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Spoilers...

Le fameux roman de Richard Matheson, Je Suis Une Légende (écrit dans le début des années 50, en 1954 précisément), est ce que l'on pourrait appeler un classique de la science-fiction et du fantastique/horreur. Il raconte l'histoire du dernier homme sur la Terre, après qu'une catastrophe apocalyptique et endémiologique ait transformé les autres survivants en sortes de vampires. Ce roman majeur a été adapté à trois reprises au cinéma : tout d'abord en 1964 sous le titre de The Last Man On Earth, avec Vincent Price, un film méconnu, assez rare, mais qui est indéniablement la meilleure, car la plus fidèle à l'esprit du roman de Matheson. En 2007, il y à eu évidemment Je Suis Une Légende avec Will Smith, un film correct mais pour moi la moins forte des adaptations. Et entre les deux, en 1971, Boris Sagal, un petit réalisateur ayant notamment oeuvré pour La Quatrième Dimension, réalise, avec Charlton Heston en rôle principal, Le Survivant (The Omega Man), un film qui n'adapte pas très fidèlement le roman de Matheson et est devenu culte par la suite. Tim Burton estime, sans trop chercher à comprendre pourquoi, qu'il s'agit d'un des films qu'il emmènerait avec lui sur une île déserte (à supposer qu'on puisse regarder des films sur une île déserte, mais laissez-moi en douter), un de ses films préférés. Ce film a été réalisé en grande partie grâce à Heston, qui avait lu le roman de Matheson et l'avait aimé au point de vouloir jouer dans une adaptation cinéma. Il n'avait pas vu la première version, ignorait même son existence, et n'a donc pas été influencé. 

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A l'époque, Charlton Heston n'était clairement plus dans sa période films bibliques ou à grand spectacle, lui qui avait, entre la fin des années 50 et le début des années 60, enchaîné des films comme Les Dix Commandements, Ben-Hur, Le Cid ou Les 55 Jours De Pékin était alors plus dans une phase science-fiction/fantastique. Il y à eu La Planète Des Singes en 1968 (et la première suite, Le Secret De La Planète Des Singes, en 1970, dans lequel il reprend très brièvement et anecdotiquement son rôle), il y à eu ce film de Sagal en 1971, et il y aura Soleil Vert en 1973. Peu après ce dernier film, il entrera dans une nouvelle phase, les films catastrophe (Sauvez Le Neptune, 747 En Péril, Alerte A La Bombe)... Ce film de 1971, Le Survivant, est un film culte, non exempt de défauts, mais quand même franchement pas mal, et je l'aime énormément, c'est même ma version préférée, bien que la moins fidèle, du roman de Matheson. On y trouve aussi Rosalind Cash (actrice afro-américaine qui, au cours d'une scène du film, embrasse et couche avec Heston, ce qui fait probablement de ce film, selon certains spécialistes, le premier ou un des tout premiers à montrer une scène d'amour interraciale dans un film américain) et Anthony Zerbe. On peut aussi citer Eric Laneuville, Paul Koslo, Lincoln Kilpatrick et DeVeren Bookwalter. 

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Bien que présentant des différences marquées avec le roman de Matheson et sa précédente adaptation, The Omega Man raconte la même histoire, et son personnage principal s'appelle tout comme dans le roman, Robert Neville. L'action se passe à Los Angeles en 1977. Neville est un ancien médecin de l'armée, et l'un des rares survivants d'une guerre biologique entre l'URSS et la Chine, guerre qui a ravagé la population et transformé les quelques survivants en sortes de mutants. Immunisé suite à l'injection d'un vaccin expérimental qu'il avait lui-même fabriqué, avant le conflit, Neville n'est donc pas touché par les séquelles de la guerre. Mais le reste des quelques survivants n'ont pas eu cette chance et sont devenus des mutants albinos vivant la nuit en raison d'une très forte sensibilité à la lumière. Agressifs, ils vivent en clans, et se surnomment la Famille. Ils sont menés par Jonathan Matthias (Anthony Zerbe), un pur psychotique qui pense que la technologie et la science, ainsi que leurs représentants, doivent être détruits, car c'est à cause d'eux que le monde est devenu ce qu'il est devenu (en un sens, il n'a pas tort). 

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Forcément, un homme comme Neville, qui utilise la technologie pour essayer de s'en sortir, et qui n'est pas atteint par les séquelles de la guerre (et d'une épidémie ravageuse qui a suivi), ne peut être considéré que comme un ennemi à abattre. Neville, qui vit dans un appartement retranché et surarmé au sommet d'un immeuble qu'il a fortifié, ne sort que le jour, pour se fournir en nourriture et munitions, tandis qu'il passe une partie de ses nuits à repousser les attaques de la Famille (qui utilise des armes rudimentaires type arcs et flèches, torches...). Il finit cependant, un jour (où plutôt une nuit) à être capturé par la Famille, et est menacé d'être brûlé vif sur un bûcher. Il échappe de peu à la mort grâce à une jeune femme, Lisa (Rosalind Cash), qu'il avait auparavant aperçue au cours d'une de ses patrouilles diurnes, et qui, elle aussi, n'est pas atteinte par les séquelles. Neville va ainsi découvrir, en s'enfuyant avec elle, qu'il n'est pas le seul survivant, le seul Homme encore 'normal', qu'il en existe d'autres, unis en un clan, des survivants non-immunisés contrairement à lui, mais ayant réussi à s'en sortir et à éviter la contagion malgré tout. Pour les aider, et pour éviter que la catastrophe n'empire, Neville accepte d'essayer de recréer son vaccin expérimental, le 93-B71, mais face à l'ampleur de la tache et le fait que le vaccin n'agit pas tout de suite, Neville cherche une autre solution : un sérum à partir de son propre sang...

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Le Survivant est un très très bon film de SF survivaliste campé par un Charlton Heston décidément très à l'aise dans ses films apocalyptiques. Ici, dans le rôle de Neville, ce survivant se croyant (et tout le monde le croit au début) le seul homme sur Terre face à des mutants, il est vraiment convaincant, et je ais que ça va paraître un peu exagéré, mais je pense qu'il est, des trois acteurs (les deux autres étant Will Smith et avant ça, bien avant ça, l'immense Vincent Price), celui qui est le mieux dans le rôle. Les différences (plusieurs autres survivants, alors que dans le roman, Neville est bien le dernier Homme 'normal' vivant sur une Terre peuplée, suite à une guerre virale, de vampires) sont certes notables, mais elles ne m'ont pas trop choqué, le film est dans l'air de son temps (le fait que l'héroïne soit Black, notamment) et résiste plutôt bien aux assauts du temps, justement. La réalisation de Sagal n'est pas immense, ce mec n'était pas un grand réalisateur (il a souvent oeuvré pour la TV, réalisant des épisodes de Columbo, L'Homme De Fer, plus une pléthore de TVfilms unitaires, et est mort en 1981, accidentellement décapité par un rotor d'hélicoptère durant le tournage d'un TVfilm du nom de La Troisième Guerre Mondiale), mais c'est efficace quand même. Dans l'ensemble, Le Survivant est vraiment pas mal du tout, à voir au moins une fois, ou deux fois, ou autant de fois que vous le voulez. C'est quand même marrant que ça soit un des films préférés de Tim Burton, vu qu'on ne retrouve pas son (futur) style dans celui du film, qui ressemble à tout sauf à du Burton avant l'heure !