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Spoilers...et images brutales...

Quand on parle de western, on pense à John Wayne, aux films de Sergio Leone, à Eastwood dans les mêmes films de Leone ou dans ses propres films (Impitoyable)... On pense à Gary Cooper, à Kevin Costner dans Danse Avec Les Loups... On pense à Sam Peckinpah, aussi. Peckinpah, dont La Horde Sauvage (1969) se taille la réputation de western le plus brutal et violent jamais réalisé. Je le pensais, autrefois, avant de voir Soldat Bleu. Ce film réalisé par Ralph Nelson date de 1970 et est indéniablement le western le plus violent, sanglant, brutal, barbare jamais réalisé. A sa sortie, il créera un authentique et total scandale aux USA. Plusieurs raisons : d'abord, la violence hallucinante de certaines scènes, et surtout du final ; ensuite, la manière dont la cavalerie américaine est montrée (à peu près aussi gentiment que Kubrick montrait l'Etat-major de l'armée française dans Les Sentiers De La Gloire en 1958) ; enfin, le film a été vu, très logiquement et très justement, comme une critique monstre de la guerre du Vietnam, le massacre final faisant ainsi allusion au sinistrement célèbre carnage que l'armée américaine fit dans le village vietnamien de My Lai (vous vous rappelez la fameuse photo de la napalm girl, la petite fille nue et cramée au napalm, hurlante ?) en 1968. 

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Le film date de 1970 donc, et est interprété par Peter Strauss, Candice Bergen, Donald Pleasance, John Anderson et Dana Elcar. A sa sortie, il fut interdit aux mineurs, et je crois qu'il est toujours interdit aux moins de 12 ans, si pas aux moins de 16 ans (sur le DVD, c'est indiqué seulement aux moins de 12 ans, mais il ne faut pas s'y fier : mon exemplaire Blu-ray de Mad Max : Fury Road indique que le film est pour tous publics, alors qu'il a été interdit aux moins de 16 ans à sa sortie cinéma ! Une telle erreur me consterne franchement). Le film existe donc en DVD, et heureusement, car il ne passe pas souvent à la TV (et quand c'est le cas, jamais à 20h50). C'est un film tellement violent qu'à côté, La Horde Sauvage, c'est Les Tontons Flingueurs. Incendies de tipis (mais pas que de tipis), viols, torture, assassinat de femmes et d'enfants, égorgements, démembrements, rien n'est épargné (sans aller jusqu'à la contemplation gore : les viols sont montrés de loin, on ne s'attarde pas sur les passages les plus gores, mais quand même, rien n'est juste suggéré, on sait ce qu'on voit) au spectateur comme rien n'est épargné aux Indiens dans le final du film, inspiré du massacre de Sand Creek (1864), où 700 hommes de la Cavalerie massacrèrent des Indiens sans se préoccuper de l'âge ou du sexe, en représailles à une attaque des Indiens auparavant.

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Les Indiens ont souvent eu le mauvais rôle dans les westerns, avant la fin des années 60 et l'époque des westerns révisionnistes (Soldier Blue en fait partie, tout comme il fait partie des westerns crépusculaires chers à Peckinpah). C'étaient les méchants qu'il fallait tuer avant qu'ils ne nous tuent. Les films, séries TV, BDs (Jerry Spring, Blueberry) faisaient tous pareil. Les Indiens d'Amérique, à cette époque, en avaient marre que leurs ancêtres du XIXème soient toujours montrés ainsi, et ça se comprend. Il faudra attendre la fin des années 60 pour que dans les westerns, ça change, via des films comme Little Big Man d'Arthur Penn, Un Homme Nommé Cheval d'Elliott Silverstein...et Soldat Bleu. Par la suite, on aura évidemment Josey Wales Hors-La-Loi, Danse Avec Les Loups... En terme de défenseur de la cause indienne, le film de Ralph Nelson va vraiment loin. Même la chanson du film, signée Buffy Sainte-Marie, chanteuse folk canadienne d'origine Cree, ardente défenseuse de  la cause indienne (et de la cause féministe, aussi), dont le répertoire était tellement engagé qu'elle était quasiment interdite d'antenne à l'époque !

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Concernant l'histoire dans le film, je n'en ai pas encore parlé, mais je pense qu'au vu de ce que je raconte dans les précédents paragraphes, vous devez en avoir une idée. Une colonne de l'armée américaine escortant un transport de fonds est attaqué par une horde d'Indiens Cheyenne, qui les massacre. Un jeune soldat, Honus Gent (Peter Strauss) et une jeune femme du nom de Cresta Maribel Lee (Candice Bergen), qui fut autrefois enlevée par les Cheyennes avant d'être relâchée, sont les seuls survivants de ce carnage. Les deux décident de rejoindre Fort Union, mais ils doivent pour ça traverser une contrée sauvage, risquant à tout moment de tomber sur des Indiens. Peu expérimenté, Gent apprend pas mal de choses sur les Indiens de la part de Cresta, qui lui explique notamment que l'attaque n'était qu'une manière, pour les Cheyennes, de se défendre contre les attaques systématiques dont ils sont victimes de la part de l'armée. Armée qui va vouloir, suite à ce carnage, se venger de la plus radicale des manières...

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Les acteurs sont très bons, la réalisation est efficace et insiste bien sur l'indicible, ce massacre du village indien (cependant, l'attaque indienne sur l'armée est elle aussi montrée sans complaisance). Le titre du film n'est pas une allusion à la tenue du soldat américain (uniforme bleu), mais plus au personnage joué par Strauss, un jeune soldat, un 'bleu', inexpérimenté. Le titre est cependant en double-sens. Soldat Bleu est, avec son affiche marquante (la même dans tous les pays), un film choc, choquant, brutal, violent et sanglant, un film à voir absolument, mais contrairement à pas mal de westerns, pas en famille. Amateurs de westerns n'ayant pas encore vu ce film, je vous le conseille, mais il faut vraiment savoir, avant de le regarder, à quel point il est radical et violent, ce n'est pas Le Vent De La Plaine ou La Prisonnière Du Désert. C'est en tout cas un pur produit de son époque, une critique virulente et engagée de la guerre du Vietnam en même temps qu'un constat féroce des méfaits de la cavalerie sur les Indiens. Un classique à ne pas mettre entre toutes les mains !