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Spoilers...

Ce film a fait pleurer Barack Obama, Président des USA au moment de sa sortie en 2013. Ce fut même limite l'argument publicitaire choc au moment de sa sortie en France, ça ne s'est pas retrouvé sur l'affiche du film, mais presque. En tout cas, c'est au dos du DVD, parmi les louanges de la presse, louanges, il faut le dire, amplement méritées. Ce film, c'est Le Majordome, réalisé par Lee Daniels (titre original : Lee Daniels' The Butler ; marrant que le titre original mentionne le nom du réalisateur ! Mais c'est parce qu'un vieux film de 1916, portant le même titre, existait, et appartenait à la Warner, qui n'a pas distribué le film de Daniels ; il a donc fallu modifier le titre) et sorti donc en 2013. Le film a très très bien marché au box-office international, a été accueilli magnifiquement par la presse, et bénéficie d'un parterre de stars comme on n'en voit que rarement, maintenant, dans le cinéma. Pensez-donc : Forest Whitaker, Oprah Winfrey (pas une actrice à la base ; elle avait cependant joué aux côtés de Whoopi Goldberg et Danny Glover dans le sublime La Couleur Pourpre de Spielberg, en 1985, déjà un film sur les conditions de vie des Noirs), Robin Williams, Liev Schreiber, Jane Fonda, David Oyelowo, Cuba Gooding Jr, Lenny Kravitz, Vanessa Redgrave, John Cusack, Terrence Howard, James Marsden et Alan Rickman. Le film est (plus ou moins librement) inspiré de la vie d'Eugene Allen, un majordome de couleur qui fut au service de sept Présidents des Etats-Unis, à la Maison-Blanche, et pendant une durée de 34 ans. Eugene Allen est mort en 2010. 

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Dans le film, le personnage a été rebaptisé Cecil Gaines, et c'est Forest Whitaker qui l'interprète. Mais le film démarre avec un Cecil Gaines enfant, dans les années 20. Il vit avec ses parents dans une plantation de coton en Géorgie, à Macon, et un jour, il assiste à une scène qui va le traumatiser : sa mère se fait violer par le fils du propriétaire de la plantation, Thomas, qui abat le père de Cecil quand celui-ci tente de protéger sa femme. La mère de Thomas va prendre Cecil sous son aile et lui apprendre à servir dans la maison, à devenir un 'bon nègre de maison' et va lui apprendre à lire et écrire. Cecil devra cependant partir de la plantation, quelques années plus tard, à la mort de sa 'bienfaitrice'. Il travaille un temps dans un hôtel de Washington, y rencontrant Gloria (Oprah Winfrey) qui deviendra sa femme et la mère de ses deux enfants Louis (David Oyelowo) et Charlie, avant d'être repéré par le chef du personnel de la Maison-Blanche, de passage, qui va l'engager pour rejoindre l'équipe de majordomes au service du Président, en 1952 (il sera majordome jusqu'en 1986).

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Cecil, dont les deux enfants vont participer, à leur manière, à l'histoire (Charlie en combattant, et se faisant tuer, au Vietnam, et Louis en rejoignant les causes, pacifistes puis plus belliqueuses, de défense des droits des Noirs, en cotoyant Martin Luther King, puis Malcolm X et les Black Panthers), va ainsi, le temps de sept Présidents (d'Eisenhower à Reagan en passant par JFK et Nixon), vivre, de l'intérieur, tout en sachant évidemment rester à sa place, l'histoire de son pays : la crise des missiles de Cuba, la Guerre Froide, l'assassinat de Kennedy et de son frère sénateur Bobby, la guerre du Vietnam, le scandale du Watergate qui a éclaboussé Nixon et l'a contraint à démissionner, l'affaire des otages de l'ambassade des USA en Iran, l'arrivée d'un ancien acteur de westerns de série B (Reagan) à la Maison-Blanche...

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Concernant les Présidents, les acteurs les interprétant (Robin Williams pour Dwight Eisenhower, Alan Rickman pour Ronald Reagan, John Cusack pour Richard Nixon...) sont tous remarquables, plus ou moins ressemblants, tous convaincants. Pour le reste du casting, c'est du même acabit, même les acteurs non-professionnels (Oprah Winfrey, la Drucker américaine, et le rockeur Lenny Kravitz) tirent franchement bien leur épingle du jeu. Le Majordome entremêle intelligemment la grande Histoire américaine de la seconde moitié du XXème siècle (les différents évênements que j'ai cités, pour certains, plus haut) et la petite histoire, le personnage principal étant confronté aux choix radicaux d'un de ses fils et au décès, à la guerre (une guerre, de plus, perdue par les USA), de son autre enfant.

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Forest Whitaker est juste magnifique du début à la fin, cet acteur est de toute façon un des meilleurs de sa génération et n'a malheureusement pas eu toujours les rôles ou films qu'il méritait. Pour un Bird (où il campait un Charlie Parker sublime, rôle qui l'a révélé en 1988) ou un Le Majordome, combien de films tels que Panic Room (un bon film, OK, mais pas un grand film ; seule la réalisation efficace de David Fincher sauve le film d'un statut de série B de luxe) ou La Mutante (série B de SF horrifique sans âme), sans oublier des raclures absolues comme Battlefield Earth (film de SF propagandiste pro-Scientologie fait avec un autre membre de cette secte, Travolta, et adapté d'un roman du créateur de l'Eglise de Scientologie, L. Ron Hubbard) ou Taken 3 ? Heureusement, dans le tas, il y à Bird, il y à Ghost Dog, il y à Le Dernier Roi D'Ecosse, il y à Platoon, aussi, et, évidemment, ce Le Majordome remarquable de Lee Daniels, indéniablement un des meilleurs films de 2013 aux côtés du Lincoln de Spielberg, de Twelve Years A Slave, de Gatsby Le Magnifique et du Loup De Wall Street. Ah oui, et du dernier Jodorowsky en date, le méconnu La Danza De La Realidad que j'aborderai ici un ces jours, promis.