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Spoilers...

J'ai mis un sacré temps avant d'aborder enfin ce film ici, parce que ce film, sincèrement, est tellement fort, tellement incroyable, que je séchais complètement à l'idée de l'aborder. Mais j'ai pris le taureau par les cornes, j'ai revu le film hier soir (prenant tout autant de plaisir à le revoir que j'en avais eu à le voir la précédente fois), et je me suis lancé ce matin. Voilà donc Interstellar, de Christopher Nolan, film sorti en 2014, coproduction américano-britannique de 2h50 bénéficiant d'un casting absolument sans fautes : Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Michael Caine, Jessica Chastain, Casey Affleck, John Lithgow, mais aussi Ellen Burstyn, Timothée Chalamet, Mackenzie Foy, David Oyelowo, William Devane et David Gyasi. La musique du film est signée Hans Zimmer, devenu un habitué des films de Nolan (ce fut sa cinquième collaboration avec le réalisateur britannique, et il y en aura d'autres ensuite : il a signé la bande-son de son dernier opus, Dunkerque), et qui a signé une bande originale totalement éloignée de son style habituel, et sans rien savoir du moindre détail de l'intrigue du film. Et pourtant, la musique colle parfaitement au film. 

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Je vais en rassurer certains, et en décevoir d'autres (mais surtout rassurer les premiers certains) : je ne vais pas rentrer dans le détail du scénario du film (signé Nolan et de son frangin Jonathan). Interstellar est en effet tellement dense, et par moments (le final) tellement complexe, que le détailler ne servirait qu'à deux choses : tuer le suspense pour ceux qui n'ont toujours pas vu le film (et dans ce cas, une seule chose à vous dire : regardez-le, putain !), et me vautrer complètement dans des tentatives de descriptions de scènes visuellement et scénaristiquement sublimes, des coups de génie, mais qui ne supporteraient pas (et moi non plus) qu'on les décortique comme un homard sur une table de restaurant chic. Je vais donc m'en tenir à un strict essentiel, même si je vais quand même devoir faire plus que trois-quatre lignes, car au final, le postulat de base du film peut se restreindre à trois-quatre lignes. Je vais donc utiliser plusieurs paragraphes tout en restant dans le vague, tout ça pour dire à quel point le film est dense !

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L'action se déroule aux USA, dans le futur (XXIème siècle au minimum, vu une allusion faite au XXème siècle dans une des premières scènes du film), un futur proche mais non daté. Ancien pilote de la NASA, Cooper (Matthew McConaughey) s'est reconverti en cultivateur et vit avec sa famille (ses deux enfants Murphy - Mackenzie Foy - et Tom - Timothée Chalamet - et son beau-père Donald - John Lithgow ; quant à sa femme, elle est morte depuis plusieurs années au moment du début du film) dans une ferme. La Terre est devenue très inhospitalière : tempêtes de sable à répétition (pour la région où vit Cooper) et d'une manière générale, catastrophes naturelles à répétition, et le monde subit une grave crise alimentaire, les ressources s'épuisent. L'Humanité est tellement résignée à subir son destin qu'elle a fait un bond en arrière : il est enseigné dans les écoles que l'Homme n'a jamais été sur la Lune, que c'était un mensonge afin d'armer l'URSS, et que ça a contribué à la dégénérescence actuelle du monde. 

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Murphy, la fille de Cooper, est persuadée qu'un fantôme vit dans leur maison, et que ce fantôme tente de communiquer avec elle, notamment en faisant chuter des livres de sa bibliothèque, en morse. Après une violente tempête de poussière, Cooper comprend, en voyant le sable tomber sur le sol de la chambre par des interstices, qu'il n'y à pas de fantômes, mais que ce phénomène est causé par le gravité, et que la poussière tombe au sol organisée en code binaire. Une entité inconnue et intelligente entre en contact avec eux via ce système binaire, et leur indique des coordonnées géographiques. Cooper prend sa voiture (Murphy l'accompagne sans son autorisation) et il arrive, en plein désert, dans une base secrète qui s'avère être un centre de la NASA. Or, la NASA est censée avoir été fermée des années auparavant et le gouvernement réfute qu'elle existe encore. Au centre, il fait la connaissance du professeur Brand (Michael Caine) et de sa fille Amelia (Anne Hathaway), scientifique elle aussi. Les scientifiques qui travaillent, secrètement, dans la base ont découvert un trou de ver (sorte de trou noir) dans l'espace, à proximité de Saturne, lequel existerait, inchangé, depuis presque 50 ans, ce qui est impossible à moins d'avoir été crée par une forme supérieure d'intelligence. Ce trou de ver conduit à une nouvelle galaxie, similaire à la nôtre, et dans laquelle au moins trois planètes seraient habitables.

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Le destin de l'Humanité repose sur cette découverte, et est constitué de deux plans imaginés par Brand : le plan A : trouver une planète habitable pour y faire évacuer la population terrestre (la Terre est en fin de vie, Brand estime que dans deux générations, il n'y aura plus rien de vivant sur la Terre), ou le plan B, en cas d'échec du premier plan : coloniser la planète viable découverte avec des embryons in vitro préalablement congelés (ce qui impliquerait que la population sur la Terre mourrait sans que l'on ne puisse rien faire, pendant que des nouveaux Humains naîtraient sur cette nouvelle planète). Ce deuxième plan est celui de secours, celui qui ne plaît à personne, mais il semble aussi probable que le premier. Dix ans auparavant, trois astronautes, Mann, Edmunds et Miller, ont été envoyés en exploration sur chacune de ces trois planètes, avec comme mission d'essayer de les pré-coloniser, de les étudier, avant de se mettre, chacun, en sommeil cryogénisé, en attendant l'arrivée d'une mission plus importante (le nom de cette mission vieille de dix ans est Lazare). Brand explique tout ça à Cooper, et lui demande, vu son passé de pilote et le fait qu'il ait été conduit jusqu'ici d'une manière quasi métaphysique, de participer, comme pilote, à la nouvelle mission, la mission Endurance, à laquelle Amelia Brand, notamment, participe. Cooper accepte, et ses adieux avec Murphy sont difficiles, sa fille n'acceptant tout simplement pas que son père puisse l'abandonner pour une mission aussi longue, sans garantie de retour, et surtout, sans savoir quand il pourrait rentrer. Selon les lois de la gravité et de l'espace, il pourrait très bien, à son retour, être aussi âgé, ou plus jeune, que sa fille...Mais Cooper part quand même. 

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Je ne vais pas continuer de raconter Interstellar. Et sachez que ce résumé de trois paragraphes bien tassés ne représente que la première heure du film, qui en dure quasiment trois ! Le film prend d'abord son temps pour installer l'atmosphère fin du monde (mais une fin du monde lente, résignée, pas un truc à la 2012), que l'on ressent bien. On sent bien que l'Humanité est à son terme, encore 50 ans, peut-être un peu plus, et ensuite rideau. Dès le départ dans l'espace, on se concentre ensuite surtout sur les astronautes (et leurs deux robots, TARS et CASE, des sortes de monolithes articulés au sens de l'humour ravageurs et à la susceptibilité affirmée), mais le retour à la Terre est effectué ensuite régulièrement via des ellipses que n'aurait pas renié Kubrick dans son 2001 : L'Odyssée De L'Espace, un film auquel il est impossible de ne pas penser en regardant Interstellar. Et la comparaison n'est pas du genre le film de Nolan est moins bien que celui de Kubrick, non. Durant tout le film, je me suis dit que Nolan avait réussi à égaler, en terme de puissance, en terme d'impact visuel, le monument de Kubrick. La musique de Zimmer fait souvent penser à certains thèmes présents dans le film de Kubrick (les morceaux de Lygeti, celui de Khatchaturian), le côté volontairement lent du film, certaines scènes comme l'amarrage à la station spatiale, l'aspect même des robots (des monolithes) et le côté totalement métaphysique du film (notamment dans son final), tout concourt à faire d'Interstellar une sorte de 2001 moderne, et qui n'a absolument pas à rougir de son glorieux aîné. Je pense que Kubrick et Arthur C. Clarke (malgré que le film ne soit peut-être pas totalement réaliste du point de vue de la science pure, et Arthur C. Clarke écrivait des romans de SF extrêmement solides de ce point de vue, au point d'en entre parfois arides et chiants) auraient été fiers de Nolan.

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Le film est magistralement interprété, et certaines séquences (Cooper disant un au revoir déchirant à sa fille dans sa chambre ; le même Cooper regardant, dans la navette, les messages vidéo laissés par ses enfants, tout en pleurant (je ne vais pas entrer dans le détail de cette scène ni quand elle arrive dans le film, mais un élément important de l'histoire explique la réaction déchirante de Cooper vis-à-vis de ces messages) ; et le final) sont absolument à tomber. La réalisation de Christopher Nolan est imparable, et les effets spéciaux sont juste inoubliables. La musique, comme je l'ai dit, est d'un sublime total, difficile de se dire que c'est Hans Zimmer, un des spécialistes en grosse musique bien bourrine, qui l'a signée (on dirait du Philip Glass, du Lygeti, parfois), et difficile de se dire, aussi, qu'il l'a composée sans rien savoir du film, sans rien avoir lu ou vu d'Interstellar. Certains thèmes, comme dans le final, sont tellement beaux qu'ils en filent le frisson, et en sont même terrifiants de beauté, le genre de beauté qui bouleverse littéralement. Au final, ce film jamais long malgré sa durée et son rythme plutôt lent (ce n'est pas un blockbuster d'action), ce film qui prend son temps et beaucoup de risques (scénario dense et complexe, ambiance métaphysique et cosmique) est un chef d'oeuvre, comme beaucoup de critiques l'ont dit à sa sortie. C'est indéniablement mon film préféré de Nolan, et un de ses grands meilleurs, peut-être même son meilleur film. Un monument absolu de la SF, aussi, à ranger aux côtés du film de Kubrick (et du Solaris de Tarkovski), fièrement côte-à-côte avec lui. Un opéra de la SF sur le destin de l'Humanité. On trouvera difficilement plus ambitieux, et le résultat est totalement à la hauteur des enjeux.