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Spoilers !

On parle ici d'un des plus grands romans américains, par un des plus grands écrivains américains : Gatsby Le Magnifique par F. Scott Fitzgerald (qui s'est inspiré d'une personnalité réelle qu'il a cotoyée pour son roman, quasiment autobiographique), paru en 1925. Un roman très court (presque une novella, c'est à dire une longue nouvelle) et absolument quintessentiel, qui fut adaptée au cinéma à quatre reprises dès 1926 (plus un TVfilm en 2000 avec Toby Stephens, et avant ça, un...opéra en 1999, au Metropolitan Opera de New York, avec Jerry Hadley). Des quatre adaptations cinéma, la plus récente est celle que j'aborde aujourd'hui, sortie en 2013, présentée à Cannes (hors compétition) la même année et réalisée par l'australien Baz Luhrmann (le film est une coproduction entre son pays et les USA). Une autre adaptation cinéma mériterait sans doute encore plus d'être abordée ici, elle le sera sans doute un jour : celle, de 1974, réalisée par Jack Clayton et interprétée par un inoubliable Robert Redford. Mais j'ai voulu aborder cette dernière adaptation car elle parvient franchement bien, malgré des dérives (j'y reviendrai plus bas), à adapter le roman de Fitzgerald (aussi auteur de la courte nouvelle ayant donné le film de Fincher L'Etrange Histoire De Benjamin Button) et surtout l'atmosphère totalement envapée et à part des USA des années 20.

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Rien que l'affiche donne le ton, avec son graphisme art-déco luxueux (elle permet aussi de découvrir avec stupeur et horreur que le film a été fait en 3D : quel intérêt, franchement, de faire un tel film en 3D, autant conserver ce procédé pour des films pour lesquels ça en vaut vraiment la peine !). Sorti donc en 2013, Gatsby Le Magnifique version Baz Luhrmann est interprété par Leonardo Di Caprio et Tobey Maguire (dans le rôle du narrateur, qui n'est autre, sous un autre nom, que F. Scott Fitzgerald, y compris dans le roman). Carey Mulligan, Joel Edgerton, Isla Fisher, Jason Clarke, Elizabeth Debicki complètent la distribution de ce film certes un peu long (2h25 minutes à peu près) mais globalement passionnant, et se passant donc dans l'Amérique des années 20 (le film alterne entre 1929, année où le personnage principal raconte son histoire, et 1922 et les années entre pour le reste du film), une Amérique en plein dans les années folles, des années insouciantes où le monde sort d'une guerre et ne s'attend franchement pas à y entrer à nouveau moins de 20 ans plus tard. Décors chatoyants, costumes idem, voitures et maisons luxueuses, fiestas débridées, champagne a gogo, tout, dans ce film, transpire cette insouciance, une sorte de parenthèse enchantée...du moins, pour ceux qui en ont les moyens.

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1929. Nick Carraway (Tobey Maguire), vétéran de la Première Guerre Mondiale, est dans un hôpital psychiatrique afin d'y suivre une cure de désintoxication anti-alcoolique. A son médecin, il commence à parler d'un homme qu'il a rencontré pour la première fois en 1922 et dont il est devenu, au fil des années, un ami proche : Jay Gatsby (Leonardo Di Caprio). Un nabab, un homme richissime et étrange, qui organise des soirées fastueuses dans son immense propriété située sur le rivage nord de l'Etat de  New York (Long Island). Carraway a quitté son Midwest, en 1922, pour s'installer dans une maison située à West Egg, et son voisin direct n'est autre que Gatsby, qu'il ne rencontrera pour la première fois qu'au cours d'une de ces soirées (il y a été invité, ainsi que sa cousine Daisy Buchanan - Carey Mulligan - et son mari Tom - Joel Edgerton). Avant même de le rencontrer au cours de cette soirée, il entend dire à peu près tout et n'importe quoi sur ce personnage mystérieux au sujet duquel personne ne sait grand chose, ni sa vie, ni la manière dont il a gagné tout cet argent. 

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Au fil des mois, des années, Carraway va devenir assez proche de son richissime voisin, suffisamment proche pour devenir, en quelque sorte, son confident. Gatsby est célibataire, mais a auparavant été l'amant de Daisy, et l'aime toujours. Carraway, lui, a rencontré Jordan Baker (Elizabeth Debicki), c'est d'ailleurs Daisy qui les a fait se rencontrer, et c'est Jordan qui annonçera à Carraway l'ancienne relation entre Daisy et Gatsby. Le mari de Daisy, Tom a, lui, une maîtresse, qui ne provient clairement pas du même milieu qu'eux : c'est la femme d'un médiocre et pauvre garagiste vivant dans la zone industrielle. Toutes ces infidélités (Tom avec sa maîtresse, Gatsby qui drague ouvertement Daisy et recouche avec elle) va bien finir par se savoir un jour. C'est d'ailleurs Gatsby qui, un jour, au cours d'un après-midi passé avec Carraway et les Buchanan, va annoncer à Tom Buchanan qu'il sort avec sa femme, et Tom, enragé, va jusqu'à accuser Gatsby d'avoir menti sur tout, y compris sur son soit-disant passé d'étudiant à Oxford. Selon lui, Gatsby aurait plus probablement gagné sa fortune en cotoyant des gangsters...

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 Le film possède une remarquable ambiance années 20, et ce, malgré le plutôt détestable penchant du réalisateur, Baz Luhrmann (il l'a déjà fait avec Moulin Rouge) de cotoyer musiques modernes (notamment dans les scènes, malgré cela très réussies, des soirées de Gatsby) et film d'époque. Entendre une musique vaguement hip/hop ou disco (même si ce n'est qu'un accompagnement dans le film, et pas la musique littéralement jouée au cours des soirées), ça gêne quelque peu. Mais on s'y fait. L'esthétique du film est du pur Luhrmann, ceux qui ont vu Roméo + Juliette (déjà interprété par Di Caprio, qui n'était alors pas encore la star qu'il est devenue) ne seront pas dépaysés, même si Roméo + Juliette était une adaptation moderne, se passant à la fin du XXème siècle, de Shakespeare (et donc pas à la même époque que Gatsby Le Magnifique). La même ambiance débridée, à la fois respectueuse du matériau de base et totalement folle. Face à un Di Caprio juste incroyable dans le rôle-titre, Tobey Maguire, acteur plutôt fade (il était bon dans Spiderman et ses deux suites, mais uniquement dans les scènes où il était masqué ; les scènes où il ne jouait que Peter Parker étaient correctement jouées, mais sans grande envergure), fait ce qu'il peut, mais ce n'est pas honteux. 

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S'il est assez dommage que Luhrmann se soit encore une fois laissé aller à ses penchants pour le mélange des époques (comme je l'ai dit, mettre de la musique moderne sur un film se passant à l'époque où le jazz était le summum de la modernité, c'est limite), il n'en demeure pas moins que sa version de Gatsby Le Magnifique est visuellement parlant un vrai enchantement, et que Leonardo Di Caprio est remarquable dans ce rôle difficile. Compliqué, en effet, de jouer un tel personnage, quand on sait au final si peu de choses à son sujet (d'où vient-il, est-il un étudiant d'Oxford et un vétéran de la Grande Guerre comme il le dit, d'où tire-t-il sa fortune, telles sont les questions que tout le monde se pose durant toute l'histoire). Il campe un Gatsby au moins aussi réussi que Redford dans le film sorti 40 ans plus tôt que celui-ci, et sa première apparition dans le film est parfaite et iconique. Carey Mulligan est également très bonne actrice dans le rôle de Daisy Buchanan. Les décors, comme je l'ai dit, sont sublimes et retranscrivent parfaitement l'ambiance et l'époque. Dans l'ensemble, The Great Gatsby version 2013 est une belle réussite, pas un film parfait, mais entre la performance de Di Caprio (qui aurait mérité un Oscar) et la retranscription de l'époque, c'est un film à voir !