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Spoilers !

Lorsque j'ai vu ce film pour la première fois, en DVD au moment de sa sortie (vers 2000 , ce fut un des premiers DVD que j'ai eus, l'édition collector double en boîtier cartonné avec fourreau imitant un colis noué d'une cordelette), ce fut un choc. J'avais quelque chose comme 18 ans (en fait, j'avais vraiment 18 ans), et j'ai immédiatement rangé ce film aux côtés d'Orange Mécanique, Phantom Of The Paradise, Zardoz et The Rocky Horror Picture Show, parmi mes films cultes absolus. Il y est toujours. Ca fait un moment que je ne me suis pas revisionné Fight Club, quatrième film de David Fincher, mais je n'en ai pas besoin : cette adaptation d'un roman de Chuck Palahniuk (que je trouve inférieur au film, au passage, ce qui est assez rare pour être signalé), je l'ai vue et revue tellement souvent que je l'ai en mémoire et je peux limite me le faire dans ma tête. Le film est interprété par Edward Norton, Brad Pitt et Helena Bonham-Carter, et on y trouve aussi le rockeur Meat Loaf, Zach Grenier, Jared Leto et Eion Bailey. A sa sortie, le film fut vivement controversé, et sera un échec commercial, il ne deviendra culte qu'à partir de sa sortie DVD, qui se vendra très bien.

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L'histoire est assez tarabiscotée et plonge dans le délire le plus absolu (le roman a été vendu en France sous l'étiquette SF/anticipation et est commercialisé en poche dans une collection SF). Le personnage principal (Edward Norton), dont on ignore le nom, est un expert en assurances (spécialisé dans les accidents automobiles) vivant seul dans un appartement meublé chez Ikea. Il est trentenaire. Sa vie est une vaste plaisanterie : il passe son temps à bosser, ses temps libres à acheter et monter des meubles ou à décorer son appartement, où à regarder la TV. Il souffre d'insomnie chronique et son médecin traitant, qui refuse de lui donner des médicaments pour soigner un mal qui, selon lui, n'a pas vraiment de raison d'être, lui conseille de participer à des thérapies de groupe afin qu'il se rende compte que d'autres gens souffrent vraiment, par rapport à sa propre 'souffrance' personnelle. Il rejoint un groupe de victimes de cancers (y faisant la connaissance de Bob - Meat Loaf - , atteint d'un cancer des testicules, qu'on a du lui retirer) et se rend compte qu'en se faisant passer pour une victime l'aide à mieux dormir, il relativise. Il y prend goût et intègre, discrètement, d'autres groupes de parole, sur des sujets divers. A chaque fois, une jeune femme, Marla (Helena Bonham-Carter), est présente. Tous deux gênés d'être des imposteurs, ils font connaissance et décident de se partager les groupes, pour éviter de toujours se croiser.

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En rentrant d'un voyage d'affaires, dans un avion, il fait la connaissance d'un représentant en savons, Tyler Durden (Brad Pitt), qui lui laisse ses coordonnées. Charismatique au possible, Durden va devenir un ami très proche du narrateur, et lui faire ouvrir les yeux sur la réalité du monde (pourquoi les masques respiratoires dans les avions sont là ? Pour faire planer les futures victimes des crashes, l'oxygène pouvant défoncer...). Alors que, rentrant chez lui, il découvre son appartement détruit par une explosion, le narrateur décide de retrouver Tyler dans un bar, où ils commencent à parler de consumérisme, Tyler ayant apparemment des idées très radicales, anarchistes, sur la question (un de ses précédents métiers était projectionniste dans un cinéma, et il avait l'habitude de mettre des images subliminales telles que des photos de bites dans les films projetés, pour heurter  les spectateurs sans qu'ils ne s'en rendent compte). Au cours de leur discussion, Tyler exige du narrateur qu'il le frappe, le plus fort possible. D'abord hésitant, le narrateur accepte, et ils finissent par se foutre sur la gueule. Après coup (c'est le cas de le dire), tous deux ont pleinement apprécié, ça les a requinqués. Le narrateur s'installe chez Tyler (Marla aussi), et prennent l'habitude de se battre derrière le bar, attirant de plus en plus de monde. Ils finissent par créer un groupe secret, un club destiné à la baston, le Fight Club, dont les deux premières règles sont : on n'en parle pas, et on n'en PARLE PAS

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De plus en plus de monde (des hommes) viennent se foutre sur la tronche, et le narrateur, via Tyler, s'affranchit de plus en plus des règles sociales, plongeant progressivement dans une anarchie totale. Tyler et lui regroupent autour d'eux des tas de paumés (dont Bob, le cancéreux des couilles), et Tyler devient progressivement une sorte de gourou pour tout le monde dans le groupe. Il commence une liaison avec Marla (ce que le narrateur n'apprécie pas trop) et commence à réfléchir à un plan, le Projet Chaos. Pour ce faire, il (Tyler) transforme les membres du groupe en une sorte de milice chargée d'éprouver l'agressivité des gens, les forçant à les frapper, à réagir violemment. Le projet va peu à peu virer au terrorisme pur et dur via des actions de sabotage de plus en plus poussées (au cours d'une d'entre elles, Bob trouve la mort), pour finalement devenir un plan terrifiant : faire sauter à la bombe les immeubles abritant les banques et groupes financiers. C'est alors (SPOILERS !) que le narrateur bascule en se rendant compte que Tyler...n'existe que dans sa tête. Il souffre d'un dédoublement de personnalité, c'est lui et lui seul qui a crée le Fight Club et organisé le Projet Chaos, et il va dès lors, se rendant compte de la situation, tout faire pour empêcher le projet d'aboutir...

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A sa sortie, le film a divisé la critique. Roger Ebert, fameux critique cinéma, estimera que c'est le film le plus fasciste depuis Un Justicier Dans La Ville, et n'aimera pas. D'autres trouveront le film jubilatoire et totalement en phase avec son époque. Il est vrai que Fight Club (qui sera un bide à peu près partout, le film étant, il est vrai, inclassable) est un film assez limite : son personnage principal, Tyler Durden, est un gourou terroriste anarchiste, et on imagine difficilement un film pareil sortir en 2017, déjà que c'était difficile en 1999, mais avec tous ces attentats de par le monde, ça passerait encore moins bien maintenant. La réalisation de Fincher est explosive, riche, inventive et audacieuse, le climat est glauque et clippesque, le film est assez violent (il est interdit aux moins de 16 ans) et possède un discours assez proche de celui du roman Glamorama de Bret Easton Ellis. Brad Pitt est juste inoubliable dans ce rôle, Edward Norton est excellent aussi, la bande-son est terrible (ce film m'a fait découvrir les Pixies, dont le tube Where Is My Mind ? illustre le final). Le film devient de plus en plus malaisé au fur et à mesure qu'il avance ; au début, on sourit presque aux élucubrations type No Logo de Tyler Durden, son discours anti-consumérisme et anarchiste. Mais quand arrive le Projet Chaos, le malaise se fait sentir...C'est la force du film (ainsi que le retournement de situation concernant Tyler Durden), ainsi que du roman initial de Palahniuk, que je trouve cependant inférieur au film, tout en étant vraiment excellent. Bref, pour finir, Fight Club, c'est un OVNI cinématographique, un film de barges, un film pour personnes averties, et un chef d'oeuvre orgiaque (selon les termes de Bret Easton Ellis, qui s'y connaît en histoires déviantes).