. 

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Voici, en guise de final (c'est original, hein, de finir un article par un résumé de l'histoire ?), un petit résumé rapide, et que je vais essayer de ne pas faire trop lourd, de l'histoire. Cela démarre dans une ville assiégée par les Turcs. Dans un théâtre, on joue une pièce qui relate les aventures du Baron de Münchhausen. Surgit alors un vieil homme affirmant être le vrai Baron de Münchhausen, et il crée un tel barouf que la pièce est interrompue. Tout le monde le prend pour un fou, seule une jeune femme, Sally, la fille du directeur de la troupe d'acteurs, le croit, et à elle, il lui raconte comment, avec l'aide d'amis, il a gagné le trsor du sultan et déclenché, ainsi, sans le vouloir, la guerre contre les Turcs qui attaquent alors la cité. Vont alors se suivre les aventures du Baron, picaresques au possible, qui commencent par un repas avec le sultan et un pari entrepris avec lui (goûtant son vin, Münchhausen lui affirme qu'il en connaît de meilleur, et le sultan, un peu vexé, exige de le goûter dans l'heure, et si le vin est effectivement meilleur, le trésor est au Baron). Le Baron gagne son pari, et s'enfuit, avec ses amis, en montgolfière, arrivant jusqu'à la Lune...

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Bon, je vais m'arrêter là, car je me rends compte (ayant de plus revu le film récemment) que c'est indescriptible. Allez-y, essayez donc, dans l'espace suivant !

 

 

 

 

Comme je vous le disais ! Bref, ce film est totalement à part, vraiment sympathique, un peu daté certes, mais on sent bien la Gilliam Touch malgré tout. C'est probablement un de ses meilleurs films tout compte fait, mais pas un de mes préférés de lui, je lui préfère amplement Brazil, L'Armée Des 12 Singes et Bandits, Bandits..., mais si vous aimez ce réalisateur et son univers si particulier, vous devriez aimer. Clairement, il n'y avait que lui pour aboutir avec pareil projet, même si la route lui fut difficile, remplie d'embûches, et avec, au final, un résultat décevant (bide commercial, critiques assassines, réputation merdeuse à la clé, aussi bien pour le film que pour lui). Mais avec le temps, Les Aventures Du Baron De Münchhausen ont acquis un statut culte, et le film a été quelque peu réhabilité, ce qui est déjà ça de pris ! A voir, donc. Et on notera en final que ce fameux personnage inspirera à la psychiatrie un syndrome concernant le besoin de compassion. On dira d'une personne s'imaginant être malade afin que l'on soit autour d'elle et qu'on lui apporte de l'attention qu'elle est atteinte du syndrome de Münchhausen. Le syndrome du malade imaginaire, en quelque sorte, ainsi que celui de la mythomanie...