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Spoilers...

J'adore les westerns. Ce genre et la SF, ce sont mes deux préférés. Mais le "ouestairne" passe en premier. Avec une nette préférence pour les westerns spaghetti et les westerns crépusculaires et révisionnistes des années 70 (les Peckinpah, Eastwood, Penn). Mais j'aime tous les westerns en général, je prends beaucoup voire énormément de plaisir à en regarder un, et quand il en passe un à la TV, généralement, je ne le loupe pas, sauf si je l'ai vu récemment. Par exemple, dimanche dernier, sur une chaîne de la TNT (HD1, je crois), un western était rediffusé, et je l'ai revu. C'est d'ailleurs celui que j'aborde aujourd'hui, comme quoi, ça tombe bien (non, je déconne : si je l'aborde aujourd'hui, c'est justement parce que je l'ai revu récemment et que je me suis rendu compte que je ne l'avais jamais abordé ici). C'est un film français, sorti en 1971, et réalisé par Terence Young (un réalisateur britannique). Un film francaouis fait par un briton ? Déjà, ça part mal. Avec Alain Delon. Aïe, mais putain arrêtez, ça commence vraiment mal (de ce fait, sauf erreur de ma part, c'est le seul western de Delon). On y trouve aussi Charles Bronson (ah ! ça va mieux !), Ursula Andress et Toshirô Mifune. Oui oui, vous avez bien lu : l'acteur fétiche de Kurosawa, un des plus grands acteurs nippons, joue dans un western. Dans le rôle d'un Japonais, évidemment, pas d'un Italien. Le film s'appelle Soleil Rouge (Red Sun en titre d'exploitation internationale). 

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J'ai longtemps hésité avant d'aborder ce film, j'ai hésité pendant que je le revoyais à la TV en me disant que ça serait bien de l'aborder, et puis, pendant ce même visionnage, et le lendemain, et pendant toute la semaine, ça a été du genre oui, mais non, mais siiiiii, mais nooooooon, mais peut-être que si finalement, mais finalement non !, et en fin de compte, si. J'ai donc décidé de l'aborder, faute de quoi vous ne seriez pas en train de lire ce que je suis en train d'écrire. Ce film, avec sa musique signée Maurice Jarre (ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle soit belle ; sincèrement, Jarre a fait mieux), est un objet de curiosité. Pour les fans de westerns, mais pas seulement. Il y en à qui pensent que ce film est un navet, d'autres qui pensent que c'est très regardable, mais personne, à mon avis, ne doit considérer Soleil Rouge comme étant un chef d'oeuvre. Je vous rassure, moi non plus. Ce film possède deux défauts : Alain. Et Delon. Ce mec, qui n'a jamais su mourir proprement dans ses films (dans Le Cercle Rouge, c'est du genre et un petit tour sur la gauche, et un autre petit tour sur la droite, triple axel, sauté-piqué et vlan !, sur le sol, j'exagère un peu, mais c'est pas une mort sobre et élégante ; faut dire qu'il se fait fumer en courant, aussi, ça aide pas) et ce western n'améliore pas cette réputation (oui, j'avais prévenu, il y a des spoilers dans l'article). En plus, il ca-bo-tine comme c'est pas permis, avec sa tenue classieuse à la Robert Vaughn dans Les 7 Mercenaires, son sourire breveté Alain Delon N°2 : carnassier, cynique et séducteur en même temps, et ses postures très Henry mais pas très Fonda. 

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Heureusement qu'il y à Bronson (Bronson ! Avec nous ! Bronson ! Avec nous !) pour rattraper un peu tout ce merdier. Habitué du genre (Les 7 Mercenaires, Il Etait Une Fois Dans L'Ouest...), il n'est pas ici dans son meilleur rôle, c'est sûr, ni dans son meilleur rôle de western, mais il est aussi potable qu'une bouteille de Cristalline, et c'est déjà ça. Ursula Andress fait sa Ursula, c'est à dire sexy et potiche. Toshirô Mifune semble perpétuellement se demander si une malédiction courant autour de ses honorables ancêtres n'aurait pas un quelconque lien avec sa présence ici, en plein désert espagnol (lieu de tournage, vers Almeria), dans un western. Ceci dit, il est très bon, ça reste Mifune. Et je me rends compte que je n'ai toujours pas parlé de l'histoire, ce qui pourrait expliquer à celles et ceux n'ayant jamais vu le film ni même entendu parler de lui pourquoi on trouve un Japonais dans un western se passant, comme tout western, aux USA. L'action démarre en 1871 (et se termine en 1871 : l'action se déroule en même pas une semaine) dans l'Ouest. L'ambassadeur japonais arrive aux USA, accompagné de deux samouraïs (dont Kuroda, joué par...bravo, vous avez deviné), porteur d'un sabre japonais de grande valeur  en tant que cadeau pour le Président américain. Il se trouve dans un train, en route pour Washington, quand le train est attaqué par une bande de...bandits menés par Gotch (Delon) et Link (Bronson). Le même train sert aussi pour le transport de fonds postaux.

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Les bandits volent l'argent, mais Gotch est aussi intéressé par les émissaires du soleil levant. Il leur vole leur argent, et le sabre. Un des deux samouraïs se fait tuer par Gotch quand il tente de l'en empêcher. Gotch (qui a ordonné à ses sbires de régler son compte à Link afin d'éviter de partager l'argent avec lui) s'enfuit, alors que l'autre samouraï, enragé, se jure de le retrouver et de le tuer. C'est alors que Kuroda et l'ambassadeur découvrent Link, inanimé, mais vivant. Ils s'occupent de lui, et lui demandent de les aider à récupérer le sabre, dont la perte est pour eux un grand déshonneur. Link, qui a un compte à régler avec Gotch, accepte de partir avec Kuroda (qui reçoit de son maître l'ordre de retrouver le sabre en sept jours, faute de quoi, il devra se faire hara-kiri), bien que ça le fasse quand même chier de se coltiner un samouraï. Mais les deux hommes, durant le trajet, pendant leur traque de Gotch, vont apprendre à faire connaissance et un certain lien (marrant, d'ailleurs, que le nom du personnage de Bronson signifie 'lien' en anglais) va se former entre eux, fragile au départ, puis de plus en plus solide...

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Bon, on ne va pas se mentir : ce film n'est pas un chef d'oeuvre. Soleil Rouge n'en demeure pas moins un film parfaitement regardable à moins d'avoir de trop grandes prétentions en matière de cinéma, faute de quoi on ne saurait voir en ce film autre chose qu'une aimable série B, voire un navet, tout dépend du nombre de verres de rouge qu'on aura bu avant le visionnage. Tous les acteurs ne sont pas bons (je ne reviendrai pas une dernière fois sur Delon, et je ne sais pas ce qu'il pense, désormais, de ce film), mais Bronson et Mifune tirent parfaitement leur épingle du jeu. Utilisant les codes du western spaghetti sans en être un, le film contient de très bonnes scènes (le train, le final dans le champ) et un certain humour assez rafraîchissant (jouant sur les différences, les contrastes, entre les deux civilisations, le samouraï et le cowboy) mais personne de suffisamment sensée ne crierait au chef d'oeuvre du genre, ni au chef d'oeuvre tout court. Le film n'est qu'une série B, donc, un western parmi tant d'autres, une curiosité rapport à son scénario (assez mince, cependant, mais le postulat de base est original, bien qu'adapté d'un roman) et son casting hétéroclite. Ca reste à voir, mais pas trop souvent, car il ne le mérite pas vraiment.