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Spoilers...

En revoyant ce film récemment, je me suis demandé comment j'avais fait pour ne pas l'avoir abordé sur le blog depuis tout ce temps. C'est en effet un de mes films cultes absolus. Tout concourrait à ce que ce film fasse partie de mes films cultes, en même temps : c'est un film rock, des années 70 (de 1970 précisément), totalement barge dans sa réalisation, et avec une star du rock parmi les acteurs principaux. De plus, c'est un film de Nicholas Roeg, réalisateur de déjà deux de mes films de chevet, à savoir Ne Vous Retournez Pas (1972, avec Donald Sutherland et Julie Christie) et L'Homme Qui Venait D'Ailleurs (1976, avec David Bowie dans son premier rôle au cinéma). Il a aussi réalisé La Randonnée, qui est vraiment excellent. Mais le film dont je vais parler aujourd'hui, que Roeg a co-réalisé avec Donald Cammell (scénariste du film) et qui est sorti en 1970, s'appelle Performance. En France, il est sorti sous un autre titre, Vanilla, ne me demandez pas pourquoi. C'est en tout cas un film interprété par James Fox, Mick Jagger, Anita Pallenberg et Michèle Breton (pour les acteurs principaux), on trouve aussi, dans le rôle d'un homme de main de gangster du nom de Moody, un certain John Bindon qui était un authentique mafrat, un délinquant, repris de justice, un caïd, et qui, quelques années plus tard, sera engagé par Led Zeppelin pour seconder l'équipe de sécurité du groupe (une des pires erreurs qu''ils aient commis, car le mec était tout sauf un tendre et les choses ont souvent dégénéré avec lui). Pour l'anecdote.

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Performance est un film de malades qui fut interdit aux mineurs à sa sortie en raison de très importantes scènes de nudité et de violence, et de nombreuses allusions à la drogue. Pas que des allusions, d'ailleurs : le tournage du film a été fait quasiment intégralement par des acteur en totale défonce (Anita Pallenberg, morte récemment, fut longtemps héroïnomane ; elle a été la petite amie de Brian Jones, guitariste des Rolling Stones mort en 1969 ; elle a très certainement eu une liaison avec Jagger sur le tournage du film ; et elle a longtemps vécu avec Keith Richards, jusqu'à la moitié des années 70, ayant eu deux enfants avec lui, dont Marlon, son aîné), ce qui se ressent totalement dans l'ensemble des scènes avec Jagger ou Pallenberg (qui était un mannequin italien, au fait, à la base, et pas une actrice). Quant à Michèle Breton, c'est une jeune Française de tout juste 18 ans à l'époque qui, selon les rumeurs (difficile d'avoir des infos sur elle), aurait fugué de chez elle et se serait retrouvé sur le tournage grâce à des relations, aurait pris de la drogue comme tout le monde, serait vaguement sortie avec Donald Cammell qui l'aurait larguée comme une merde en voyant le déchet drogué qu'elle serait devenue ; j'ignore ce qu'il est advenu d'elle, on parle d'hôpital psychiatrique pendant un temps ; en 1995 elle était encore de ce monde, mais depuis ?

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Le film possède une très forte esthétique, et témoigne du style Roeg, un style assez ahurissant et parfois agaçant (comme L'Homme Qui Venait D'Ailleurs), le bonhomme ayant monté ses films comme des clips, plans très courts qui se chevauchent, une séquence démarrant parfois, en alternance, au moment de la fin d'une autre. Je ne sais pas si vous voyez le genre, mais c'est assez difficile de s'y faire au début. Le film est culte pour son esthétique totalement dingue, la performance de Jagger (dans un rôle qui n'a pas du le traumatiser par son originalité : il joue en effet une star du rock !) et certaines séquences très osées, qui témoignent de l'ambiance camée et libre qu'il devait y avoir sur le tournage. L'histoire en elle-même n'est pas très originale : Chas Devlin (James Fox) est un gangster travaillant comme homme de main pour un caïd. Il est chargé d'intimider, de menacer, parfois de corriger violemment, tout ceux qui se mettent sur la route de ce caïd.

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Un jour, il s'en prend un peu trop violemment, et contre l'avis de son boss, à un mec, Joey, qui va se plaindre. Chas est compromis, on tente de le faire taire, mais la situation dérape encore plus quand Chas abat de sang-froid le larbin venu lui faire la leçon. Il se barre, en fuite, et trouve refuge, dans le quartier populaire de Notting Hill, dans la demeure de Turner (Mick Jagger), une star du rock vivant en reclus avec ses deux petites amies Pherber (Anita Pallenberg) et la jeune Française Lucy (Michèle Breton), en un ménage à trois bisexuel et totalement libre. Chas va découvrir une autre manière, plus libre et dépravée, de vivre sa vie, tout en cherchant un moyen de quitter l'Angleterre pour assurer sa sécurité...

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Acteurs en roue libre (Pallenberg et Jagger semblent littéralement en plein délire camé à tous instants, ça se sent dans la voix et les regards), scénario lambda qui n'est que prétexte à des scènes osées (Chas, très bien campé par un James Fox d'abord très strict avant de se relâcher quelque peu), le gangster trouvant refuge chez une rock-star dépravée vivant avec deux jeunes femmes (Anita Pallenberg et Michèle Breton sont le plus souvent nues, ou quasi nues), et musique remarquable signée notamment Ry Cooder, Merry Clayton, Randy Newman et Jagger lui-même évidemment, qui chante une chanson du nom de "Memo From Turner" dans le film (vers la fin du film, dans une scène ahurissante, sorte de clip dans le film, où Jagger, c'est à dire Turner, prend l'apparence physique, le look, du gangster joué par James Fox, Chas). On notera qu'aucune chanson des Stones n'apparaît dans le film, Stones qui, à l'époque, entre la mort de Brian Jones en été 1969 et, en décembre de la même année, l'épouvantable festival d'Altamont, en Californie, (festival rock qu'ils ont aidé à monter et qui s'est soldé par la mort d'un spectateur, assassiné au cours de leur concert par des Hell's Angels chargés de la sécurité, mauvaise idée), n'étaient pas vraiment dans la meilleure des forme. 

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Performance, alias Vanilla en France donc, est un classique étrange, un film culte scandaleux (rien que le début du film montre en alternance de plans très courts, presque subliminaux parfois, un couple en train de faire l'amour et l'homme du couple, Chas, en train de s'habiller), one sorte d'OVNI filmique au rythme agaçant et à l'interprétation parfois complètement dans les vapes (Jagger, Pallenberg et Breton semblent ne pas jouer dans le film, mais y apparaître tels qu'ils étaient dans la vie à l'époque). Sorte de croisement entre film sur le rock et film de gangsters, doublé d'un film un peu initiatique (Chas est initié à la drogue, et notamment aux champignons hallucinogènes, par Pherber et Turner), Performance, à sa sortie, on s'en doute, a été mal accueilli mais est devenu culte par la suite. Des réalisateurs tels que Tarantino ont avoué s'être inspiré notamment de la manière dont Roeg (et Cammell, même si c'est surtout Roeg, dont c'est le premier film, qui a réalisé) ont dépeint les gangsters et leur milieu. Plus de 45 ans après sa sortie, il en reste un film toujours aussi dingue, toujours aussi irritant parfois, toujours aussi envoûtant de la première à la dernière de ses 101 minutes. Oserais-je le dire ? Oui : dans un sens, Performance est un chef d'oeuvre du genre !