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Spoilers...

J'ai revu ce film récemment (il est passé fin août sur Paris Première) et je me suis demandé, alors, comment j'avais bien pu faire mon compte pour ne pas l'avoir abordé sur le blog depuis tout ce temps. Après tout, les deux premiers films des Monty Python, Monty Python, Sacré Graal ! et Monty Python, La Vie De Brian (plus les premiers films de Terry Gilliam, très pythonesques parfois) avaient, eux, bien été abordés. Mais Le Sens De La Vie, rien, que t'chi, peanuts, wallou. Il me fallait donc rattraper ce retard illico presto et c'est ainsi qu'en ce beau jour du 22 août 2017, lendemain de la diffusion TV, j'entrepris de rédiger cet article qui ne paraît qu'aujourd'hui, 8 septembre de la même année (et ce parce que, quand même, j'avais déjà rédigé des articles, programmés pour les jours précédents, et la preuve, ils sont sur le blog). Voici donc Le Sens De La Vie, par les Monty Python, film sorti en 1983, et le dernier de la troupe britannique (qui comporte cependant un Américain). 

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Ca va être difficile de parler de ce film, je le sens. Il faut d'abord parler un peu des Monty Python, même si vous devez quand même savoir de qui il s'agit pour les plus âgés ou calés d'entre vous (et les plus jeunes ou moins calés doivent savoir quand même qu'il s'agissait d'une troupe de comiques britanniques des années 70). La troupe était constituée de six membres : Graham Chapman, Terry Jones (par ailleurs réalisateur du film), Eric Idle, John Cleese, Michael Palin (tous britanniques) et Terry Gilliam (Américain de naissance, mais britannique depuis 2006, il a été naturalisé), par ailleurs réalisateur des séquences animées du film. Tous enchaînent, dans le film, une foule de personnages, on les voit parfois interprétant deux personnages différent dans la même scène (et même pas que parfois : souvent, en fait). Tous ont en commun un sens de l'humour totalement décomplexé, d'une dinguerie totalement assumée. Une sorte de Nuls avant l'heure, en plus recherchés (l'inventitivé, dans le film, est totale), en plus dingues... Des précurseurs. 

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Le film possède un solide postulat de base, d'une prétention inégalable : raconter, en quelques 100 minutes, le sens de la vie, de la naissance à la mort, en passant par les choses du sexe, la violence (guerre), la santé, la vieillesse, la nourriture... Raconter le film est une chose franchement difficile, voire même impossible, tant ça part dans tous les sens. Rien que le petit sketch inaugural, réalisé par Terry Gilliam, d'une longueur de 16 minutes et intitulé L'Assurance Permanente Crimson, est un truc difficile à raconter. En gros, les employés (tous très âgés) d'une compagnie d'assurances qui les surexploite se révoltent contre leurs patrons, les balancent par la fenêtre (ils travaillent dans un vieil immeuble, travail de bureau) et prennent le contrôle de leur immeuble, le transformant littéralement en bateau qui va larguer les amarres en direction des mers de la haute finance internationale, à Wall Street. Arrivés là-bas, les pirates du vieux monde vont attaquer la Very Big Corporation Of America, leur faisant rendre gorge dans un assaut typique des histoires de piraterie. Leur histoire prend brutalement fin quand, continuant leur chemin, ils tombent du haut d'une falaise, arrivés au bout du monde (hé oui, la Terre est plate, apparemment !)...

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Ce court-métrage est présenté comme le petit film avant le grand film, et Le Sens De La Vie tel quel démarre après (mais le sketch de Gilliam en fait cependant totalement partie : on retrouve des bribes du sketch dans le film, à un moment donné). Dès le départ, le ton est donné, avec des poissons (aux visages humains) dans un aquarium de grand restaurant, se saluant respectivement et observant les clients, notant aussi qu'un des leurs, Howard, est en train de se faire bouffer. Le film, par le biais de cartons du genre première partie, deuxième partie etc, va ensuite parler des différents stades de la vie. La naissance, notamment, avec un accouchement totalement farfelu dans un hôpital, puis la visite d'une famille pauvre et catholique du Yorkshire, qui ont un nombre incalculable d'enfants parce que leur religion leur dit croissez et multipliez et leur interdit l'usage de contraceptifs. Une chanson juste cultissime, Every sperm is sacred, est ici chantée par le père (Michael Palin), un délire musical osé qui fait penser à du Oliver ! qui se relâche. La mère, grosse comme c'est pas permis (à un moment donné, elle accouche sans s'en rendre compte, le bébé tombe de sous sa robe !), est interprétée par Terry Jones. Pendant ce temps, leurs voisins protestants, qui n'ont baisé que deux fois dans leur vie de couple (avec un enfant à chaque fois) et n'ont clairement pas l'intention de recommencer, voient tout ça avec mépris pour les catholiques.

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La suite du film nous emmène à l'apprentissage : le lycée, avec cours de sexualité énoncé par un John Cleese totalement ravageur, et qui parle de cul à ses élèves qui, eux, sont plus intéressés par le rugby qui se joue au dehors que par les différentes manières de stimuler un vagin (même avec une démonstration du prof et de sa femme à l'appui, nus sur un lit devant eux). Une scène de rugby totalement délirante (les juniors contre les adultes, qui les ravagent) nous fait arriver directement sur un champ de bataille, la guerre, où des soldats se faisant canarder fêtent malgré tout l'anniversaire de leur chef d'unité, cadeaux et gâteau à l'appui. Un autre segment de guerre, se passant en 1879 durant la guerre contre les Zoulous en Afrique, se transforme en chasse au tigre, et ce, malgré qu'il n'y à pas de tigres en Afrique. Puis arrive le milieu du film, avec un gros carton l'annonçant fièrement. On nous demande alors de chercher le poisson, caché apparemment dans une séquence totalement dingue (difficile de se dire que les Pythons ne prenaient pas de drogue, et pourtant, non, ils ne prenaient pas de drogue). 

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On arrive à l'âge adulte, où dans un restaurant type hawaïen, le serveur propose à ses clients des conversations philosophiques sur le sens de la vie, ce qui, avec les deux clients assez lourdauds qu'il a servis, amène à une conversation sur le don d'organes. Mais un don d'organes assez particulier, donné de son vivant. Un jamaïcain se fait ainsi étriper par deux médecins qui lui prennent son foie, devant le regard quelque peu désintéressé de sa femme (ou logeuse), qui aura droit, elle, à une belle (mais verbeuse et chiante) chanson sur l'insignifiance de l'Homme vis-à-vis de l'univers, le tout de la part d'un chanteur de charme (Eric Idle) sortant du frigo. Après un bref retour des pirates de L'Assurance Permanente Crimson, on a le sketch sur l'automne de la vie et le retour au restaurant chic du début du film. Un homme (Terry Jones) d'une obésite improbable, Mr Creosote, arrive et s'installe à table. Direct, il exige un seau car il va gerber, et il ne cesse d'ailleurs de gerber tout du long (ce sketch n'est pas à regarder en mangeant), bouffant, bouffant, bouffant, gerbant, gerbant, gerbant, jusqu'à littéralement exploser dans des gerbes de...gerbe. Les clients sont un peu choqués, mais les serveurs, eux, assez blasés. 

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Enfin, la mort. On assiste à la mort totalement farfelue d'un condamné à mort ayant choisi la manière dont il voulait mourir : tomber du haut d'une falaise (il atterrit directement, trou en un, dans sa tombe, creusée en bas de la falaise !) après avoir été poursuivi par une équipe de roller derby (sport exclusivement féminin) seins nus. Puis on voit la Faucheuse (au look habituel : long linceul noir, faux, squelette sous le linceul) frapper à la porte d'une maison isolée, dans laquelle se tient un repas. La Mort a un mal fou à faire comprendre aux six personnes qu'elles sont mortes et qu'elles doivent La suivre... pour arriver au Paradis où se tient éternellement un spectacle de music-hall de Noël ! Et c'est, après une belle et amusante chanson (Christmas in Heaven, chanté par un sosie de Tony Bennett joué par Graham Chapman)...la Fin du Film, fièrement annoncée par une speakerine jouée par Michael Palin !

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Voilà donc Le Sens De La Vie par les Monty Python. Un film à sketches totalement dingue, loufoque, hilarant, parfois osé (le cours de sexualité, le segment sur la contraception, la scène du restaurant qui est bien dégueulasse, celle du prélèvement du foie, aussi), toujours très inventif. Ce n'est pas mon préféré de la troupe (ça reste incontestablement Sacré Graal ! de 1974) mais c'est assurément une des meilleures comédies que je connaisse, même si l'humour british et totalement farfelu de la troupe peut ne pas plaire à tout le monde (surtout qu'ici, c'est vraiment le film où ils sont allés le plus loin). Le film a bien marché (même si les deux autres, et surtout La Vie De Brian, ont mieux marché encore), et il obtiendra même un prix à Cannes (le Grand Prix Spécial du Jury, 1983). Culte comme les deux autres films de la troupe, c'est aussi leur dernier. Gilliam avait déjà lancé sa carrière (son premier film, Jabberwocky, très pythonien dans l'âme, date de 1977 ; en 1983, il avait déjà fait Bandits, Bandits... et s'apprêtait à faire Brazil), certains autres Pythons (Cleese, Palin) tournaient déjà dans des films... La troupe se séparera par la force des choses, en 1989, à la mort de Graham Chapman. Ils se reformeront très épisodiquement (1998, 2013), mais jamais durablement. Il reste une légion de sketches TV (le Monty Python's Flying Circus) et trois films cinéma remarquables comme preuves de leur génie comique.