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Spoilers...

Ce film, ça faisait tellement longtemps que je ne l'avais pas vu (pourtant, j'ai le DVD) que je ne m'en souvenais quasiment plus, jusqu'à ce que je me le revisionne, hier précisément. Si je vous dit Wes Craven, vous me répondez la saga Scream, ou bien le premier Freddy, ou bien La Colline A Des Yeux (film original), ou bien encore La Dernière Maison Sur La Gauche (là aussi, le film original), sans oublier Shocker, ce film plutôt amusant (dans son genre) mais quand même moyen sur un condamné à mort par électrocution qui, après son exécution, se reconvertit en démon électrique. Un film de Craven, sorti en 1987, est à citer à tout prix, et pourtant, ce film en question, celui que j'aborde maintenant, ne fait pas partie des classiques du genre (du moins, on ne le retrouve jamais, ou en tout cas très rarement, dans les classements du genre meilleurs films d'horreur). Ce film, c'est L'Emprise Des Ténèbres. Le titre original du film, expliqué dans un texte situé avant le générique (et c'est le seul moment du film où on a l'explication du titre, car aucune allusion n'y est faite durant les 94 minutes du film), est The Serpent And The Rainbow, et si vous n'êtes pas trop mauvais en anglais, vous remarquerez que le titre de mon article en est une traduction littérale. J'expliquerai un peu plus bas pourquoi ce film (qui s'inspire d'un livre de Wade Davis, qui a réellement vécu cette histoire même si ça a été romancé) s'appelle ainsi. 

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Soti en 1988 en France, ce film est interprété par un Bill Pullman pas encore auréolé de son rôle de Fred Madison dans le Lost Highway de Lynch, et qui n'avait pas encore, aussi, joué le Président des Zuhéssa dans Independence Day d'Emmerich. Deux films sortis entre 9 et 10 ans plus tard. Les autres acteurs du film ne sont pas aussi connus que lui (on a Cathy Tyson, Paul Winfield - le flic dans Terminator - , Zakes Mokae, Michael Gough, Brent Jennings et Paul Guilfoyle. Le film, à sa sortie, fut interdit aux moins de 12 ans, c'est d'ailleurs toujours le cas. C'est le genre de film qui fout les jetons plus grâce à une certaine atmosphère bien lugubre et glauque que par ses effets visuels, assez limités. En fait, le film ne joue pas trop la carte du plein la vue, il n'y à pas beaucoup d'effets gore. En revanche, l'ambiance est poisseuse comme pas deux. L'action du film se passe à Haïti, et se base sur des faits réels : un anthropologue américain bossant à l'université de Harvard, Dennis Alan (Bill Pullman) - dans la réalité, c'est Wade Davis - est chargé d'obtenir des informations sur une certaine substance qui permettrait la résurrection des cadavres. Plus prosaïquement, Alan est envoyé à Haïti (alors sous la coupe du dictateur Jean-Claude Duvalier et de ses Tontons Macoutes, sa police secrète) afin de savoir comment il se peut qu'un homme enterré 7 ans plus tôt, en 1978, un certains Christophe Durand, ait pu être photographié, 7 ans plus tard, bien vivant, marchant et parlant. 

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Avec l'aide de Marielle Duchamp (Cathy Tyson), jeune médecin haïtienne, Alan se rend compte par lui-même, l'ayant rencontré, que Christophe Durand est bien vivant, et que c'étai bien lui qui, sept ans plus tôt, fut enterré. Durand, un soir, dans le cimetière où il ne cesse de rôder, lui raconte qu'il se souvient de tout, et que son âme appartient désormais à un sorcier, Peytraud (Zakes Mokae), lequel fait partie du gouvernement de Duvalier. Avec l'aide d'un sorcier vaudou nettement plus recommandable, Lucien Céline (Paul Winfield), et malgré les pressions de plus en plus fortes de Peytraud sur sa personne, Alan va entrer en contact avec Mozart (Brent Jennings), un homme capable de lui fabriquer la fameuse substance (une poudre) permettant de tranformer quelqu'un en zombie : la poudre tue la personne, puis la fait revenir à la vie, mais totalement amorphe. En réalité, cette poudre, conçue en partie avec de la tétrodotoxine (un poison se trouvant dans le poisson-globe et qui a la capacité de paralyser et de plonger dans le coma), plonge la victime dans le sommeil, et à son réveil, dans le cercueil, juste avant qu'on ne l'exhume, on imagine la terreur de la victime...

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Le titre du film est une allusion aux croyances vaudou haïtiennes : le ciel est un Arc-en-ciel, et la terre, un Serpent. Entre les deux, se trouve l'Homme. Ce titre original assez énigmatique, qui ne permet pas trop de savoir de quoi parle le film, est complètement contrebalancé par ce titre français qui ne le traduit absolument pas et joue à fond la carte du macabre et de l'horreur, L'Emprise Des Ténèbres. L'affiche (la même aux USA qu'en France) est quand même suffisante dans ce cas, surtout avec cette accroche : Ne m'enterrez pas, je ne suis pas mort !, qui donne vraiment envie de voir le film. Je me souviens, enfant, d'avoir vu, dans un magazine TV (très certainement le magazine mensuel de la chaîne Canal +, que je n'avais pas, mais les membres de ma famille chez qui on allait souvent l'avait, eux, et je feuilletais cette revue), des photos du film à l'occasion de sa diffusion TV. Certaines images, comme celle ci-dessus, laissaient penser à un film d'horreur pur et dure genre L'Enfer Des Zombies (que bien entendu je n'avais pas vu à l'époque). Autant le dire ici : ce n'est pas le cas. Les quelques scènes vraiment choc du film, comme celle de la photo ci-dessus, sont issues de scènes qui, dans le film, sont autant de cauchemars faits par le personnage principal.

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La dernière partie du film, cependant, plonge dans le baroque flippant et surnaturel (le film entier plonge dans le surnaturel), ce qui est un peu étonnant par rapport à la grande majorité du film, qui fait très reportage. Très réaliste. Avec notamment une utilisation de la voix-off du personnage principal. N'oublions pas que le film se base sur un livre écrit par un anthropologue, qui a permis de rendre célèbre la fameuse poudre à zombie, et d'expliquer, en gros, en quoi consistait le zombie. Non, ce n'est pas un macchabée purulent et avide de chair fraîche qui se relève tout seul, on n'est pas chez Romero ou Fulci. C'est un pauvre type mis dans le coaltar avec une poudre, et qui revient à lui, totalement amorphe. Le film est très fortement imprégné de cette ambiance putride et glauque inhérente au vaudou, et quand à un moment donné Alan se fait pulvériser, sur le visage, un peu de cette poudre, on n'a qu'une seule envie, s'essuyer le visage tant on a l'impression que cette poudre a traversé l'image. 

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Les acteurs sont très bons (mention spéciale à Zakes Mokae, qui joue Peytraud, répugnant et cruel chef des Tontons Macoutes et sorcier vaudou zombificateur), la réalisation est efficace, la musique de Brad Fiedel a des accents Terminator par moments, ce qui est normal dans un sens, Fiedel ayant composé la musique du film de Cameron et de sa suite. Mais n'empêche. L'Emprise Des Ténèbres est un film franchement réussi, pas un monument mais une vraie bonne surprise, un film à la fois sur le vaudou, les zombies et la sinistre dictature des Duvalier à Haïti (le film se passe en 1985/86 et se termine paar la chute du pouvoir de Jean-Claude Bébé Doc Duvalier, qui fuit Haïti avec sa femme), dictature qui semblait très fortement utiliser les croyances haïtiennes pour solidifier son assise et son emprise ténébreuse sur le peuple haïtien. Un film extrêmement méconnu, pas toujours parfait, mais que j'aime énormément ! C'est même probablement mon film préféré de Wes Craven.