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Spoilers...

Peter Benchley, vous connaissez ? Non ? Même pas de nom ? Et si je vous dit Les Dents De La Mer ? Ah, vous voyez bien. Benchley est (enfin, était : il est mort en 2006) un journaliste et écrivain américain, passionné par la mer et le milieu sous-marin. Il a obtenu le succès grâce à deux romans qui ont tous deux été adaptés au cinéma (il a par ailleurs collaboré à l'adaptation de ses deux romans lors de leur transformation en scénarios) : Les Dents De La Mer en 1974 et Les Chiens De Mer en 1976. Les deux romans ont été adaptés un an à peine après leur sortie, à chaque fois, le film de Spielberg datant de 1975, et l'autre film, que j'aborde aujourd'hui, adapté des Chiens De Mer, date de 1977 : Les Grands Fonds (titre original identique à celui du roman, soit : The Deep). Ne vous embarrassez pas trop à chercher, s'ils ont été réédités, ces romans : honnêtement, ils ne sont pas très bien écrits. Benchley (qui, dans le film de Spielberg, fait une courte apparition dans le rôle d'un journaliste couvrant la réouverture de la plage d'Amity) n'était pas un grand écrivain, il avait un style très journalistique (forcément, il était journaliste/reporter à la base), mais au final plutôt laborieux, ses romans font un peu trop 'expédiés', le genre de trucs qui se lisent rapidement mais s'oublient tout aussi rapidement. Heureusement qu'ils ont été adaptés au cinéma (et que les films surclassent leurs versions livresques) !

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Les Grands Fonds date donc de 1977 et est un film qui se passe dans le milieu maritime, et sous-marin, comme son titre et son affiche le laissaient de toute façon présager. C'est un film réalisé par Peter Yates (le réalisateur de Bullitt et du nettement moins glorieux Krull), scénarisé par Benchley et Tracy Keenan Wynn (un scénariste et producteur qui n'est autre que le fils de l'acteur Keenan Wynn). Sa musique est signée John Barry (une chanson, signée Barry et interprétée par Donna Summer, marchera fort à l'époque et sera même nommée aux Golden Globes), et une anecdote au sujet du film indique que la fameuse et très subtile tradition du concours de T-shirts mouillés que l'on retrouve dans divers night-clubs viendrait d'une scène du film montrant l'héroïne sortir de l'eau, en t-shirt, trempée donc. L'héroïne en question est Jacqueline Bisset, qui partage l'affiche avec le tout jeune et relativement peu expérimenté (ce n'est que son troisième film cinéma depuis ses débuts en 1972, il jouait beaucoup à la TV à l'époque dans des feuilletons et TVfilms) Nick Nolte (ça fait drôle de le voir jeune, sans sa tronche burinée et post-alcool qu'il aura peu de temps après), ainsi que le plus expérimenté (et déjà acteur dans Les Dents De La Mer) Robert Shaw. Louis Gosset Jr et Eli Wallach complètent l'affiche du film. 

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L'histoire ? Un jeune couple en vacances dans l'archipel des Bermudes, David Sanders (Nick Nolte) et sa fiancée Gail Berke (Jacqueline Bisset) profitent pleinement de leurs vacances dans cet endroit de rêve en pratiquant la plongée sous-marine non loin d'épaves. Un jour, ils découvrent, durant leurs fouilles (légales), un médaillon représentant une femme et orné de l'inscription S.C.O.P.N. ainsi qu'une petite ampoule de verre remplie d'un liquide ambré. Faisant des vérifications concernant le médaillon, et demandant pour cela de l'aide à un spécialiste en chasse au trésor (et gardien de phare en tant que principal métier), Romer Treece (Robert Shaw), ils découvrent que l'inscription, latine, signifie "Sainte Clara, priez pour nous" (Santa Clara, ora pro nobis) et que le médaillon daterait du début du XVIIIème siècle et serait espagnol. Peu de  temps après avoir fait cette découverte, alors qu'ils dînent un soir dans un restaurant, ils sont abordés par Henri Cloche (Louis Gosset Jr qui, pour le film, est crédité sans le Jr), alias Henri Bondurant. Cet homme, d'apparence affable, leur propose de leur racheter, cher, le médaillon qu'ils auraient trouvé, mais David lui soutient mordicus qu'ils n'ont rien trouvé du tout.

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Bondurant, ils l'apprendront plus tard, et de la bouche même de Treece, est un trafiquant de drogue. Le liquide trouvé dans l'ampoule est identifié comme étant de la morphine à usage médical, et au cours d'une autre séance de fouille (Treece les accompagnant), ils découvrent d'autres objets de la même époque que le médaillon, mais surtout un nombre important de ces petites ampoules. Ampoules qui semblent provenir de l'épave d'un bateau ayant coulé il y à une trentaine d'années, durant la Seconde Guerre Mondiale, le "Goliath", et qui transportait notamment des fournitures médicales. Adam Coffin (Eli Wallach), qui va aider le couple et Treece dans ses aventures, est par ailleurs le seul survivant de ce naufrage. D'abord affable au restaurant, Bondurant va progressivement montrer sa vraie nature en revenant à la charge auprès du couple, de plus en plus insistant, puis carrément menaçant, avant de commencer à vraiment passer aux actes. Dès lors, ce qui commençait comme de charmantes vacances pour le couple va carrément virer au cauchemar éveillé et à la guerre. Evidemment, car cette épave trouvée par hasard par le couple intéressent Bondurant et sa bande, qui espèrent bien mettre la main sur ces ampoules de morphine pour les transformer en très lucrative héroïne...

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Sorte de mélange entre film d'aventures et thriller, rempli de suspense, Les Grands Fonds est typiquement le genre de film que l'on apprécie de regarder le soi chez soi, bien calé dans son fauteuil. Comme les Américains le disent, ce film est un parfait exemple de saturday night movie (le samedi soir, aux USA, nombre de chaînes TV diffusent des films, le plus souvent des films divertissants, polars, thrillers, aventures...). On ne peut pas, ici, parler de chef d'oeuvre, Les Grands Fonds est en réalité une bonne série B, mais c'est franchement très réussi, et les (nombreuses) scènes sous-marines sont particulièrement réussies, ce qui tombe bien vu le sujet du film. Après, l'histoire est assez courue (dès le départ ou presque, en voyant cette ampoule de liquide brun, et en voyant à quel point un homme au comportement étrange va tout faire pour racheter le médaillon, on comprend qu'il y à du trafic là-dessous, et que le mystérieux mec en question n'est pas innocent du tout malgré ses airs), mais c'est racheté par les acteurs, très bons, notamment Nolte et Shaw ; Shaw est  toujours bon, de toute façon : un an après ce film, il tournera dans une autre série B, un film de guerre, L'Ouragan Vient De Navarone de Guy Hamilton (suite directe des Canons De Navarone), avec notamment Harrison Ford, Edward Fox et Franco Nero, un film franchement sympa mais qui n'a rien d'un chef d'oeuvre, bien au contraire, mais Robert Shaw s'y démerde comme un grand chef dans ce qui sera son dernier film (il est mort 6 mois après la fin du tournage, en 1978).

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Pour revenir à The Deep, c'est donc un excellent mélange entre aventures et thriller, un film plutôt bien réalisé surtout dans ses séquences de plongée, bien interprété et sans temps morts. Le scénario est certes un peu banal, mais c'est bien le seul défaut apparent du film (son esthétique mid 70's lui apporte un certain charme, surtout qu'en DVD et Blu-ray, le film a plutôt bien été traité, la qualité audio et vidéo est excellente), enfin selon moi. Une bonne série B que les amateurs devraient apprécier. Dommage, en revanche, qu'il ne passe pas souvent à la TV. Je ne regarde jamais les programmes des chaînes cinéma du satellite car je ne les possède pas, mais sur les chaînes les plus courantes, je n'ai jamais vu ce film diffusé, pas une seule fois depuis des années, ce qui est franchement dommage, car c'est vraiment un bon petit film à voir au moins une fois !